Monde

Racisme, proximité avec Poutine… Les ministres de Trump sous pression au Sénat

Claire Levenson, mis à jour le 13.01.2017 à 13 h 47

Jeff Sessions et Rex Tillerson, les nominés de Trump au ministère de la Justice et des Affaires étrangères, sont parmi ses choix les plus controversés, et leurs audiences de confirmation ont été tendues.

Des manifestantes lors de l'audience de confirmation de Jeff Sessions, nommé par Donald Trump au ministère de la justice, à Washington le 10 janvier 2016. CHIP SOMODEVILLA / AFP.

Des manifestantes lors de l'audience de confirmation de Jeff Sessions, nommé par Donald Trump au ministère de la justice, à Washington le 10 janvier 2016. CHIP SOMODEVILLA / AFP.

Pour la première fois de l'histoire des États-Unis, un sénateur en exercice, le démocrate Cory Booker, a choisi de témoigner contre un de ses collègues, Jeff Sessions, lors de l'audience de confirmation nécessaire à sa prise de fonctions. La tradition de collégialité fait que les sénateurs s'abstiennent d'habitude de témoigner contre un sénateur nommé ministre, même s'ils peuvent par ailleurs voter contre lui. 

«Comprenez que nous vivons un moment extraordinaire, qui nécessite des mesures extraordinaires», a expliqué Booker. Il a ensuite rappelé que le sénateur de l'Alabama, nommé par Donald Trump au ministère de la Justice, s'est toujours opposé à la défense des droits des personnes LGBT, à la protection du droit de vote des Afro-Américains dans le Sud des États-Unis et aux réformes de la justice pénale.

«J'exècre le Klan et son idéologie de haine»

Pendant son audience de confirmation, le 10 janvier, Sessions a tenté d'apaiser les inquiétudes à son égard. Alors qu'il a voté au Congrès contre l'interdiction de la torture, il a déclaré que le waterboarding était «absolument inapproprié et illégal». En 2015, Sessions avait été honoré par le Center for Security Policy, un think tank anti-islam dirigé par Frank Gaffney, qui pense que le gouvernement américain est infiltré par les Frères musulmans. Mais pendant son audience, Sessions a dit qu'il ne soutenait pas les propositions de Trump en matière d'interdiction des musulmans du territoire.

Plusieurs manifestants sont venus interrompre son audience, dont certains déguisés en membres du Ku Klux Klan, qui ont été rapidement expulsés.

En référence aux manifestants, Sessions a déclaré:

«J'exècre le Klan et son idéologie de haine.»

En novembre, un ancien leader du Ku Klux Klan, David Duke, s'est pourtant ouvertement réjoui de la nomination de Sessions, espérant qu'il ferait cesser «la discrimination anti-blancs».

«Une insulte faite à la justice»

Comme l'explique Dahlia Lithwick dans Slate.com, ces audiences au Sénat permettent souvent à des personnalités controversées de donner une image plus policée d'elles-mêmes, mais les dirigeants nommés par Trump laissent parfois échapper des détails inquiétants.

Ainsi, un sénateur du Rhode Island a interrogé Sessions sur un commentaire négatif qu'il avait fait à propos des avocats non religieux:

«Une personne non croyante peut être aussi digne de confiance qu'une personne religieuse lorsqu'il s'agit de comprendre la vérité, non?

–Et bien, je ne suis pas sûr.»

Au-delà de ses propos pendant l'audience, ce sont les actions passées de Sessions qui inquiètent les militants. En tant que ministre de la Justice de l'État d'Alabama, il a tenté, en 1996, de faire interdire la tenue d'une conférence LGBT sur le campus d'une université. En 1986, il a intenté un procès pour fraude électorale à trois militants afro-américains qui aidaient des personnes âgées noires à s'inscrire pour voter (ils n'ont pas été condamnés par le tribunal). En 1986, Sessions n'a pas pu être confirmé en tant que juge fédéral parce que plusieurs personnes ont témoigné qu'il avait tenu des propos racistes

Après le meurtre de neuf Afro-Américains par Dylann Roof en 2015 (pour lequel ce dernier a été condamné cette semaine à la peine capitale), Sessions s'est opposé à ce que le drapeau confédéré –symbole du Sud pro-esclavagiste– soit retiré du Capitole de Caroline du Sud, une mesure pourtant soutenue par de nombreux Républicains. En ce qui concerne la justice pénale, il s'est toujours opposé aux réformes, également soutenues par de nombreux élus de son parti, visant à réduire les peines de prison pour crimes non-violents.

Peu après sa nomination, en novembre, le comité éditorial du New York Times avait publié un article intitulé: «Jeff Sessions à la Justice: une insulte faite à la justice.»

Quelques sénateurs sceptiques

L'autre processus de confirmation explosif de la semaine était celui de Rex Tillerson, le PDG d'ExxonMobil, choisi pour être secrétaire d'Etat, c'est à dire ministre des Affaires étrangères. Pendant son audience du 11 janvier, il a décrété que les États-Unis et la Russie «ne seraient probablement jamais amis», mais, en 2012, il a reçu l'Ordre de l'Amitié russe des mains de Vladimir Poutine.

Contrairement à Sessions, qui est élu au Sénat depuis 1997, Tillerson est un outsider, et les questions-réponses avec les sénateurs se sont révélées plus tendues. Le Républicain Marco Rubio a ainsi voulu savoir ce qu'il pensait des violations des droits de l'homme commises par la Russie, notamment en Syrie:

«Est-ce que Vladimir Poutine est un criminel de guerre?

–Je ne le dirais pas en ces termes.

–Alors, je vais vous décrire la situation à Alep et peut être que ça vous aidera à tirer des conclusions.»

Rubio évoque alors la façon dont les bombardements russes ont visé des hôpitaux et des écoles. Ce à quoi Tillerson répond:

«Ce sont des accusations très, très sérieuses. Je voudrais avoir beaucoup plus d'informations avant de tirer une conclusion.»

Quant au sénateur Robert Menendez, il a présenté des documents indiquant qu'ExxonMobil avait dépensé des millions de dollars pour faire du lobbying contre les sanctions du gouvernement américain contre l'Iran et la Russie.

«Quel message allez-vous envoyer aux entreprises américaines qui veulent défendre leurs intérêts aux dépens de la diplomatie américaine et de la stabilité politique dans certains pays étrangers?

–Personnellement, je n'ai jamais fait de lobbying contre les sanctions. D'après ce que je sais, Exxon n'a jamais directement fait de lobbying contre les sanctions. Pas que je sache.

–Il y avait du lobbying. C'est un peu étonnant que vous ne sachiez pas qu'Exxon faisait du lobbying sur ces sujets.»

Alors que Jeff Sessions devrait être facilement confirmé au Sénat, Tillerson n'a pas convaincu tous les sénateurs républicains. Marco Rubio a notamment déclaré qu'il ne s'engageait pas a voter pour lui, Lindsey Graham non plus. Il faudrait un Républicain de plus pour bloquer sa confirmation, type de rejet qui n'a eu lieu que neuf fois dans toute l'histoire du Sénat. S'il est confirmé, Tillerson serait le premier secrétaire d'État des États-Unis à ne pas avoir d'expérience politique ou militaire.

Claire Levenson
Claire Levenson (133 articles)
Journaliste
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