Sciences

L'hormone de l'amour est aussi celle de la guerre

Temps de lecture : 2 min

Quand ils attaquent des ennemis ou défendent leur territoire, les chimpanzés ont l'urine qui déborde d'ocytocine.

 Chimpanzés en bisbille | Oddernod via Flickr CC License by
Chimpanzés en bisbille | Oddernod via Flickr CC License by

Quand ils se préparent à attaquer leurs ennemis ou lorsqu'ils se défendent d'une invasion d'un groupe rival, les chimpanzés voient leur taux d’ocytocine grimper dans leur organisme. C'est ce que conclut une étude, confirmant que «l'hormone de l'amour» pourrait tout aussi bien être celle de la guerre.

L'ocytocine est aujourd'hui bien connue pour son intervention dans la biochimie du lien –entre une mère allaitante et son enfant, entre des amis, entre des amoureux. Mais depuis quelques années, bon nombre de chercheurs se penchent sur les «côtés obscurs» de la substance, vu que les sentiments d'appartenance, de proximité ou encore de loyauté qu'elle semble générer peuvent tout à fait servir à faire «le mal» –et même à en renforcer l'efficacité.

Telle est la base des travaux de Catherine Crockford, chercheuse en anthropologie évolutive à l'Institut Max Planck. Avec ses collègues, elle a surveillé entre octobre 2013 et mai 2015 deux groupes rivaux de chimpanzés dans le parc national de Taï, en Côte d'Ivoire. Chaque groupe était composé de cinq mâles et de cinq femelles. En plus des observations visuelles, les scientifiques ont prélevé des échantillons de terre pour analyser l'urine des primates.

L'effet des jeux compétitifs

Il en ressort que lorsque les singes se préparent à une confrontation, ou se risquent vers le territoire de leurs ennemis, leur taux d'ocytocine grimpe. Une augmentation d'ailleurs bien plus marquée que celle observée durant les événements relevant d'un «lien positif» –comme l'épouillage, la chasse, ou encore le partage de nourriture.

«Nous avons trouvé que les taux d'ocytocine corrélés à une activité territoriale étaient extrêmement élevés, résume Crockford. Comparés aux activités de “contrôle”, ils sont quasiment multipliés par deux, à la fois quand les singes surveillent leurs frontières ou se lancent dans une véritable altercation.»

Ces résultats en confirment d'autres, obtenus sur des humains qui voient leur niveau d'ocytocine augmenter lorsqu'ils participent à des jeux compétitifs entre groupes rivaux bien marqués. Reste que l'étude de Crockford et al. est la première à démontrer le caractère conflictuel de l'hormone en conditions réelles, et sur une espèce que l'on sait déjà très proche de la nôtre en matière de violence coalitionnelle.

Des travaux d'autant plus intéressants qu'ils observent un pic d'ocytocine aussi puissant chez les femelles que chez les mâles. Ce qui pourrait appuyer, selon Crockford, la théorie voulant que l'effet socialement galvanisant de l'ocytocine ait évolué à partir de ses bénéfices maternels. Car lorsqu'une mère se lie à son enfant et forme avec lui un lien de confiance, par la même occasion, elle le protège physiquement des menaces.

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