France

La culture du coup d'un soir n'est pas une légende urbaine

Fiona Schmidt, mis à jour le 11.01.2017 à 12 h 02

L’Ifop a révélé lundi les résultats d’une grande enquête sur l’infidélité au féminin, menée à l’occasion du lancement du premier site de rencontres extra-conjugales 100% français Daylov. Et alors? Alors bof.

BRUNO FAHY / BELGA / AFP

BRUNO FAHY / BELGA / AFP

Pour la Parisienne trentenaire ultra connectée à l’esprit béant que je suis, la question de savoir si les sites de rencontres rendaient les Françaises infidèles paraissait rhétorique: évidemment, qu’on est plus infidèles depuis Tinder&co! Évidemment, que les quelque 2.000 sites et applis de rencontres recensés en France sont l’EPO de l’adultère! Les chiffres parlent d’eux-mêmes dans les médias et radotent sur les réseaux sociaux: 4 Français sur 10 se sont inscrits au moins une fois sur un site de rencontres, une proportion qui a doublé en l’espace de cinq ans, et ne tient même pas compte de l’usage des applis géolocalisées de plus en plus populaires, surtout chez les moins de 35 ans.

Par ailleurs, la plupart des utilisateurs, dont un tiers est en couple, admet les utiliser à des fins strictement sexuelles. En vérité j’étais sur le point de vous le dire, le shag est le nouveau poke, l’infidélité le nouveau yoga –Heberson Oliveira, à qui l’on doit l’appli yoga&sex, ne me contredirait pas. Il pourrait, car la réalité est un peu plus nuancée que ça. 

Les Françaises sont de plus en plus infidèles

Selon l’étude de l’Ifop menée par François Kraus, 33% des Françaises de plus de 18 ans admettent avoir déjà eu un rapport extraconjugal, contre 24% en 2001 et 10% en 1970. 4% trompent d’ailleurs actuellement leur conjoint, 16% l’ont déjà trompé, dont 59% n’excluent pas de recommencer. Enfin, une femme sur quatre se déclare prête à bouger une oreille –notamment– si l’occasion et/ou le larron se présentai(en)t. 

Et l’expérience de l’infidélité augmente avec la catégorie sociale professionnelle, la taille de l’agglomération et l’expérience sexuelle. Elle est ainsi particulièrement élevée chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, que leur réussite professionnelle et leur indépendance financière a tendance à affranchir des préjugés sociaux et de la peur des conséquences matérielles que la découverte de l’adultère pourrait entraîner.

Sans surprise, les habitantes des grandes villes sont également plus enclines à tromper leur conjoint que dans les petites agglomérations, la faute –ou l’avantage– de l’anonymat des métropoles, et de l’ampleur du marché de l’offre et de la demande de rencontres. Enfin, la plupart des «adulteriennes» sympathisantes ou militantes ont moins de 39 ans, plus de dix partenaires sexuels à leur actif et sont en couple depuis moins de trois ans. Il semble donc que la «culture du “coup d’un soir”» véhiculée par les sites de rencontre, selon le titre d’une étude publiée par l’Ifop en mai 2015, ne soit pas qu’une légende urbaine… 

… Surtout chez les hommes. Car en matière d’extraconjugalité aussi, les femmes ont encore du chemin à parcourir jusqu’à la parité:

«S’il est vrai que l’infidélité progresse de manière constante chez les femmes, on observe la même tendance chez les hommes, qui sont aujourd’hui près d’un sur deux à admettre avoir déjà trompé leur partenaire, déclare François Kraus. L’asymétrie entre les sexes est la même aujourd’hui qu’elle l’était il y a vingt ans!» 

Mauvaise image

Par ailleurs, si l’usage des sites de rencontres est de plus en plus répandu, au point de dépasser les statistiques américaines, internet est encore loin d’être l’agora sexuel féminin et/ou féministe que les utopistes et les fondateurs de Gleeden, Happn, Tinder et autres Adopteunmec voudraient nous faire croire. Jean-Baptiste Brette, le fondateur du site Daylov, n’ignore pas les statistiques: près de vingt ans après le lancement des premiers sites de rencontres en France, l’écrasante majorité de leurs utilisateurs sont des hommes (63% contre 37%). Et l’écart ne diminue pas, ou peu, hormis chez les moins de 30 ans.

Enfin, toutes les usagères n’assument pas ce recours au virtuel, selon Marie Bergström. Dans un rapport de l’Ined publié en février 2016, la chercheuse indiquait que si l’utilisation des sites de rencontre s’était démocratisée avec l’augmentation de l’accès à internet et la diversification des profils sociaux-culturels de leurs usagers, bon nombre de femmes les considéraient toujours comme des moyens de rencontre par défaut et s’en méfiaient plus que les hommes, par crainte d’être jugées.

Les préjugés ont la vie dure, même sur internet

Car être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile, même en 2017 (poke Cookie Dingler«La plupart des femmes interrogées conserve un rapport affectif avec la sexualité, souligne François Kraus. La majorité de celles qui déclarent être incapables d’envisager de tromper leur conjoint évoque la satisfaction que leur procure la relation sur le plan sentimental (72%), loin devant le sexe (58%). Et l’attirance physique fait jeu égal avec les sentiments dans les facteurs qui pourraient les conduire à l’adultère.» Echec et mat à Simone de Beauvoir et son Deuxième sexe?

Pas tout à fait… À défaut de les inciter, les sites de rencontres, extraconjugales ou pas, facilitent assurément les coups de canifs à la morale patriarcale qui continue de soumettre la sexualité féminine à un contrôle social stigmatisant dont n’ont pas à souffrir les hommes. Si elles ne passent pas nécessairement à l’acte, près d’une femme sur deux (45%) a ainsi déjà expérimenté les jeux de séduction en ligne (chats, messageries privées, webcams…), ce qui constitue une forme d’infidélité «virtuelle». Enfin, François Kraus estime que les progrès des sites de rencontres en matière d’anonymat auront probablement tendance à favoriser l’alignement progressif des comportements sexuels des femmes sur ceux des hommes.

Encore faudrait-il que les frais d’inscription ne soient plus supportés exclusivement par les hommes, et ne se conforment donc plus aux codes surranés traditionnels de la séduction hétérosexuelle. Car en ligne comme IRL, c’est trop souvent l’homme qui prend en charge les frais liés à la rencontre sexuelle.

Fiona Schmidt
Fiona Schmidt (4 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte