France

Que se passe-t-il autour de Benoît Hamon?

Jérémy Collado, mis à jour le 10.01.2017 à 9 h 01

Il n’est pas resté longtemps au gouvernement. Il souffre d’un manque de notoriété. Il vise le parti après la primaire. Et pourtant, certains jurent qu’il pourrait créer la surprise.

Benoit Hamon lors d'une interview à Nancy, le 6 janvier 2017 | JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Benoit Hamon lors d'une interview à Nancy, le 6 janvier 2017 | JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Après la victoire de Donald Trump, après la victoire du Brexit, après celle de François Fillon à la primaire de la droite, les médias juraient qu’on ne les y reprendrait pas. La dictature des sondages était terminée. Le temps des reportages était venu, afin de mieux saisir une réalité qui leur échappait de plus en plus franchement. Mais voilà, la tentation était bien trop grande: la primaire de la gauche s’annonçait sans relief et le retour des ex-ministres Valls, Montebourg, Peillon ou Hamon après le renoncement de Hollande n’excitait guère les journalistes et passionnait encore moins les foules. Il fallait une dramaturgie, un romantisme comparable à celui qui fit basculer les lignes au dernier moment lors de la primaire de droite. Et si Benoît Hamon était la surprise de ce scrutin? C’est en tout cas, depuis plusieurs jours, la nouvelle hype du moment. En août dernier, pour Le Monde, il cherchait encore «son élan». Aujourd'hui, on lit des titres comme celui-ci: «À Nancy, Benoît Hamon savoure sa popularité naissante»

Certains sondages le placent même en troisième homme, auteur d’une belle remontée jusqu’à en faire l’arbitre d’un deuxième tour où Manuel Valls et Arnaud Montebourg jouent les premiers rôles depuis des mois, si l’on en croit encore ces mêmes sondages (auxquelles personne ne croit). Mieux: certains le donnent même vainqueur face à Manuel Valls au deuxième tour! Passés à côté du phénomène Fillon, les médias ne veulent pas louper Hamon. Ils sont prudents. Pourtant, Benoît Hamon n’a rien du candidat excentrique ou folklorique qu’on pourrait confondre avec un personnage de roman. Lorsqu'il est passé le 8 décembre dernier dans «L'Émission politique» sur France 2, face à Léa Salamé et David Pujadas, il a signé la pire audience du magazine depuis son lancement...

Benoît Hamon n'est pas excentrique

C’est un pur politique, apparatchik studieux passé maître dans l’art des congrès socialistes, longtemps en marge de son parti et qui rêve désormais d'être le Bernie Sanders de la primaire de gauche. Il n’a jamais caché avoir fait un pacte avec Manuel Valls et Arnaud Montebourg pour expulser Jean-Marc Ayrault du gouvernement en 2014 (alors qu'il a été son ministre délégué à l'Économie sociale et solidaire et à la Consommation), faisant le pari qu’il pourrait infléchir la ligne économique du chef de l’Etat. Sur ce point, c’est raté, mais le député des Yvelines ne voit pas matière à un quelconque reproche: c’est la politique, et il a bien raison, les alliances de circonstances peuvent parfois produire les meilleures politiques. Benoît Hamon estime qu'avec deux millions de sympathisants, cela aurait un poids politique: «Si on passe le cap des deux millions, on se donne l’assise à partir de laquelle le vainqueur ou la vainqueure aura de la force politique», car «la primaire, ça n’est que la petite présidentielle», évoque-t-il dans l'émission «Questions politiques».

Certes, comme François Fillon, l’éphémère ministre de l’Éducation (il y reste plus de quatre mois en 2014) vient troubler un tête-à-tête ennuyeux entre deux affiches bien connues de l’appareil socialiste. Il dispose d’un programme solide, ambitieux et surtout cohérent. Sauf que François Fillon était un TGV qui a refait son retard dans les derniers jours en ayant travaillé le terrain depuis des mois, avec un programme qui parlait au coeur de l’électorat traditionnel, catholique, libéral et conservateur à la fois. Mais Benoît Hamon est «le gars de Brest» –c'est en tout cas comme ça que le décrit l'écrivain Caryl Ferey dans Libération. Benoît Hamon ressemble plus à un TER parti pour ravir le PS après une primaire qui a peu de chances d’envoyer son vainqueur jusqu’au deuxième tour de l’élection présidentielle. Sa réflexion: après une primaire où tout le monde sera perdant, il lui faudra reconstruire la gauche depuis le parti, chose dont il a toujours rêvé. Il sera alors face à Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire actuel, qui incarnait autrefois l'aile social-libérale du mouvement: encore un grand débat en perspective!

Un programme pour les diplômés des centres urbains

Jadis Benoît Hamon, issu du mouvement étudiant et disciple de Michel Rocard, voulait faire revenir les ouvriers et les classes populaires à gauche, alors même qu’elles avaient eu le sentiment d’être trahies par des leaders socialistes qui, comme Jospin en 2002, n’utilisaient même pas le mot «ouvrier» dans leur programme. Aujourd’hui, le corpus idéologique de Benoît Hamon ne s’adresse plus aux classes populaires, même si le candidat met en avant les leaders syndicaux qui le soutiennent (et ont rejoint le PS depuis, comme Edouard Martin, ex-Florange, et Olivier Le Bras, ancien syndicaliste de l'abattoir GAD dans le Finistère). Le programme de Hamon s’oriente en priorité vers ce qui semble être le cœur de l’électorat de la primaire de gauche: les jeunes diplômés des centres urbains, les professions intellectuelles, en bref ceux qui détiennent le capital culturel et qui a longtemps hésité entre PS et extrême-gauche, avant de permettre à Mélenchon de faire 11% à la présidentielle de 2012. Rien pour la France périurbaine et populaire qui s'est jetée dans les bras du FN depuis 2002. 

Ainsi, Benoît Hamon ne veut pas qu’on travaille plus pour gagner plus, mantra qui fit en partie gagner Nicolas Sarkozy en 2007, lorsqu’il associa la défense sociale à la défense des valeurs françaises et de l’identité nationale: désormais, Benoît Hamon défend l’instauration d’un revenu universel et veut «inventer une société où l'accomplissement n'est pas dans le travail» en baissant notamment le temps de travail.

Un slogan magnifique et une ôde à ceux qui ne comprennent pas que le travail, même le plus dur, peut apporter dignité et reconnaissance sociale. Vouloir en finir avec le travail, c’est marcher sur la tête de millions d’ouvriers qui pensent plutôt à leur paie en fin de mois qu’à une révolution du marché du travail qui n’arrivera pas de sitôt. Mais, pour appuyer ses idées, il se montre aux côtés de Yanis Varoufakis, l'ancien ministre des finances grec.

Benoît Hamon veut également légaliser le cannabis, donner plus de place à l'écologie («Benoît Hamon se pose en candidat vert», titre La Croix), taxer les robots et instaurer des visas humanitaires pour les réfugiés (selon lui, la France n'accueille pas assez de réfugiés). Pour se convaincre du changement de pied de Benoît Hamon, il suffit de lire son programme, qui propose une VIe République qui mettrait fin à la «monarchie républicaine» et au «mythe de l'homme providentiel». S’il était élu en 2017, il proposerait trois référendums aux Français. D’abord sur le 49.3, avec l’instauration d’un 49.3 citoyen qui obligerait «à soumettre à un référendum une loi votée par le Parlement dès lors que 450.000 électeurs, c'est-à-dire 1% du corps électoral, signent une pétition encadrée par la loi». Le deuxième référendum concerne la reconnaissance du vote blanc et le troisième, le droit de vote des étrangers, qui figure dans le programme socialiste depuis... bientôt quarante ans. Pour un homme qui propose une révolution et fait figure de jeune candidat dans le vent, ça paraît pour le moins cocasse. Ne s'agirait-il que d'une bulle?

Jérémy Collado
Jérémy Collado (133 articles)
Journaliste
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