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Le LSD aide-t-il à combattre la dépression?

Repéré par Xavier Ridel, mis à jour le 11.01.2017 à 17 h 34

Repéré sur Mother Jones, The Guardian

Une romancière a testé l'expérience pendant un mois et, plutôt convaincue, a sorti un livre sur le sujet.

Capture d'écran Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=uOmtVFQ3WF8

Capture d'écran Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=uOmtVFQ3WF8

Atteinte de troubles bipolaires, la romancière et avocate Ayelet Waldman a trouvé un moyen de faire taire ses démons. Dans une longue interview accordée à Mother Jones, elle revient sur cette voie du bien-être et sa recette assez simple: ingérer environ un dixième de dose de LSD chaque matin. L'expérience n'ayant duré qu'un mois, il est impossible d'en tirer de vraies conclusions scientifiques à long terme. Néanmoins, elle interroge notre rapport aux drogues.

Tout débute le jour où Ayelet Waldman se rend compte que sa dépression va trop loin, et qu'elle risque de perdre son couple. Puis elle tombe sur le livre The Psychedelic's Exploration Guide, du docteur James Fadiman. Un ouvrage sorti en 2011, qui recommande le microdosage pour soigner les problèmes psychologiques. Son auteur confiait récemment à Vice:

«Si les gens disent ressentir les effets psychédéliques, je leur conseille de diminuer la dose. Les pavés ne devraient pas briller, ne serait-ce qu'un peu.»

Loin des hallucinations

Le LSD, qui fait partie des drogues les plus étudiées au monde, a été interdit par le gouvernement américain dès 1968; et son utilité médicale, rejetée. Bien évidemment, pas question pour Ayelet Waldman de traîner sur les boulevards californiens afin de se mettre en quête d'un dealer. Elle tente d'envoyer un texto à un contact, prend peur et décide d'emprunter une voix détournée: la drogue sera obtenue via un médecin, un «ami d'ami». Et une fois l'acide en poche, l'expérience peut commencer.

Trente jours durant, Waldman prend des acides et en tire un livre, A Really Good Day. Dans celui-ci, elle traite d’abord de ses rapports au psychotrope, mais aussi de la guerre de la drogue qui est menée aux États-Unis. Un sujet que l'auteure connaît assez bien, de par sa fonction et pour avoir dirigé des cours sur cette lutte pendant sept ans.

«J’ai été avocate pendant les années les plus importantes de la guerre contre la drogue. J’ai vu des gens aller en prison pour rien du tout, et pour longtemps (…) Je ne savais pas que j’allais écrire dessus au départ. J’ai commencé ça comme une thérapie et ne savais pas que faire d’autre.»

Les jours passent, et l’écrivaine tente de se sortir de la dépression en prenant sa dose quotidienne et en griffonnant des notes sur son expérience. C'est la première fois qu'elle touche à un psychotrope, puisqu'elle n'a jamais vraiment aimé les drogues récréatives; le seul intérêt qu’elle leur trouve étant leur aspect médical. Et très vite, les effets se font ressentir. Loin des clichés qui collent à la peau de l'acide, la romancière ne ressent pas d'hallucinations, mais son humeur s'améliore. La plupart du temps, en tout cas, comme elle le déclare au Guardian:

«Ce mois-là m'a sorti du gouffre. (...) Je connaissais quelques très belles journées, mais il y en avait aussi des vraiment pourries, et d'autres étaient simplement routinières. Ce qui est certain, c'est que les mauvais jours n'étaient plus des jours d'enfer.»

À propos de sa bipolarité, l’ancienne avocate met en partie ses sautes d’humeur sur le compte des troubles dysphoriques prémenstruels, et avance un chiffre: 67. Soit le pourcentage de femmes admises en soins une semaine avant leurs règles. Puis elle ajoute que les hormones et l’humeur ont toujours été en relation, ce qui explique sans doute le succès de l'expérience. Et insiste fortement sur le fait qu'il n'y ait aucune forme de mysticisme dans son entreprise:

«Il n’y a pas de vérité fondamentale et rien auquel se raccrocher. Je crois juste que le LSD nous aide à nous sentir mieux.»

Quid de la législation?

Favorable à la légalisation du cannabis, elle s'inquiète de la nomination par Trump de Jeff Sessions comme futur Procureur général, un homme qui «n’est pas effrayé par l’incarcération massive» et pour qui «les gens qui fument de la marijuana sont de mauvaises personnes». Ce qui ne l'empêche pas d'espèrer que «les Républicains autorisent la continuation du progrès». «Il ne me reste qu’une petite once d’optimisme là dessus.»

Ses enfants ont en tout cas le droit de fumer dès l’âge de 15 ans. Elle affirme préférer la prévention à l'interdiction totale et les autorise à toucher au cannabis lorsqu’ils sont en week-end; à condition qu’ils aient de bonnes notes.

«À la seconde où leur moyenne baisse d’un point, ils sont privés et je fais des tests de drogue.»

Puis elle ajoute qu’elle possède également «un tiroir entier rempli de tests sur la MDMA ou le LSD», affirmant: «Il est incroyablement important que mes enfants ne mettent pas dans leur corps quelque chose qu’ils n’ont jamais testé en premier. C’est comme ça que les gens finissent par mourir.»

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