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Laurence Haïm est un excellent choix pour gérer la com de Macron

Vincent Manilève, mis à jour le 11.01.2017 à 15 h 46

La journaliste quitte les Etats-Unis et i-Télé pour rejoindre l'équipe de campagne de l'ancien ministre.

Montage Slate.fr, via un tweet de Laurence Haim.

Montage Slate.fr, via un tweet de Laurence Haim.

Coup de tonnerre sur internet. Laurence Haïm, l'une des rares journalistes françaises à avoir été accréditée à la Maison Blanche (elle l'a souvent souligné), qui a suivi de nombreuses campagnes présidentielles américaines pour le groupe Canal+, a annoncé le 10 janvier quitter i-Télé et rentrer en France après 23 ans passés à travailler aux Etats-Unis. La chaîne, qui comptait 180 salariés avant la crise avec Vincent Bolloré, compte ici son 99e départ.

Ce tweet sonnait-il la fin des fameuses «analyses lh» et autres anglicismes, qui régalaient ses 170.000 abonnés et lui ont valu le titre de Reine du Twitter français? Pas du tout, puisque le lendemain, Le Monde annonçait, à la surprise générale, que la journaliste de 50 ans s'apprête à rejoindre l'équipe d'Emmanuel Macron, candidat à l'élection présidentielle française avec le mouvement «En Marche!».

«Après 23 ans passés aux Etats-Unis, elle avait envie de faire autre chose et elle nous a proposé ses services, explique un porte-parole du mouvement au journal. Elle a une expérience de l’international qui sera précieuse.»

Sur internet, les réactions oscillaient entre amusement et circonspection.

Si l'on se penche sur la carrière de Laurence Haïm et sa manière de gérer son identité en ligne, il faut reconnaître que l'équipe de Macron a réalisé un coup de poker très intéressant.

Une connaisseuse de la communication américaine... et de ses défauts

D'abord parce que Laurence Haïm connaît parfaitement le faste des campagnes américaines et la façon dont les équipes des candidats gèrent les situations de crise, comme celle de l'ouragan Sandy. Elle a ainsi suivi les deux campagnes victorieuses de Barack Obama, qui lui accordera d'ailleurs fin décembre 18 minutes d'interview pour i-Télé, et une partie de la campagne Trump l'année dernière. Côté français, elle a bien évidemment suivi le scandale de l'affaire DSK depuis New-York, mais également l'élection présidentielle de 2012.


 

Mais sa connaissance du monde politique dépasse largement l'étape de la campagne électorale. Depuis l'élection d'Obama, elle obtenait un bureau de correspondante permanente à la Maison Blanche, privilège rare pour des journalistes français, bien qu'elle ne soit pas la seule à en bénéficier. Un peu comme Danny Concannon dans la série The West Wing, Laurence Haïm avait un accès élargi aux proches de Barack Obama. En assistant aux multiples conférences de presse du «Press Secretary», elle a ainsi pu comprendre et analyser les éléments de langage et la façon de botter en touche du système de communication d'un homme politique de premier plan. Son regard analytique et critique de la communication à l'américaine, système qui fascine toujours en France, pourra être un atout pour la nouvelle chargée de communication de Macron. Dans une interview à Pure Médias en 2012, elle expliquait ainsi à propos de son documentaire Obama, la dernière campagne: «Comme toujours, j'ai essayé de montrer qu'il faut résister en tant que journaliste à ce que la communication politique américaine veut imposer, c'est-à-dire un contact politique virtuel, l'humanité qui disparaît au profit de spin-doctors qui font des messages par ordinateur.» Si elle sait comment résister en tant que journaliste, elle saura se défendre comme communicante.

Et puis, au fond, il n'y a rien de surprenant à voir un ou une journaliste rejoindre des équipes de communication de politiques. C'est une façon pour les politiques de mieux comprendre et canaliser les attentes médiatiques. Même si Claude Sérillon, ancien présentateur de France 2 devenu communicant de l'Elysée, l'a vécu à ses dépens.

«Analyse lh»

L'autre grande qualité de Laurence Haïm –ou sa malédiction– c'est @lauhaim. Sur son compte Twitter, elle narre depuis 2009 le quotidien de l'administration Obama dans le moindre détail, du thé dans le Bureau Oval à son appel à l'aide pour interviewer Lady Gaga... Elle n'épargne rien. Pas même les fautes de frappe et le franglais, un mélange de mots français-anglais qui ferait pâlir de jalousie Afida Turner.

Dans une interview accordée à Elle, Laurence Haïm, la vraie, avouait: «Je fais beaucoup de fautes de frappe, ajoute-t-elle, ce qui m'est parfois reproché par les gens qui me suivent: il faut que j’y travaille, mais, en direct, tout va si vite!»

Qu'importe les fautes, c'est devenu sa marque de fabrique numérique. Ses abonnés guettent ses tweets parfois postés en roue libre, le compte @laurenceHIMYM en fait des parodies plus vraies que nature, et certains médias comme Buzzfeed en font des best-of... Tout cela a permis à Laurence Haïm d'être aimée d'internet. Cela semble anodin, mais il s'agit d'une qualité dont peu peuvent se targuer dans le monde de la communication et de la politique.

Ce n'est pas un hasard si, toujours dans l'interview de Elle, la désormais ex-journaliste estimait que Twitter représente «l'avenir de l’information en continu». «Je décide de ma ligne éditoriale et je n'ai à supplier personne pour qu'on passe mes infos!» Une posture qui peut s'appliquer parfaitement au champ politique: Jean-Luc Mélenchon a d'ores et déjà décidé de se passer des médias pour rejoindre YouTube et gérer lui-même son agenda médiatique. Bien sûr, son empressement dans la communication pourrait se retourner contre elle, mais rappelons qu'aujourd'hui, Trump monopolise la conversation en ligne grâce à des messages publiés sans aucun filtre.

Celle qui disruptait les mots sur Twitter rejoint donc celui qui veut disrupter la politique en France. En attendant de voir leur collaboration se mettre «en marche», nous vous proposons de revoir cet extrait d'interview entre la journaliste et le politique, alors ministre, en mai 2015. L'échange portait alors... sur la communication politique et le romantisme. 

 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (309 articles)
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