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Qu'il suive ou pas les traces de Trump, Zuckerberg fait de plus en plus ami-ami avec la politique

Grégor Brandy, mis à jour le 11.01.2017 à 18 h 34

Plusieurs indices laissent penser que le patron de Facebook compte s'engager davantage. Ira-t-il jusqu'à briguer la Maison-Blanche?

Mark Zuckerberg, au sommet de l'APEC, à Lima, au Pérou, le 19 novembre 2016. Ernesto BENAVIDES / AFP

Mark Zuckerberg, au sommet de l'APEC, à Lima, au Pérou, le 19 novembre 2016. Ernesto BENAVIDES / AFP

Donald Trump n'est pas encore investi que les États-Unis regardent déjà vers 2020. Alors qu'une partie du pays cherche déjà un successeur à Barack Obama, Joe Biden, Hillary Clinton et Bernie Sanders, certains semblent se préparer en vu de la prochaine élection dans quatre ans. Parmi eux: Mark Zuckerberg.

Le fondateur de Facebook a fait savoir le 3 janvier sur son compte personnel qu'après avoir couru ses 365 miles en 2016, fini un livre tous les quinze jours en 2015, appris le mandarin en 2011, ou porté une cravate tous les jours en 2009, il avait pris la résolution de partir à la rencontre de gens dans chacun des 50 États américains avant la fin de l'année 2017.

«Après une année 20016 tumultueuse, j'espère avec ce défi de sortir, de parler à plus de gens, de comment ils vivent, travaillent et ce qu'ils pensent du futur. [...] Mes voyages prendront différentes formes –des road-trips avec Priscilla [Chen, sa femme], des arrêts dans des petites villes et des universités, des visites de nos bureaux un peu partout dans le pays, des rencontres avec des enseignants et des scientifiques, et des voyages dans des lieux cools que vous me recommanderez sur le chemin.»

De quoi se demander comme le fait Wired si Mark Zuckerberg n'est pas en train de se lancer dans une course à la prochaine présidentielle. Il faut dire qu'une semaine auparavant, Zuckerberg –toujours sur Facebook– était revenu sur son athéisme affiché depuis de nombreuses années.

«J'ai été élevé dans la religion juive, et j'ai ensuite traversé une période où j'ai remis en question plusieurs choses, mais je crois désormais que la religion est très importante.»

Éligible en 2020

Or, souligne Wired, étant donné que selon une idée reçue, «en politique américaine, quelqu'un qui n'est pas religieux ne pourrait jamais être élu président des États-Unis, est-ce que ce ne serait pas une technique de positionnement?». Un point de vue notamment partagé par le Guardian. Le magazine spécialisé revenait plus sérieusement sur le fait que Zuckerberg, qui aura dépassé l'âge minimum de 35 ans pour se présenter d'ici 2020, ne se présentera probablement pas dans quatre ans. Et pourtant...

Le PDG de Facebook a pris des mesures afin de pouvoir servir le gouvernement américain, «de façon indéfinie» tout en continuant de gérer Facebook. «Cette histoire donne du poids à l'idée que Zuckerberg pense sérieusement à se plonger dans la vie politique», résumait TechCrunch, au début du mois de janvier.

Il faut dire que Mark Zuckerberg a de l'ambition. Newsweek soulignait que dans ses messages publiés sur Facebook, «la rhétorique utilisée montre des ambitions qui vont bien au-delà de la croissance et du développement du plus gros des réseaux sociaux». Ainsi, quelques heures après l'élection de Donald Trump, le 8 novembre dernier, Zuckerberg écrivait sur Facebook:

«Alors que je tenais [ma fille] Max dans mes bras, je pensais à tout le travail qui reste à accomplir pour que nous créions le monde que nous voulons pour nos enfants. [...] Nous sommes bénis d'avoir la possibilité de faire un monde meilleur et nous avons la responsabilité de le faire. Travaillons encore plus dur.»

Deux poids lourds rejoignent sa fondation

Si l'orientation politique de hauts responsables de Facebook est claire –le nom de Sheryl Sandberg, directrice des opérations du réseau social, circulait notamment pour faire partie de l'administration Clinton, quand Peter Thiel est un fervent soutien de Donald Trump–, le patron du réseau social n'a cependant jamais indiqué à quel camp il appartenait, et a donné de l'argent aux candidats des deux partis. Une affiliation qu'il devrait résoudre avant de se lancer dans une course présidentielle, puisque depuis 1857 seuls des candidats démocrate ou républicain ont ensuite pu devenir président.

Et puis, ce 10 janvier, on a appris que l'un des anciens proches conseillers de Barack Obama, David Plouffe, a rejoint l'organisation caritative de Mark Zuckerberg, la Chan Zuckerberg Initiative. La fondation a également recruté Ken Mehlman, directeur de campagne de George W. Bush, en 2004, et ancien président du comité national républicain. Pour Quartz, ce choix n'est pas anodin:

«Engager des gens des deux côtés du spectre politique est remarquable à la lumière du scandale dans lequel s'est retrouvé Facebook sur la suppression de contenus conservateurs de sa fonctionnalité Trending, en mai dernier, et son rôle controversé dans la propagation de fausses informations et la promotion de bulles polarisées lors de la campagne.»

De quoi commencer à imaginer sur quels sujets pourrait s'engager Mark Zuckerberg s'il lui passait par la tête de se lancer dans la course à la Maison-Blanche en 2020.

Une action contre le réchauffement climatique

Contrairement à l'administration Trump, qui semble nier la thèse du réchauffement climatique causé par l'Homme, Zuckerberg s'est déjà associé à d'autres milliardaires (Bill Gates, Richard Branson, Jeff Bezos...) pour combattre ce phénomène et trouver une solution au problème de l'énergie, en investissant dans la recherche d'énergies propres, et en facilitant le financement d'entreprises innovantes sur ce sujet.

«Nous serons incapables de procéder à des changements significatifs dans d'autres domaines –comme l'éducation ou l'accès à internet– sans une énergie garantie et un climat stable, expliquait Mark Zuckerberg, en novembre 2015, sur son compte Facebook. [...]

Nous investissons déjà dans les énergies propres et renouvelables pour nos installations à Facebook aujourd'hui, mais nous sommes persuadés que construire un futur positif pour la prochaine génération implique également des investissements à plus long terme dans des projets que des entreprises et des gouvernements ne peuvent pas subventionner.»

 

Favorable à une réforme du système d'immigration

Sur le sujet de l'immigration, Mark Zuckerberg partage le même avis que nombre de responsables de la Silicon Valley. Le fondateur de Facebook est un partisan d'une réforme de l'immigration, et de son assouplissement, souligne Inc, qui rappelle qu'il a rencontré le sénateur de Floride, et candidat malheureux à la primaire républicaine, Marco Rubio, en 2013 «pour parler du système d'immigration de pays, quelques mois après que son groupe de lobbying, FWD.us, a financé une campagne de pub soutenant une solution bipartisane à une réforme de l'immigration»Donald Trump avait ensuite qualifié Marco Rubio de «sénateur personnel» de Mark Zuckerberg.

Au moment du lancement de FWD.us, Zuckerberg avait publié une tribune dans le Washington Post dans laquelle il expliquait que «les immigrants sont la clé de l'économie du savoir».

Lors de la dernière campagne présidentielle, le fondateur de Facebook s'en était pris à Donald Trump, qui souhaitait construire un mur le long de la frontière avec le Mexique.

«À travers le monde, je commence à voir des gens et des nations se retrancher sur eux-mêmes, au lieu d'une idée de monde connecté et d'une communauté mondiale. J'entends des voix inquiètes appelant à construire des murs et à nous distancer des gens que l'on qualifie comme “les autres”. Je les entends appeler au blocage de la liberté d'expression, la réduction de l'immigration, à la diminution des échanges.»

Soutien de la cause LGBT

Mark Zuckerberg s'est affiché en défenseur du mariage pour tous. En 2013, il défilait avec 700 de ses employés lors de gay-pride de San Francisco, peu de temps après la décision de la Cour Suprême qui invalidait une loi qui définissait le mariage uniquement comme l'union d'un homme et d'une femme. Dans un post –depuis supprimé– le fondateur de Facebook se déclarait «fier de la bonne direction prise par le pays. Je suis content pour nombre de mes amis et leurs familles».

Un an plus tard, en 2014, quand Zuckerberg avait été accusé de soutenir un candidat républicain qui combattait le droit au mariage pour tous, Facebook avait répondu officiellement que «l'entreprise a un long casier de défense des droits de la communauté LGBT, et cela ne va pas changer. [...] Une contribution à un candidat ne veut pas dire que nous sommes d'accord avec toutes les positions adoptées par ce candidat».

Un an plus tard, quand la Cour Suprême avait légalisé le mariage gay, Zuckerberg s'en était réjoui, là encore sur son compte Facebook. Mark Zuckerberg a par ailleurs cosigné en mars 2016, une lettre destinée au gouverneur républicain de Caroline du Nord, Pat McCrory au sujet de la loi de l'État obligeant les personnes transgenres à se rendre dans les toilettes de leur sexe d'origine et non dans celui dans lequel elles se reconnaissent.

«HB2 [le nom de la loi] ne reflète pas les valeurs de nos entreprises, de notre pays, ou même de la vaste majorité des Nord-Caroliniens. [...] La discrimination, c'est mal, et nous pensons qu'elle n'a pas lieu d'être en Caroline du Nord ou ailleurs dans ce pays. En tant qu'entreprises qui se félicitent d'être inclusives et d'accueillir tout le monde, nous vous exhortons, vous, et la direction de la législature de la Caroline du Nord, à abroger cette loi lors de la prochaine session législative.»

S'intéresse profondément à l'éducation

Dans un long portrait, Popular Science soulignait que l'éducation était un sujet qui lui tenait à cœur depuis longtemps déjà. Le site rappelait notamment qu'en 2010, il avait fait un don de 100 millions de dollars aux écoles publiques de Newark, dans le New Jersey. En 2014, alors qu'il visitait une école à Sunnyvale, en Californie, qui fait partie du Summit Public Schools, un système d'écoles laïques à gestion privée, il avait été frappé par la façon dont elle était organisée comme une start-up, «sans murs, et avec des ordinateurs sur chaque table partagée».

«Plus intéressant encore pour lui, ils expérimentaient un système d'éducation personnalisé, écrit Popular Science. Chaque écolier apprenait à son rythme. Des groupes travaillaient ensemble sur des problèmes encore plus complexes. [...] Zuckerberg a été surpris que “l'équipe” ne soit composée que d'une seule personne, et a passé un marché. Il fournirait plus d'ingénieurs (30 de ses troupes d'ici la fin 2016) tant que le logiciel restait libre pour que d'autres écoles puissent l'utiliser, ce qui permettait de coordonner les éducateurs et de propager le savoir. La responsable du système a accepté. Cette année, environ 120 écoles utilisent ce logiciel d'éducation personnalisé. Lors de la prochaine décennie, Zuckerberg espère que la moitié du pays y adhère à son tour.»

Au cœur de sa fondation, soulignait Inc se trouve d'ailleurs l'éducation, mais aussi la facilitation de l'accès à internet (ce qui permet au passage à Facebook de gagner quelques utilisateurs supplémentaires).

Ce ne sont là que quelques thèmes sur lesquels Mark Zuckerberg s'est déjà prononcé. Nul doute qu'au cours des prochains mois, au fil des mesures annoncées par l'administration Trump et de ses rencontres, Mark Zuckerberg devrait préciser nombre de ses opinions, et prendre position sur différents sujets. Et d'ici 2020, il pourra toujours se lancer en 2018 à l'assaut de la Chambre des représentants pour se faire les dents. Même si Donald Trump l'a prouvé: un chef d'entreprise connu n'a pas forcément besoin d'une quelconque expérience pour accéder à la Maison-Blanche. 

Grégor Brandy
Grégor Brandy (426 articles)
Journaliste
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