France

Le choix le plus compliqué de la primaire du PS, c'est de savoir si on va voter

Eric Dupin, mis à jour le 18.01.2017 à 13 h 53

La primaire organisée par les socialistes a peu de chances, cette fois-ci, de désigner le prochain président de la République. Y participer revient à légitimer le candidat qui en sera issu après avoir arbitré une querelle de famille. Au final, l'enjeu est de savoir si l'on souhaite la survie ou la disparition du PS.

Affiche des primaires citoyennes

Affiche des primaires citoyennes

L'important, c'est de participer. Ou de ne pas participer. La première des questions qui se posent à l'électeur de gauche, en ce frisquet mois de janvier, n'est pas de choisir entre les sept candidats qui se présentent à la primaire organisée par le PS, mais bien de décider s'il doit venir arbitrer cette compétition.

Car le vote aux «primaires citoyennes» (étrange pluriel pour une élection présidentielle) des 22 et 29 janvier ne va pas de soi. L'électeur de gauche devra peser les avantages et les inconvénients de sa participation à un scrutin autrement moins attractif que le précédent exercice du même type réussi par les socialistes en 2011.

Choisir le vaincu

Les «primaires citoyennes» d'octobre 2011 avait attiré 2,7 millions d'électeurs au premier tour et 2,9 millions au second. La perspective d'une probable alternance, portée par une puissante mobilisation anti-sarkozyste, avait poussé vers les isoloirs socialistes un électorat nettement plus large que le cercle des sympathisants du PS.

Par un phénomène analogue, le sentiment d'avoir de fortes chances de désigner le futur président de la République a dopé la participation à la «primaire de la droite et du centre» de novembre 2016. Le succès fut, là encore, au rendez-vous avec 4,3 millions de participants au premier tour et 4,4 millions au second grâce à une participation marginale de citoyens de l'autre bord.

Cette fois-ci, l'enjeu n'est pas du tout le même. Les participants à la primaire socialiste n'auront guère le sentiment de choisir en amont le probable futur chef de l'État. Le camp de la gauche est tellement divisé qu'ils rechercheront avant tout à désigner un candidat capable de se hisser au second tour de l'élection présidentielle. Certains électeurs pourront même vouloir sélectionner le candidat le plus proche de leurs idées, sans guère d'illusion sur ses chances de succès.

«Cette primaire sert à désigner le perdant», résume méchamment Jean-Luc Mélenchon. Dans le rapport des forces actuel, elle vise, au moins, à ce que le PS puisse être dignement représenté dans la joute élyséenne. Dans un contexte aussi peu mobilisateur, la participation devrait ainsi surtout concerner les électeurs qui se sentent appartenir à la famille socialiste.

Qu'ils le veuillent ou non, tous les électeurs qui participeront à la primaire de cette fin janvier aideront le PS à passer l'épreuve présidentielle dans de meilleures conditions

Légitimer le candidat socialiste

Le succès ou l'échec de la primaire socialiste pèsera lourd sur les chances du candidat qui en sortira vainqueur de remonter une pente qui s'annonce rude. Jean-Christophe Cambadélis espère ouvertement qu'une participation «massive» puisse réorganiser «l'ensemble du paysage politique».

Le calcul du premier secrétaire du PS n'est pas totalement infondé. Une primaire réussie donnerait une nouvelle légitimité au candidat qui portera les couleurs socialistes à la présidentielle. Elle l'aiderait à desserrer l'étau dans lequel le parti au pouvoir est actuellement pris, coincé qu'il est entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Qu'ils le veuillent ou non, tous les électeurs qui participeront à la primaire de cette fin janvier aideront le PS à passer l'épreuve présidentielle dans de meilleures conditions. C'est pourquoi les dirigeants du Parti de gauche mettent vigoureusement en garde contre la participation à ce scrutin.

Arbitrer l'auto-critique

Du point de vue idéologique, la primaire de gauche offre un très large éventail de positions. L'électorat socialiste modéré peut choisir entre la version républicaine un tantinet autoritaire de Manuel Valls et la version démocrate aux accents bobo de Vincent Peillon.

Les électeurs socialistes plus marqués à gauche ont à leur disposition un candidat keynésien, Arnaud Montebourg, et un candidat post-croissance, Benoît Hamon. Le menu proposé s'agrémente même d'un écologiste sérieux, François de Rugy, et d'autre qui l'est moins, Jean-Luc Bennhamias, sans oublier la radicale de gauche de service, Sylvia Pinel.

Cette riche offre électorale créé une situation étrange. Il est tout à fait inédit que l'électorat d'un parti au pouvoir soit appelé à approuver ou à contester la politique qu'il a menée pendant cinq ans par le biais de «primaires». Tel est pourtant le débat qui s'est installé pendant la campagne de cette élection, Valls et Peillon assumant l'essentiel d'un bilan vertement contesté par Hamon comme par Montebourg.

Dans l'hypo thèse où un candidat critiquant les grands choix du quinquennat de François Hollande l'emporterait, il devrait mener campagne sur une ligne contradictoire avec celle qui fut appliquée par le parti qu'il représente. On ignore comment le commun des électeurs réagirait à aussi flagrantes contradictions. Difficile également de savoir si les électeurs de gauche auront envie d'arbitrer l'exercice d'introspection critique à laquelle se sont livrés les candidats socialistes.

La volonté de sanctionner ce spectaculaire divorce entre le dire et le faire alimente simultanément les candidatures de Macron et de Mélenchon

L'avenir de la gauche

Au final, l'avenir de la gauche est peut-être la question stratégique majeure qui se cache derrière la participation à la primaire du PS. Si la gauche a fort peu de chances de remporter la présidentielle de cette année, son devenir dépendra pour beaucoup de la configuration de ses diverses forces dans cette bataille électorale.

L'enjeu décisif est ici celui de la survie du Parti socialiste. Après trois phases d'exercice du pouvoir, cette formation quadragénaire (le PS est né à Epinay-sur-Seine en 1971) est fort mal en point. Les socialistes nous ont habitué à parler à gauche dans l'opposition avant de gouverner nettement plus à droite, mais jamais l'écart entre le discours et la pratique n'avait été aussi large qu'avec Hollande.

La volonté de sanctionner ce spectaculaire divorce entre le dire et le faire, ressentie par de très nombreux électeurs de gauche, alimente simultanément les candidatures de Macron et de Mélenchon. Tous ceux qui ont fait une croix sur le PS, qu'ils se reconnaissent dans la gauche libérale ou dans la gauche radicale, n'ont guère de raison de participer à la primaire de janvier. Ils chercheront, bien au contraire, à hâter la fin de la domination des socialistes sur la gauche française.

D'autres électeurs hésiteront néanmoins avant de porter le coup de grâce au PS. Au-delà de tous ses défauts, ce parti reste le seul lieu de convergence possible entre des sensibilités de gauche antagonistes. Ceux qui ne désespèrent pas de retrouvailles et qui ne se résignent pas à un éclatement permanent des gauches, lourd de dangers pour ce camp, prendront tout de même le chemin des urnes les 22 et 29 janvier. Sans illusion.

Eric Dupin
Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
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