Science & santé

Comment mesure-t-on le «froid ressenti»?

Camille Desmaison-Fernandez, mis à jour le 16.01.2017 à 17 h 14

Préparez-vous, cette semaine, il va faire froid. Plus encore que ne le laissent penser les seules températures.

outside temperature | Sean MacEntee via Flickr CC License by

outside temperature | Sean MacEntee via Flickr CC License by

La vague de froid en France fait la une cette semaine. Les températures pourront avoisiner les -10 degrés, des prévisions 8 degrés en dessous des normales saisonnières. Et le ressenti de ces températures sera glacial. Alors que les thermomètres afficheront -5°C, la perception du froid pourrait frôlerles -15. Mais comment les bulletins météo prédisent-ils ce froid ressenti?

Rassurez-vous, pour parvenir à ce chiffre, ils ne placent pas un cobaye nu dans la rue en lui demandant d’estimer la température. Le froid ressenti, ou indice de refroidissement éolien, est le fruit d’un calcul empirique très complexe. Anthony Grillon, météorologue pour le site Météo Contact explique que ce «wind chill» correspond «à la température que le corps ressent par rapport à la température mesurée et à la vitesse du vent». En effet, la perception physiologique de la température varie selon les conditions atmosphériques, notamment la vitesse du vent.

Frédéric Nathan, prévisionniste pour Météo France, explique que si l’on a l’impression qu’il fait plus froid, c’est «parce que l’organisme fabrique une couche d’air chaud qui entoure la peau. Cette couche est dégagée par le vent, et le corps doit puiser beaucoup plus d’énergie pour refabriquer cette couche» qui sert d’isolant pour notre corps.

Anthony Grillon raconte que ce calcul a été élaboré «par les États-Unis avant la Seconde Guerre mondiale, lors d’une expédition en Antarctique». Il a ensuite été reformulé par des militaires canadiens en 2001. En effet, ce calcul est particulièrement utile dans les territoires où le froid est rigoureux. Cet indicateur a fini par s’imposer aussi en France, pour décider si un département doit être placé «en vigilance jaune, orange, ou “grand froid”» explique Frédéric Nathan, et pour sensibiliser certaines catégories, notamment les sans-abris.

Tableau de l'indice de refoidissement éolien. | Source : Environment Canada 

En revanche, pour Frederic Nathan, cet indice «est à manier avec précaution». En effet, le refroidissement éolien est en réalité un indicateur sans unité de mesure. La relation établie par les chercheurs américains avec la Seconde Guerre mondiale été exprimée en watts de perte de chaleur par mètre carrée de peau exposée. Mais cette unité paraissait difficile à comprendre par le grand public. L'indice simplifié est donc sans unité, mais interprété en dégrés Celsius. S’il fait -5°C et que le froid ressenti est de -15, ce chiffre équivaut à la sensation ressentie sur la peau sur une température de -15°C sans vent.

Cette unité de mesure est en réalité assez approximative, puisqu’elle relève des phénomènes complexes de la chaleur du corps et de la couche d’air à la surface d’un être vivant. De surcroît,nous ne sommes pas tous égaux face à la perception du froid, comme au froid tout court. En effet, les femmes seraient plus frileuses que les hommes, d'après Robert T. Gonzalez. Une question de ratio muscle-graisse. Et outre des raisons physiologiques, des facteurs psychologiques propres aux individus rentrent en jeu. On connait tous un collègue prêt à mordre si on lui pique la place à côté du radiateur. Excusez-le, son indice de refroidissement éolien lui paraît bien plus élevé que le vôtre.

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