AllemagneHistoire

A l'intérieur du camp militaire de Wünsdorf, cité abandonnée où sont passés soviétiques et nazis

Repéré par Xavier Ridel, mis à jour le 12.01.2017 à 17 h 59

Repéré sur The Guardian, Daily Mail

Situé en Allemagne de l'Est, ce camp a vu se succéder les troupes allemandes, nazies et soviétiques.

IMG_8218 | jocki84 via Flickr CC License by

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Situé à 40 kilomètres de Berlin, le camp militaire de Wünsdorf a connu ses heures de gloire, avant de d'être délaissé et de tomber dans l'oubli. Plusieurs armées s’y sont succédées, et les bâtiments ont vu passer entre leurs murs des figures importantes de l’histoire occidentale. Aujourd’hui, il n’y demeure qu’un seul habitant, qui a pour charge de surveiller et de garder le lieu en l’état. Le Guardian a rencontré Juergen Naumann, et a visité la ville, autrefois appelée «La Petite Moscou».

Ce surnom lui est donné après la Conférence de Postdam, quand 75.000 Soviétiques s’y installent, avec femmes et enfants. On y trouve écoles, commerces et bâtiments destinés aux loisirs. Les soldats soviétiques y cultivent de bonnes relations avec les Allemands de l’Est, même si la ville est fermée à ces derniers. Et pour cause, les Russes ne payent pas de taxes et tout y est beaucoup moins cher. Neumann, qui était chargé de collecter les impôts des commerces, affirme néanmoins que certains se débrouillaient pour venir y acheter quelques produits, les Allemands l'appellent la «Cité interdite»:

«Il existait des moyens illégaux d’entrer. Il y avait quelques produits qu’il était impossible se procurer dehors. Beaucoup étaient peu chers.»

Camp de Wünsdorf. Crédits : Jocki84

«La Petite Moscou»

Lorsque le Mur tombe et que l’URSS se dissout en 1989, tous les habitants sont rappelés chez eux.

«A Sperenberg (un terrain d’aviation près de Wünsdorf, ndlr), la patronne était dans son bureau en train de pleurer. Je lui ai demandé ce qu’il n’allait pas, elle m’a répondu qu’elle venait de recevoir un mot lui ordonnant de retourner en Russie deux jours après.»

Chaque habitant part donc rapidement vers son pays d’origine, laissant derrière lui les souvenirs de son séjour en Allemagne. 29,3 tonnes de déchets et de munitions restent à Wünsdorf, tout comme les animaux domestiques. Les vitrines des magasins restent elles aussi en l’état, remplies de téléviseurs, de radios ou de frigos. Il ne demeure de «La Petite Moscou» que des bâtiments abandonnés, de nombreuses entreprises ferment leurs portes suite à la chute du Mur et l'État se préoccupe davantage de cela.

Camp de Wünsdorf via Flickr CC Jocki84

Ruines et souvenirs

Mais l’histoire de Wünsdorf n’a pas débuté avec les Soviétiques. Les troupes de l'Empire allemand s’y installent dès 1871. C’est là qu’est construite la première mosquée allemande en 1914. Le complexe devient le quartier général de la Wehrmacht en 1935. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la campagne est menée depuis le bunker d'un sous-sol de Wünsdord. C'est de là que partaient les télex pour le front en France, à Stalingrad, en Hollande et même en Afrique. Aujourd’hui, Juergen Neumann y demeure seul, parfois aidé par un assistant. Il va sans dire qu’un lien a fini par se créer entre les lieux et leur gardien:

«Je ne veux pas dire qu’il est possible d’en tomber amoureux, mais je suis le genre de personne qui ressent beaucoup de choses pour les vieux bâtiments.»

Wünsdorf est maintenant très prisé par des vidéastes, des photographes de mariage et des passionnés d'exploration urbaine. Le gardien imagine néanmoins un futur plus radieux pour le lieu historique. À son sens une université pourrait parfaitement s’y installer.

Camp de Wünsdorf | via Flickr CC Jocki84

«Des entreprises ou des investisseurs viennent voir le bâtiment. Ce n’est pas si désert, mais il pourrait y avoir un peu plus de passage. Ça me convient. Parfois, il y a tellement de choses à faire que je ne sais pas par où commencer.»

Alors que la région recherche des investissements, Neumann reçoit de nombreuses visites de la part d’anciens soldats ou habitants; et semble s’en contenter. De cela et de ses souvenirs:

«Réfléchissez-y. Le hall d’escrime! Il y avait des soldats qui couraient, s’entraînaient ici avec leurs sabres. Il faut juste l’imaginer, imaginer tout ce qui a eu lieu ici.»

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