Monde

La tendance du hygge accompagne-t-elle la montée de la xénophobie?

Repéré par Xavier Ridel, mis à jour le 11.01.2017 à 16 h 11

Repéré sur Washington Post, Slate.com

Le mode de vie initié par les Danois pourrait bien avoir une face sombre: celle de privilégier le repli sur soi. À tout prix.

Wood-burning fireplace with gas starter: best home improvement decision of all-time. | Angie Six via Flickr CC License by

Wood-burning fireplace with gas starter: best home improvement decision of all-time. | Angie Six via Flickr CC License by

Aux premiers abords, difficile d'établir un quelconque lien entre le hygge et la xenophobie. Pourtant, le mode de vie danois, consistant à se lover dans un plaid et à s’imprégner de chaleur boisée, pourrait bien mener à des dérives. C’est en tout cas ce qu’affirme un article de Slate.com, qui le compare sans détour à «un retour à l’état fœtal».

Un repli sur soi et un désir de sécurité qui sont sans doute nécessaires de temps à autres. D’autant plus lorsqu’on sort d’une année 2016 chaotique. Ainsi Carl Jung écrivait-il, à propos des traumatismes collectifs:

«La tendance régressive du patient (…) n’est pas une rechute dans l’infantilisme, mais une tentative de retourner à quelque chose de nécessaire (…) le sentiment universel de l’innocence enfantine, la sécurité, le confiance

Une façon de se protéger du monde

Chercher à s’affaler sur un canapé avec un chocolat chaud et ses amis proches, ou à faire un jeu de société avec sa famille au coin du feu seraient donc des envies naturelles; surtout dans des périodes mouvementées. Bien aidée par le marketing britannique, la mode n’a donc cessé de s’étendre, diffusant une façon de vivre inspirée par le pays censé être le plus heureux au monde. Au micro de France Inter, Hyppolite Girardot raillait le terme:

«J’ai toujours appelé ça ‘’faire la moule’’. Mais le système d’ultra consommation dans lequel nous vivons a toujours besoin de renommer les choses que nous connaissons déjà pour nous les revendre.»

Ahmad Beltagui, de l'université de Wolverhampton, prend le concept plus au sérieux. Il relevait ainsi fin décembre, pour le Huffington Post:

«Le réconfort apporté par une maison offre, comme le racisme, une certaine manière de se protéger des dangers qui rôdent dehors

Le parallèle avec le racisme est sans doute un peu fort, mais s'explique par l'étude qu'a mené Beltagui sur les communautés virtuelles danoises. Il a ainsi constaté que certains internautes, affublés d'un pseudo contenant le mot hygge, ne parlent qu'entre cercles bien distincts, quitte à filtrer les autres de manière xénophobe.

Rejet de l'autre

Ne parler ni de politique ni de de sujets susceptibles de mener à une controverse: voilà en effet l’un des principes fondamentaux du hygge. Aucun sentiment négatif, aucune contradiction ne doivent émerger de cette façon de vivre, comme le remarquait l’auteure Dorthe Nors dans une de ses nouvelles:

«Dès que quelqu’un veut exprimer une sorte d’émotion déplaisante, cette personne peut mettre en danger le hygge et entendra: “Pour l’instant, soyons juste hygge”, ce qui veut juste dire: restons à la surface et agissons de façon hygge…»

D’ailleurs, en élargissant cette idée, on constate que le Danemark n’est peut-être pas un pays aussi lisse et agréable qu’il n’y paraît. Cela fait déjà un moment que nous savons que l’état nordique a mis en place un grand nombre de mesures pour dissuader les réfugiés de se rendre sur son sol. En témoigne l’Asylum Spray, distribué aux citoyens afin d’ «offrir des solutions pour protéger le peuple Danois», selon le leader du Danskernes Parti, Daniel Carlsen.

Bien entendu, s’entourer de bougies et parler du dernier Star Wars avec ses amis ne mène pas directement à la xénophobie. Le danger réside dans le repli sur soi à l’extrême, et la crainte de l’Autre; deux choses qui semblent se cristalliser dans le mode de vie que préconise le hygge.

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