Tech & internet

Plongée dans la drôle de logique de Facebook

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 15.01.2017 à 16 h 10

Repéré sur SZ Magazin, Gawker

L'hebdomadaire allemand SZ Magazin lève le voile sur les règles secrètes du réseau social.

Devant Facebook, à Menlo Park, le 4 novembre 2016. JOSH EDELSON / AFP

Devant Facebook, à Menlo Park, le 4 novembre 2016. JOSH EDELSON / AFP

La vaste enquête que consacre le SZ Magazin aux rudes conditions de travail des salariés d'une entreprise allemande chargés de modérer les contenus signalés comme indésirables sur Facebook, dont nous vous parlions ici, lève également le voile sur la charte secrète élaborée par la firme américaine pour déterminer quels contenus ont droit de cité sur le réseau social.

Ces règles sont tenues secrètes par Facebook, sous le prétexte que les divulguer aiderait les utilisateurs à mieux les contourner. Un argument dont le magazine allemand dénonce l'absurdité:

«C'est comme si un État gardait ses lois sous clef par peur que les gens n'affûtent leurs méthodes criminelles.»

Le SZ Magazin a pu se procurer des documents internes utilisés par les employés de l'entreprise allemande Arvato, «des centaines de petites règles qui ont toutes été fixées par Facebook». Du jamais vu depuis que le site américain Gawker a mis en ligne en 2012 une charte de critères de suppression alors utilisée par l'entreprise américaine. Voici quelques exemples cités par le magazine des contenus qui doivent être effacés:

- «La photo d'une femme en train de vomir en public, avec le commentaire: "Mon Dieu. Tu es adulte. C'est dégoûtant." (Raison: le commentaire est évalué comme du harcèlement, et ce par l'expression d'un dégoût vis-à-vis d'une fonction physiologique).

 

- Une photo non commentée d'une fille placée à côté de celle d'un chimpanzé qui a la même expression faciale (Raison: traitement dénigrant de la photographie: comparaison explicite d'un humain avec un animal).

 

- Une vidéo sur laquelle une personne est torturée, mais seulement quand il y a en dessous un commentaire comme: "J'aime voir à quel point il souffre."»

Et de contenus qui doivent être conservés:

«-La vidéo d'un avortement, sauf si la nudité est montrée.

 

- La photo d'un pendu avec le commentaire "Pends ce fils de pute" (c'est considéré comme un soutien autorisé de la peine de mort. Cela ne serait interdit que si cela concerne spécifiquement un "groupe de personnes protégées", c'est-à-dire s'il était écrit par exemple: "Pends ce pédé"

 

- Les images d'une femme d'une anorexie extrême sans commentaire (le fait de montrer un comportement d'autodestruction sans contexte est autorisé).»

Ces quelques cas de figure offrent un aperçu intéressant sur la pensée Facebook, qui ne poursuit qu'un seul but, rappelle le magazine:

«Garder le plus possible de gens le plus longtemps possible sur la plateforme, de façon à ce qu'ils puissent voir le plus de publicité possible et que Facebook puisse gagner le plus d'argent possible.»

Quand on sait que pour des centaines de millions de gens dans le monde, Facebook est la principale source d'information, la logique commerciale qui détermine les critères de Facebook a de quoi inquiéter. Même si la firme américaine est elle aussi confrontée aux mêmes questionnements éthiques que le sont les médias. Dans les documents secrets que s'est procuré le SZ Magazin, il est, par exemple indiqué, au sujet des contenus violents:

«Les vidéos qui montrent des gens en train de mourir sont bouleversantes, mais elles peuvent aider au développement d'une conscience vis-à-vis des comportements autodestructeurs, des maladies psychiques, des crimes de guerre ou d'autres sujets importants.»

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