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Le 9 janvier 2007, la guerre des deux iPhones était déclarée

Grégor Brandy, mis à jour le 09.01.2017 à 19 h 01

Le nom avait déjà été donné à un autre téléphone, mais il en fallait plus pour arrêter Steve Jobs.

Steve Jobs, présentant le premier iPhone, le 9 janvier 2007. TONY AVELAR / AFP

Steve Jobs, présentant le premier iPhone, le 9 janvier 2007. TONY AVELAR / AFP

Il y a dix ans, le 9 janvier 2007, Apple présentait la première version de l'iPhone: un appareil qui combinait téléphone mobile, baladeur, et navigateur internet. Un jour historique pour la marque à la pomme, mais à peine Steve Jobs quitte-t-il la scène, que les négociations s'activent en coulisses. En cause, le nom du premier téléphone de l'entreprise de Cupertino: «iPhone». Il se trouve que Cisco Systems a sorti quelques jours plus tôt un appareil au même nom.

«C’est Linksys qui propose avec l’iPhone un téléphone VoIP qui met un terme, au moins pour le nom, aux rumeurs qui couraient depuis de nombreux mois, expliquait alors Numerama. En tout cas Linksys a tout intérêt à profiter de la publicité faite à l’iPhone pour faire connaître son propre appareil. [...] Avec ce coup marketing de Linksys, la firme de Cupertino va devoir trouver un autre nom à son “iPhone”...»

Mais, plutôt plus «Mobi», «TriPod», «TelePod» ou encore «iPad», Apple a choisi d'appeler son téléphone de la même façon, raconte alors le New York Times, qui fait tout de suite le rapprochement entre les noms des appareils des deux marques, et indique que Steve Jobs «négociait avec les responsables de Cisco à propos de la marque déposée, ces derniers jours». 

C'est d'ailleurs ce qu'écrit PC World, dans la foulée, notant cependant que les négociations durent plus plus de deux ans, déjà.

«Quand le PDG d'Apple, Steve Jobs a présenté l'iPhone à Macworld, Cisco n'avait pas encore reçu d'accord signé par Apple pour l'utilisation de la marque déposée, même si les deux entreprises ont négocié les termes jusqu'à lundi soir, la veille de l'annonce.»

«Steve Jobs me dit qu'il voulait ce nom»

Dans son livre Inside Apple, Adam Lashinky explique comment Steve Jobs a essayé de marcher sur les pieds de Charles Giancarlo, qui travaille alors à Cisco, quand Apple a appelé l'entreprise pour «l'informer qu'elle allait appeler “iPhone” son nouveau produit».

«Charles Giancarlo reçut un appel de Steve Jobs. “Steve Jobs me dit qu'il voulait ce nom”, se rappelle Giancarlo. “Il ne nous offrait rien en échange. C'est comme s'il nous promettait qu'il serait notre meilleur ami. Et nous avons répondu ‘Non, nous avons prévu de l'utiliser’.” Peu de temps après, le service juridique d'Apple [appelle] Cisco pour lui dire qu'il [pense] que “le nom [a] été abandonné” car, selon lui, Cisco [n'a] pas défendu ses droits de propriété intellectuelle de manière adéquate en en faisant la promotion. Du point de vue d'Apple, cela [veut] dire que le nom [est] disponible. Giancarlo indique que Cisco [menace alors] Apple de poursuites avant le lancement.»

Et Cisco tint parole. Quelques heures après l'annonce d'Apple, l'entreprise informatique américaine annonce qu'elle vient de porter plainte contre Apple «pour violation de ses droits sur la marque iPhone», explique alors Challenges.

«L'architecte des réseaux internet rappelle qu'il a acquis cette marque en 2000 en rachetant la société Infogear, qui avait vendu des iPhones pendant plusieurs années. Il ajoute que sa division Linksys a lancé depuis le début 2006 plusieurs produits sans fil sous le nom d'iPhone, le dernier en date en décembre.»

Jobs s'active en coulisses

Pas vraiment de l'avis d'Apple, dont la porte-parole Katie Cotton estime que «la marque déposée par Cisco aux États-Unis est, au mieux, ténue. Nous sommes la première entreprise à utiliser le nom d'iPhone pour un téléphone portable et nous sommes persuadés de l'emporter».

«Apple se défend toutefois sur le fait que son téléphone de technologie cellulaire ne peut pas être confondu avec le téléphone de Linksys à technologie uniquement VoIP», explique en effet Numerama, qui juge cette défense plutôt faible.

De leur côté, le New York Times et Wired contactent des avocats pour essayer de comprendre comment serait jugée cette affaire, et quel pourrait en être le verdict. Sur ZDNet, un cabinet américain estimait qu'il était possible que Cisco ne soit pas le propriétaire de la marque

En coulisses, Steve Jobs continue son travail de sape, raconte Adam Lashinky.

«La négociation [est] l'occasion pour Steve Jobs de mettre en œuvre certaines de ses tactiques habituelles. Charles Giancarlo révèle que Jobs [l'appelle alors] chez lui à l'heure du dîner, le jour de la Saint-Valentin, alors que les deux parties [sont] en pleine querelle. “Jobs [parle] pendant un moment”, raconte Giancarlo. “Puis il me dit: ‘Pouvez-vous recevoir des e-mails chez vous?’. Giancarlo [est] décontenancé. On [est] en 2007, après tout, et l'internet haut-débit [est] répandu dans les foyers américains, sans parler des cadres supérieurs de la Silicon Valley qui [travaillent] depuis des années sur des technologies avancées liées à internet. “Et il me demande si je peux recevoir des e-mails chez moi. Je sais qu'il essaie de me pousser à bout –mais de la façon la plus aimable possible.” Cisco [abandonne] le combat peu de temps après.»

Une semaine tout juste après la Saint-Valentin, Apple et Cisco se mettent d'accord sur le partage de la marque iPhone pour leurs produits, sans toutefois détailler les termes de l'accord. «Au final, cet arrangement est proche de ce que souhaitait à l'origine Cisco, selon la presse spécialisée, avant le début des hostilités, à savoir un partage de la marque et une compatibilité à terme des deux téléphones, l'iPhone de Cisco, qui appelle via internet et l'iPhone d'Apple, qui utilise le réseau de téléphonie mobile classique», souligne alors Le Monde.

Trois ans plus tard, en 2010, Apple et Cisco se mettront à nouveau d'accord pour une licence partagée sur le terme «iOS».

Grégor Brandy
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Journaliste
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