Culture

Après «Fargo» et «Westworld»… Huit films qu'il est urgent d'adapter en série

Thomas Messias, mis à jour le 13.01.2017 à 14 h 46

La mode est à la réorchestration télévisuelle de films ayant (plus ou moins) marqué les esprits. Puisque la tendance ne s'arrêtera pas là, nous vous proposons huit séries inspirées directement de films sortis au cinéma.

Neil Patrick Harris dans « Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire »

Neil Patrick Harris dans « Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire »

De Scream à Fargo en passant par Westworld, de plus en plus de films sont adaptés à la sauce série. Avec des réussites différentes, les showrunners conservent généralement l’ambiance et le postulat de départ, mais créent d’autres personnages principaux afin d’éviter l’impression de déjà vu et de faire oublier le mot remake.

Le 13 janvier, Netflix lance Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, qui est moins une photocopie du film avec Jim Carrey qu’une nouvelle adaptation des 13 romans jeunesse de Lemony Snicket. Réalisée par Barry Sonnenfeld (Men in Black) et incarnée par Neil Patrick Harris, la série ressemble pourtant d’assez près au film réalisé par Brad Silberling, qui ne connut jamais de suite faute d’un succès suffisant en salles.


Remakes directs ou indirects, puisque certains films deviennent des séries, voici une liste d’œuvres cinématographiques qui pourraient un jour ou l’autre sortir du chapeau de Netflix, HBO ou Canal+.

1.Memento(Christopher Nolan, 2000)

Co-créateur de Westworld avec Lisa Joy, Jonathan Nolan est également à l’origine du scénario de Memento, le film qui permit à son frère Christopher de se faire remarquer dans le monde entier. On y suivait un homme atteint d’amnésie antérograde (incapacité à se souvenir d’événements récents), qui poursuivait le meurtrier de sa femme tout en utilisant son corps comme post-it géant afin de n’oublier aucun élément vital. Le tout raconté à l’envers, comme le firent depuis Irréversible de Noé ou 5x2 d’Ozon.


Déjà morcelé (les scènes avec le héros joué par Guy Pearce alternant avec d’autres, dans l’ordre chronologique celles-ci, concernant une histoire secondaire mais finalement fondamentale), le film pourrait être transposé quasiment tel quel vers le format série, l’épisode 1 racontant la dernière journée de l’histoire avant que les suivants ne remontent patiemment le temps à rebrousse-poil. En revenant au début des événements pour mieux les mettre en lumière, le season finale offrirait un cliffhanger de dingo qui ne laisserait personne insensible. Et parce qu’il est impossible de remonter plus loin dans le temps, Memento serait une anthologie, sa saison 2 et les suivantes démarrant avec de nouveaux protagonistes à chaque fois.

Au casting? Exit Guy Pearce et son torse parfait. On verrait bien Issa Rae, révélée récemment grâce à la série Insecure, obtenir son premier rôle 100% dramatique et montrer à toute la planète de quel bois elle se chauffe. Face à elle, Melissa McCarthy ferait un excellent Joe Pantoliano.

 

2.La Maman et la Putain(Jean Eustache, 1973)

Cité partout et tout le temps comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma français (et du cinéma tout court), le film d’Eustache a inspiré plus d’un cinéaste actuel, à commencer par Jim Jarmusch, qui le vénère tout particulièrement. La Maman et la Putain, c’est trois heures quarante minutes d’un Jean-Pierre Léaud pas du tout en roue libre (Eustache étant particulièrement tatillon sur le respect de ses dialogues), mais tellement disert que le film ressemble parfois à un gigantesque monologue de l’acteur (ce qu’il n’est pas tout à fait). Le tout dans le Paris des années 1970, du café des Deux Magots jusqu’au jardin du Luxembourg.


La durée du film en est une réelle qualité, puisqu’il laisse la possibilité d’apprendre à connaître en profondeur le personnage de Léaud, de l’adorer ou de le détester, de se délecter de sa faconde ou d’avoir envie de se percer les tympans… le tout pour mieux réaliser, peu à peu, la détresse de celui qui devra finir par choisir entre les deux femmes qu’il aime. Le format série pourrait briser cette mécanique, mais en la réinventant: certains épisodes ne seraient quasiment consacrés qu’aux considérations existentielles et artistiques du personnage principal, quand d’autres feraient brutalement avancer le triangle amoureux.

Et puisque Léaud est irremplaçable, un acteur différent pourrait reprendre son rôle à chaque épisode: Louis Garrel, Edouard Baer, Reda Kateb, Philippe Katerine, Melvil Poupaud et Julien Doré seraient ainsi les six interprètes masculins principaux de la première saison.
 

3.Ocean's Eleven et ses suites(Steven Soderbergh, 2001)

Ce qu’il y avait de fun dans Ocean’s eleven et ses suites (de plus en plus anecdotiques mais toujours amusantes), c’est la virtuosité avec laquelle Steven Soderbergh parvenait à faire exister une douzaine de personnages tout en montant des cambriolages tarabiscotés, sans jamais oublier de faire des blagues (je pourrais regarder Brad Pitt manger et déconner pendant des heures). La série Danny Ocean pourrait lui permettre de relever un challenge supplémentaire: tenter de faire rentrer tout ça dans un format 52 minutes. Un casse par épisode. Toujours plus de personnages. On en sortirait épuisé mais heureux.


Là aussi, un bon coup de parité ferait sans doute du bien (Julia Roberts et Catherine Zeta-Jones se sentaient bien seules dans les films). Et pourquoi pas demander à Paul Feig de réunir la crème de la crème de ses actrices, à savoir Kristen Wiig, Melissa McCarthy (encore), Kate McKinnon, Sandra Bullock, Maya Rudolph, Rose Byrne et Rebel Wilson. Avec l’aide du monteur de Soderbergh (Feig a parfois du mal à couper ses scènes à temps, ce qui n'est pas toujours un défaut), l’ensemble pourrait être sacrément grisant.
 

4.La Vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013)

Sous-titré «chapitres 1 & 2», le film qui valut une Palme d'Or à Abdellatif Kechiche, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux appelait une suite... qui n'existera sans doute jamais. Et malgré toutes ses qualités, on sent que La Vie d'Adèle a été sacrément resserré au montage. Un format série aurait pu permettre de prendre davantage de temps pour décrire les étapes de la vie d'Adèle, de ses doutes de jeune fille à ses traumatismes de jeune femme. La question «C'est quoi être lesbienne en France?» méritait bien ça.


En l'agrémentant de personnages secondaires et en allant également s'intéresser à la suite de l'existence d'Adèle, la série pourrait rivaliser en envergure avec l'immense programme british constitué de Banana et Cucumber. Jugé peu légitime pour parler de la condition lesbienne, stigmatisé en raison de méthodes de travail contestables, Kechiche pourrait laisser la place à des auteures et cinéastes femmes.

On verrait bien Julie Maroh, dont la BD Le bleu est une couleur chaude, a inspiré Kechiche, donner une seconde vie aux personnages qu'elle a créés. Au casting? Manal Issa, la révélation 2016, vue dans Peur de rien de Danielle Arbid puis dans Nocturama de Bertrand Bonello. Âgée de 23 ans, elle ferait une excellente Adèle, encore capable de jouer les adolescentes, mais avec assez de tempérament pour camper une adulte convaincante. Face à elle, une autre belle surprise de l’année passée, Salomé Richard. L’actrice de Baden Baden semble avoir les épaules pour faire oublier Léa Seydoux.
 

5.Fast & Furious(Rob Cohen, John Singleton, Justin Lin, James Wan, F. Gary Gray, 2001-2017)

À ce rythme, l'année 2063 verra la sortie de Fast & Furious 37, ou plutôt de The Fast & th3 7urious, les producteurs de la franchise aimant bien faire joujou avec les titres. Pour abréger nos souffrances (don't believe the hype: c'est une saga chiante, bruyante, épuisante), on propose de réduire chaque film en un épisode de 30 minutes au cours duquel Dominic Toretto et ses amis pourraient détruire successivement toutes les grandes villes du globe.


Totalement recréé en images de synthèse, Paul Walker serait également de la partie, ainsi que tous les princes du cinéma d'action tendance badass, qui viendraient tour à tour jouer les méchants avant de repartir sur le tournage du prochain Expendables.

Côté casting, c'est au niveau des réalisateurs qu'un effort aura été consenti: de Tom Tykwer à Florent Emilio Siri en passant par José Padilha, c'est une team de réalisateurs cosmopolites qui pourrait se charger du projet.
 

6.High Fidelity(Stephen Frears, 2000)

Je me suis souvent demandé ce que deviendrait Rob Gordon, le héros joué par John Cusack, une fois réconcilié avec Laura (aaaah, Iben Hjejle). En fin de film, persuadé «de savoir enfin comment il faut s'y prendre», il semblait naviguer vers un avenir radieux. Mais personne n’est dupe. Rob a sans doute mal vieilli, d’où mon envie finalement assez faible de le retrouver dans de nouvelles aventures immobiles. Mais seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.


Je ne cracherais pas une série qui, sans forcément s’attarder sur les atermoiements sentimentaux de son héros, rejouerait le Clerks de Kevin Smith en version quadra / quinqua (Cusack vient d’avoir 50 ans). Flanqué de ses fidèles acolytes Barry et Dick, Rob proposerait des tops 5 endiablés tout en rangeant des vinyles. Un épisode de vingt minutes chaque semaine, comme un whisky au coin du feu.

Et puisqu’il ne s’agirait pas réellement d’un remake, mais plutôt d’une suite, hors de question de changer le casting. John Cusack, Todd Louiso, Jack Black: c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Mais pourquoi pas leur adjoindre les services d’une jeune disquaire aussi mélomane mais moins rétrograde qu’eux, qui pourrait leur donner quelques leçons de modernité et de féminisme. En clin d’œil au personnage de Marie De Salle, joué dans le film par Lisa Bonet (aaaah, Lisa Bonet), on verrait bien sa fille Zoe Kravitz prendre le relais.

 

7.Hotel Chevalier(Wes Anderson, 2007)

Présenté en prologue de son film À bord du Darjeeling Limited, Hotel Chevalier est peut-être le vrai chef-d’œuvre de Wes Anderson. Dans ce court-métrage de treize minutes, un Jason Schwartzmann faussement flegmatique attend impatiemment l’arrivée de LA femme, jouée par une Natalie Portman à cheveux courts. Le tout sur fond de Peter Sarstedt, chanteur décédé il y a quelques jours dont le «Where do you go to my lovely?», à la fois BCBG et décalé, illustre idéalement les minutes de fébriité qui précèdent et qui suivent les retrouvailles avec la personne aimée.


Si le cinéma d’Anderson glisse actuellement vers l’auto-caricature (impression renforcée par les publicités récemment tournées), le format série pourrait lui permettre de casser cette dynamique un peu dangereuse.

Hotel Chevalier pourrait être le premier épisode d’une série construite sur le même mode qu’Easy, petite merveille en huit épisodes signée Joe Swanberg et proposée par Netflix: une histoire de couple (ou pas) par épisode, les liens entre les personnages n’étant révélés qu’au fur et à mesure. Tilda Swinton et Adrien Brody, Owen Wilson et Anjelica Huston, Cate Blanchett et Luke Wilson, Willem Dafoe et Bill Murray, Gwyneth Paltrow et Seu Jorge: dans le vivier de comédiens de ses films précédents, Wes Anderson a de quoi piocher avec allégresse.
 

8.Mulholland Drive(David Lynch, 2001)

On n’oserait pas résumer Mulholland Drive: ce serait forcément lui manquer de respect (en revanche, certaines analyses exhaustives valent le détour). Celui qui a vite été désigné comme le meilleur film du siècle en cours ne pourrait que souffrir d’un remake… sauf si David Lynch lui-même décidait de s’en charger. Après avoir donné à Twin Peaks un prolongement filmique puis un revival télévisuel qui sera visible au mois de mai, le cinéaste pourrait s’atteler, en mode Fargo, à une anthologie dont les événements seraient toujours liés, de près ou de loin, à ceux narrés dans le film.


Le Silencio, le diner Winkies, la résidence où la jeune femme jouée par Naomi Watts s’installe en début de film: on recroiserait tous ces lieux, ainsi que certains personnages secondaires (Coco, la propriétaire de la résidence, ou encore le vieil acteur vampé dans la scène du casting). En outre, la série pousserait plus loin une idée proposée dans le DVD français du film, édité par StudioCanal. Sur le disque, on peut effectivement visionner le film en activant l’option «chapitrage aléatoire», qui permettait de chambouler l’ordre des séquences.

Dans l’épisode numéro zéro, David Lynch, filmé en gros plan face caméra, s’adresserait à nous les yeux dans les yeux et nous expliquerait que les treize épisodes, disponibles simultanément sur Netflix, sont à voir dans un ordre aléatoire. Sur le site, il serait alors possible de lancer un bref tirage au sort qui déterminerait pour nous l’ordre dans lequel voir les épisodes. Cela donnerait plus de 6 milliards de possibilités, et donc 6 milliards de façons différentes d’appréhender la série. Un monde de possibilités.

Thomas Messias
Thomas Messias (135 articles)
Prof de maths et journaliste
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