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Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe

La ministre de la Santé Marisol Touraine le 11 janvier 2017 I Nicolas TAVERNIER / POOL / AFP

La ministre de la Santé Marisol Touraine le 11 janvier 2017 I Nicolas TAVERNIER / POOL / AFP

La virulence de l’actuelle épidémie impose de prendre une mesure qui avait été «suspendue» il y a dix ans par le ministre de la Santé Xavier Bertrand. Marisol Touraine osera-t-elle?

Les crises sanitaires aident, parfois, à poser les bonnes questions. C’est le cas aujourd’hui avec l’épidémie de grippe saisonnière qui vient engorger les urgences et un certain nombre des services hospitaliers français. Les termes de l’équation sont d’une grande simplicité: sans être une panacée la vaccination antigrippale est un outil qui a démontré son efficacité; les soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes) sont, du fait même de leur profession, les plus exposés à être infectés et à transmettre l’infection à celles et ceux qu’ils soignent; or, ces mêmes soignants rechignent (dans une forte proportion, et pour diverses mauvaises raisons) à se faire vacciner.

Cette situation n’est pas acceptable et ne devrait pas être acceptée. C’est ce que vient, en des termes diplomatiques, de suggérer le Pr Benoît Vallet, directeur général de la Santé. Il l’aurait fait, dit-on, sans avoir reçu l’autorisation de Marisol Touraine. On ajoute que la ministre des Affaires sociales et de la Santé en aurait pris ombrage. On ose espérer que ceci n’est pas vrai tant cette mesure apparaît comme une priorité de santé publique qui ne saurait se discuter.

Vaccination «altruiste»

La question, à dire vrai, avait déjà été tranchée il y a dix ans. L’obligation de la vaccination antigrippale des professionnels de santé figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, «fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement alors dirigé par Dominique de Villepin. Sans doute serait-il utile que M. Bertrand, aujourd’hui président du conseil régional des Hauts-de-France, s’explique sur les raisons de cette suspension; une suspension à laquelle le directeur général de la Santé entend, fort opportunément mettre un terme.

En pratique, aucune difficulté: il suffira à l’exécutif d’annuler le décret d’octobre 2016. L’État peut, en effet, contraindre les professionnels de santé à se faire vacciner, au nom de la santé publique mais aussi dans leur propre intérêt. Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour de nombreuses vaccinations. Il s’agit ici d’assurer une protection individuelle mais aussi d’une vaccination «altruiste» visant à concourir à la prévention des infections contractées par les patients de ces professionnels. C’est tout particulièrement vrai dans le cas des épidémies grippales saisonnières où une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus aux sein des populations les plus fragiles.

La virulence de l’actuelle épidémie doit permettre de tirer la leçon qui s’impose: contraindre dès l’automne prochain à la vaccination antigrippale les soignants qui avaient cru, cette année, pouvoir s’en dispenser. C’est là un impératif de santé publique doublé d’une obligation éthique.

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