Monde

Colombie-Venezuela: guerre froide sous les tropiques

Marc Fernandez, mis à jour le 04.03.2010 à 10 h 52

Malgré les mots, aucun des deux présidents n'a la réelle intention de recourir aux armes.

Chávez, Uribe, même combat? Le président vénézuélien et son homologue colombien n'ont de cesse depuis qu'ils sont au pouvoir de jouer au chat et à la souris. De déclarations provocantes en actions intimidantes, les deux leaders n'ont jamais rien fait pour tenter d'apaiser le climat très tendu qui règne entre les deux nations voisines. Bien au contraire. Certains spécialistes de la région affirment même que la confrontation va dans le sens des intérêts politiques et personnels des deux chefs d'Etat qui, malgré les apparences, se ressemblent bien plus qu'ils ne veulent le faire croire. Dernière action en date, la destruction par l'armée vénézuélienne, dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20 novembre, de deux ponts permettant de franchir le Tachira, cours d'eau qui marque la frontière entre les deux Etats. Justification de Caracas: ces passerelles étaient construites sans autorisation et servaient au trafic de drogue. A Bogotá, la réaction a été immédiate et on s'est empressé de dénoncer  «une agression contre la population civile».

Longue de plus de 2.000 kilomètres, la frontière commune entre le Venezuela et la Colombie est l'une des plus actives du continent. Malgré les tensions, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint plus de 7 milliards de dollars en 2008. Un chiffre important pour les économies des deux nations, qui n'empêche pas leurs dirigeants de multiplier les attaques verbales. A gauche, Hugo Chávez appelle son peuple à se préparer à une éventuelle guerre contre la Colombie et les Etats-Unis. A droite, Álvaro Uribe déclare qu'il n'a pas l'intention de construire un nouveau mur de Berlin à la frontière avec le Venezuela. Au milieu, comme souvent dans la région, les narcotrafiquants, les guérillas (les Farc notamment), les paramilitaires et les Etats-Unis. La tension est montée d'un cran depuis la signature d'un accord entre la Colombie et les Etats-Unis autorisant l'installation de bases américaines sur le sol colombien pour lutter contre le trafic de drogue. Pour Chávez, cet acte n'est que le début d'une tentative de déstabilisation de son pays et il n'a de cesse de brandir la menace de l'invasion américaine. Mais, avouons-le, les Etats-Unis ont d'autres chats à fouetter en Irak et en Afghanistan et n'ont aucune envie de se retrouver embourbés dans la jungle amazonienne.

Alors, risque réel de conflit entre la Colombie et le Venezuela ou simple rideau de fumée? La tendance est à la deuxième solution. Car en réalité, malgré les mots, aucun des deux présidents n'a la réelle intention de recourir aux armes. La crise arrive même à point nommé pour les deux hommes. Chávez est confronté à de graves problèmes internes (coupures d'eau et d'électricité par exemple) et baisse dans les sondages alors que l'an prochain doivent se dérouler des élections législatives. Uribe est également dans une situation intérieure délicate suite à plusieurs affaires de corruption impliquant de proches partisans. Un problème délicat quand on sait que la Cour Constitutionnelle doit se prononcer prochainement et pourrait remettre en cause son projet de référendum en vue de briguer un troisième mandat consécutif lors des prochaines élections présidentielles de mai 2010. Comme le résume Álvaro Forero, éditorialiste du quotidien colombien El Espectador, «Uribe et Chávez n'ont qu'un but, nous faire plonger les yeux fermés dans leur scénario de nouvelle guerre froide aux accents tropicaux dans le seul but d'en tirer un profit personnel et électoral.»

Marc Fernandez

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Image de Une: Chavez et Uribe à Caracas en avril 2009, REUTERS/Jorge Silva

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