Economie

Le Brexit risque bien de ramener le Royaume-Uni quarante-cinq ans en arrière

Gilles Bridier, mis à jour le 17.01.2017 à 17 h 24

En coupant les ponts avec l'Union européenne, le Premier ministre britannique Theresa May voudrait éviter d’effectuer un bond dans le passé.

Theresa May I Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

Theresa May I Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

Le discours de ce mardi 17 janvier de Theresa May sur le Brexit était attendu. Car une rupture avec un partenaire aussi déterminant que l'Union européenne comporte bien des risques pour le Royaume-Uni. C’est ce qui explique les formules alambiquées de la Première ministre. Celle-ci a affirmé vouloir opérer la «sortie de l’Union européenne mais pas de l’Europe», répétant: «Nous continuerons à être un partenaire fiable pour les pays de l'UE.» Theresa May a même souhaité à l’Union européenne de réussir dans son projet, parce que «le succès de l’Union européenne est dans l’intérêt du Royaume-Uni».  

Si Londres, en engageant le début du processus de divorce, affiche ses priorités sur le contrôle de l’immigration, le gouvernement britannique cherche aussi à ménager ses futurs ex-partenaires sur le plan commercial. Car la rupture est périlleuse. Ce divorce correspond pour la Grande-Bretagne à revenir à la situation d’avant 1973… les débouchés vers les ex-«dominions» en moins.

Remplacement des échanges

Même si le Royaume-Uni a manifesté le désir de rompre son ancrage à l’Union européenne, Londres ne peut contester avoir fait son beurre de son adhésion à la Communauté européenne. Sur un strict plan commercial, le rapprochement avait même été engagé bien avant cette date, du fait du tarissement des échanges avec les pays du Commonwealth qui, devenant indépendants, rompaient les amarres avec leur ancien colonisateur. 

Alors que l’ancien empire britannique absorbait la moitié des exportations de la Grande-Bretagne en 1950, il n’en représentait plus que le cinquième à la fin des années 1960. En revanche, sur la même période, le Royaume-Uni a doublé la part de ses exportations vers la Communauté européenne, devenue aussi importante que l’ensemble des pays du Commonwealth en 1969. L’Europe remplaçait déjà l’ex-empire dans le commerce extérieur britannique.

Avec l’adhésion en 1973, l’importance de l’Europe continentale dans le commerce britannique s’est consolidée, avec notamment le percement du tunnel sous la Manche dans les années 1980. Ainsi en 2015, l’Europe à elle seule pesait aussi lourd dans le commerce extérieur britannique que tout le reste du monde!

Divorce à l’amiable?

Si l’on considère les exportations britanniques vers l’UE, elles approchent les 150 milliards de livres, alors que celles vers les États-Unis se situent en dessous de 40 milliards de livres. Et malgré un certain repli depuis 2014, la zone euro continue d’offrir au Royaume-Uni 90% de ses débouchés avec l’UE, soit 45% du total des exportations du pays.

Toutefois, pas question de rester au milieu du gué. À la différence de la Norvège ou de la Suisse, le Royaume-Uni «ne négociera pas un statut de membre associé», a affirmé Theresa May. Le compromis serait incompatible avec la volonté des électeurs britanniques manifestée  à l’occasion du référendum du 23 juin. Donc, le Brexit sera sans ambiguïté. Ce que les membres de l’UE auront bien entendu, et apprécieront.

Alors que des rumeurs lui prêtaient une attitude hésitante amplifiée par le manque de préparation du Brexit et du cadre dans lequel il devrait être mené, le Premier ministre britannique a ainsi tenu à afficher sa détermination pour lever les hypothèques sur le déclenchement prévu des opérations de divorce en mars prochain. Les milieux d’affaires, qui n’étaient pas favorables à la sortie de l’Union mais qui redoutent encore plus l’incertitude, ont finalement salué cette attitude par un soutien marqué, sur le coup, à la livre sterling.

La main tendue de Donald Trump

Il faut dire que les propos de Donald Trump, parus la vieille dans la presse dans la presse européenne, donnent bien opportunément du grain à moudre au Premier ministre britannique. A quelques jours de son intronisation, le président américain a clairement tendu la main à Theresa May, pour resserrer les relations commerciales entre États-Unis et Royaume-Uni et réactiver une proximité telle qu’elle se manifestait avant l’adhésion de la Grande-Bretagne à la Communauté européenne, lorsqu’elle était considérée comme une tête de pont de Washington en Europe.

Fort de cette corde de rappel, le Royaume-Uni ne souffrirait pas d’un relâchement de ses liens avec l’Union européenne. C’est ce qui permet à Theresa May de faire montre d’intransigeance dans la façon dont elle compte négocier de nouveaux accords avec l’UE, affirmant que «pas d’accord avec l’UE sera préférable à un mauvais accord».

Mais au-delà des propos de circonstance et au moment où Donald Trump se fait le chantre d’un nouveau protectionnisme américain, il n’est pas certain que cette main tendue de Washington soit facile à saisir pour Londres, si toutefois la Grande-Bretagne veut défendre ses intérêts et ses éléments de souveraineté de façon aussi déterminée vis-à-vis des États-Unis qu’avec l’Union européenne. Les déclarations de principe de Theresa May sur la communauté de valeurs qui existe entre les Britanniques et les autres Européens, semblent aussi indiquer que tous les ponts ne seront pas rompus avec l’Europe continentale. Tout dépendra des accords qui vont être négociés, pour que le Royaume-Uni n’effectue pas un saut de quarante-cinq ans en arrière qui serait préjudiciable à son économie.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (657 articles)
Journaliste
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