Allemagne / Histoire

A l'intérieur du camp militaire de Wünsdorf, cité abandonnée où sont passés soviétiques et nazis

Temps de lecture : 2 min

Situé en Allemagne de l'Est, ce camp a vu se succéder les troupes allemandes, nazies et soviétiques.

IMG_8218 | jocki84 via Flickr CC License by
IMG_8218 | jocki84 via Flickr CC License by

Situé à 40 kilomètres de Berlin, le camp militaire de Wünsdorf a connu ses heures de gloire, avant de d'être délaissé et de tomber dans l'oubli. Plusieurs armées s’y sont succédées, et les bâtiments ont vu passer entre leurs murs des figures importantes de l’histoire occidentale. Aujourd’hui, il n’y demeure qu’un seul habitant, qui a pour charge de surveiller et de garder le lieu en l’état. Le Guardian a rencontré Juergen Naumann, et a visité la ville, autrefois appelée «La Petite Moscou».

Ce surnom lui est donné après la Conférence de Postdam, quand 75.000 Soviétiques s’y installent, avec femmes et enfants. On y trouve écoles, commerces et bâtiments destinés aux loisirs. Les soldats soviétiques y cultivent de bonnes relations avec les Allemands de l’Est, même si la ville est fermée à ces derniers. Et pour cause, les Russes ne payent pas de taxes et tout y est beaucoup moins cher. Neumann, qui était chargé de collecter les impôts des commerces, affirme néanmoins que certains se débrouillaient pour venir y acheter quelques produits, les Allemands l'appellent la «Cité interdite»:

«Il existait des moyens illégaux d’entrer. Il y avait quelques produits qu’il était impossible se procurer dehors. Beaucoup étaient peu chers.»

Camp de Wünsdorf. Crédits : Jocki84

«La Petite Moscou»

Lorsque le Mur tombe et que l’URSS se dissout en 1989, tous les habitants sont rappelés chez eux.

«A Sperenberg (un terrain d’aviation près de Wünsdorf, ndlr), la patronne était dans son bureau en train de pleurer. Je lui ai demandé ce qu’il n’allait pas, elle m’a répondu qu’elle venait de recevoir un mot lui ordonnant de retourner en Russie deux jours après.»

Chaque habitant part donc rapidement vers son pays d’origine, laissant derrière lui les souvenirs de son séjour en Allemagne. 29,3 tonnes de déchets et de munitions restent à Wünsdorf, tout comme les animaux domestiques. Les vitrines des magasins restent elles aussi en l’état, remplies de téléviseurs, de radios ou de frigos. Il ne demeure de «La Petite Moscou» que des bâtiments abandonnés, de nombreuses entreprises ferment leurs portes suite à la chute du Mur et l'État se préoccupe davantage de cela.

Camp de Wünsdorf via Flickr CC Jocki84

Ruines et souvenirs

Mais l’histoire de Wünsdorf n’a pas débuté avec les Soviétiques. Les troupes de l'Empire allemand s’y installent dès 1871. C’est là qu’est construite la première mosquée allemande en 1914. Le complexe devient le quartier général de la Wehrmacht en 1935. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la campagne est menée depuis le bunker d'un sous-sol de Wünsdord. C'est de là que partaient les télex pour le front en France, à Stalingrad, en Hollande et même en Afrique. Aujourd’hui, Juergen Neumann y demeure seul, parfois aidé par un assistant. Il va sans dire qu’un lien a fini par se créer entre les lieux et leur gardien:

«Je ne veux pas dire qu’il est possible d’en tomber amoureux, mais je suis le genre de personne qui ressent beaucoup de choses pour les vieux bâtiments.»

Wünsdorf est maintenant très prisé par des vidéastes, des photographes de mariage et des passionnés d'exploration urbaine. Le gardien imagine néanmoins un futur plus radieux pour le lieu historique. À son sens une université pourrait parfaitement s’y installer.

Camp de Wünsdorf | via Flickr CC Jocki84

«Des entreprises ou des investisseurs viennent voir le bâtiment. Ce n’est pas si désert, mais il pourrait y avoir un peu plus de passage. Ça me convient. Parfois, il y a tellement de choses à faire que je ne sais pas par où commencer.»

Alors que la région recherche des investissements, Neumann reçoit de nombreuses visites de la part d’anciens soldats ou habitants; et semble s’en contenter. De cela et de ses souvenirs:

«Réfléchissez-y. Le hall d’escrime! Il y avait des soldats qui couraient, s’entraînaient ici avec leurs sabres. Il faut juste l’imaginer, imaginer tout ce qui a eu lieu ici.»

Slate.fr

Newsletters

Comment le KGB gérait les couples d'espions

Comment le KGB gérait les couples d'espions

Un manuel des forces soviétiques de 1974 recense de nombreux conseils à destination des instructeurs.

Sylvin Rubinstein, le danseur de flamenco qui se déguisait en femme pour tuer des nazis

Sylvin Rubinstein, le danseur de flamenco qui se déguisait en femme pour tuer des nazis

Après avoir perdu sa sœur jumelle dans le camp d'extermination de Treblinka, il n'eut de cesse de se venger. Il participa à diverses actions de sabotage, fomenta des attentats et commit plusieurs assassinats.

Le sidérant fan-club d'Hitler

Le sidérant fan-club d'Hitler

Le dictateur nazi faisait l'objet d'un véritable culte de la personnalité de son vivant. Un historien allemand a retrouvé des dizaines de milliers de lettres envoyées par ses concitoyens: déclarations d'admiration, poèmes à sa gloire, cadeaux à gogo... et courrier du coeur.

Newsletters