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Sarkozy en banlieue: la bonne série du ministère de l'Intérieur

Alexandre Lévy, mis à jour le 25.11.2009 à 10 h 23

Chiffres de la délinquance en baisse, capture de Treiber, reddition de Musulin... Ça va nettement mieux place Beauvau.

Nicolas Sarkozy s'est déplacé mardi 24 novembre en Seine-Saint-Denis, dans la banlieue parisienne, pour réaffirmer ses priorités en matière de sécurité notamment, à quatre mois des régionales. Cet article revient sur les récents succès enregistrés dans ce domaine par le gouvernement.

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Si la loi des séries existait en mode positif, ce serait un peu ça. Depuis quelques semaines, la baraka, cette légendaire chance des fins limiers, accompagne enfin, comme une auréole bienveillante, l'action du ministère de l'Intérieur. Entre l'annonce d'une baisse des chiffres de la délinquance, la reddition de Tony Musulin et la capture de Jean-Pierre Treiber, le nouveau ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, bombe le torse. L'occasion est là, inespérée, de marquer le coup, donner de la voix pour effacer le malheureux épisode des «Auvergnats». «En France, il ne fait pas bon vivre lorsqu'on est un délinquant. Ici on ne vole pas pour s'enrichir, mais on y travaille. Et lorsqu'on s'échappe de prison, ce n'est pas une belle épopée qui commence mais le début d'une cavale avortée». C'est ce que martèle depuis quelques jours celui que Nicolas Sarkozy présente comme son alter ego au ministère de l'Intérieur. Et l'on reconnaît bien ici, jusque dans le rythme de la phrase et l'intonation, l'influence du mentor.

C'est ce qu'a encore montré un Brice Hortefeux très offensif ce matin, lundi 23 novembre, sur les ondes de RTL, égratignant au passage ces journalistes qui, pour des «raisons mercantiles» ont «perturbé l'enquête». Et accablant  son prédécesseur place Beauvau, en rappelant combien il a fallu, depuis son entrée en fonction en juin, «remobiliser» les services de police et de gendarmerie. «L'interpellation de Jean-Pierre Treiber démontre que lorsque les forces de sécurité sont mobilisées, sont gouvernées, sont dirigées, les objectifs ont plus de chance d'être atteints et les résultats au rendez-vous», dit d'emblée le ministre de l'Intérieur. Parce que ce n'était pas le cas auparavant? L'intéressée, puisqu'il s'agit de Michèle Alliot-Marie, appréciera...

On l'aura compris: un vent plus que favorable souffle dans les voiles de Brice Hortefeux. Un petit coup de pouce du destin, certes, mais aussi quelques petits arrangements avec la réalité lui permettent de fanfaronner aujourd'hui. Car tout le monde ne se souviendra pas de la traque de Jean-Pierre Treiber comme d'une opération de police exemplaire. La cavale de ce dernier, présenté comme un homme solitaire et sans beaucoup d'attaches, a tout de même duré 74 jours. Accusé d'un double meurtre, il ne présentait pas néanmoins le profil d'un criminel endurci, habitué des cavales et du monde interlope. On le croyait tapi dans les bois, alors qu'il s'est caché pendant plus d'un mois dans une ferme, puis dans un appartement de ville. «Ce n'était pas Robin des bois, mais il a tenu en échec les meilleurs flics de France», s'amuse sur son blog l'ancien commissaire Georges Moréas. Il a fallu des moyens de surveillance exceptionnels et l'intervention d'un service d'élite de la police nationale, le RAID, pour que «JPT» cesse, enfin, de narguer les forces de l'ordre. «L'évasion dans notre pays, est une voie sans issue, répond Brice Hortefeux. Six évadés sur sept sont repris dans les huit mois, là il a fallu deux mois et demi...». Mais, à tort ou à raison, toutes les évasions ne bénéficient pas d'un tel battage médiatique. Le 8 septembre, le même jour que Treiber, un autre homme se faisait la belle d'une maison d'arrêt de l'Yonne: Mohamed Amrani. Condamné à dix-huit ans de prison pour braquage et tentative de meurtre, cet homme est présenté comme violent et dangereux. Il court toujours.

Pour Tony Musulin, le ministre de l'Intérieur rappelle, avec raison, qu'il n'a fallu que deux jours aux enquêteurs pour retrouver une bonne partie du butin dérobé (9 millions d'euros). Ensuite, le convoyeur de fonds s'est rendu de lui-même, «non pas parce qu'il en a assez de la liberté mais parce qu'il sait qu'il est en bout de course», croit savoir Brice Hortefeux. Vraiment? Quid de la version que dit qu'il a fait entre temps l'aller-retour vers son pays d'origine, la Serbie, où il aurait planqué (ou remis à ses créditeurs devenus trop menaçants), le restant du magot, à savoir plus de 2 millions d'euros? Avant de se rendre de son propre gré pour purger la peine de trois ans de prison qui l'attend? Hortefeux ferme le ban: «En France, on ne vole pas impunément!».

Treiber, Musulin... Lorsque des affaires aussi médiatiques se terminent favorablement, les policiers de terrain sont les premiers à pousser un «ouf» de soulagement. La pression tombée, ils peuvent revenir aux affaires courantes, souvent bien plus ingrates et complexes à démêler, qu'ils traiteront dans la quiétude de l'anonymat. Certains ne manqueront pas, en privé, de souligner, comme dans l'affaire des lettres de menaces au Président, la disproportion des moyens et du temps consacré à les «sortir» au détriment de leur travail habituel. Quand le «taulier» veut, le policier peut...

Lors de la dernière présentation des chiffres de la délinquance, le 12 novembre, Brice Hortefeux ne cachait pas sa satisfaction. La tendance a été «cassée et au mois de septembre», avant d'être «inversée en octobre» se félicite celui dont l'arrivée place Beauvau s'était accompagnée par une impressionnante opération de «remontage de bretelles» de tous les services de police de la part de Nicolas Sarkozy. Ici même, nous avons commenté l'utilisation politique de cette statistique, au demeurant très subjective. Plus généralement, les policiers de terrain sont souvent les premiers à dénoncer la «politique de chiffre» menée par le gouvernement actuel, comme l'a récemment fait le syndicat Union SGP-Police Unité à propos de la énième polémique sur la garde-à-vue. Régulièrement critiquée par la Cour européenne des droits de l'homme, l'application de cette mesure en France a fait récemment réagir le bâtonnier de Paris, Christian Charrière-Bournazel, qui a appelé ses collègues à déclarer «illégales» les gardes à vue. Il est «nécessaire, évident de repenser ses conditions d'utilisation et son utilité», a répondu non pas le ministre de l'Intérieur, mais François Fillon, s'invitant ainsi dans un débat explosif. Et, aux yeux du principal syndicat des gardiens de la paix, quelque peu piégé puisque «c'est le gouvernement qui impose des quotas d'interpellations».

Alexandre Lévy

Image de une: Reuters, Policiers attendant Brice Hortefeux, septembre 2009.

Alexandre Lévy
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