Culture

Les vacances en solo ne doivent pas être réservées aux célibataires

Temps de lecture : 3 min

Voyager seul(e) alors qu’on est en couple n’a rien d’anormal.

Unsplash via Pixabay
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CONTENU PARTENAIRE - «Les vacances sont une activité tribale», signale le sociologue Jean Viard, auteur de l’ouvrage Le triomphe d’une utopie – Vacances, loisirs, voyages: la révolution des temps libres (Éditions de l’Aube, 2015). On y part en majorité entre amis, en famille ou en couple, pour partager des bons moments … et quelques galères spécifiques, de la semi-remorque pour faire rentrer tous les bagages des enfants au crêpage de chignon amical ou conjugal au sujet du programme de la journée et de l’heure du lever. Est-ce pour cela qu’une tendance se dessine, celle des vacanciers solo?

Le New York Times l’évoquait déjà en 2015: l’étude Visa Global Travel Intentions Study révélait alors que 24% des touristes interrogés avaient voyagé seuls lors de leurs dernières vacances à l’étranger, contre 15% deux ans auparavant.Cette propension à partir seul en congés devrait se poursuivre en 2017. En atteste un sondage mené par le site BookYogaRetrats.com: 51% des sondés comptent partir seuls lors de leur prochain séjour.

Précision de taille: ces voyageurs solo ne sont pas pour autant tous «single». Et cela ne signifie pas non plus que leur couple est au bord de la rupture. Parce que l’expérience de solitude n’est pas forcément angoissante et peut être une ressource, insiste la sociologue Marie-Noëlle Schurmans, professeure honoraire à l’université de Genève et auteure du livre Les Solitudes (PUF, 2003).

Sortir du stéréotype

Pour comprendre pourquoi les vacances en solo peuvent être bénéfiques pour le couple, il faut déjà assimiler ce qu’elles ont de positif en soi. Et, pour cela, il faut avant tout «sortir de ce stéréotype et de cette image unique de la solitude du manque et de la perte», insiste la sociologue. Il existe ainsi une «solitude-outil», que les voyages en solitaire sont un moyen d’expérimenter.

Ce n’est pas parce que cette solitude est choisie qu’elle est nécessairement faite de «moments tout roses», précise Marie-Noëlle Schurmans: «Il faut se donner des coups de pied aux fesses. On est sans appui, toujours dans la découverte. C’est une mise à l’épreuve.» Une mise à l’épreuve qui consiste à «quitter les terrains balisés, les habitudes de la vie quotidienne, les gens connus» et donc à «apprivoiser sa capacité à être seul et à construire des liens avec les autres dans un terrain inconnu».

C’est ce dont témoignait la journaliste Aude Lorriaux sur Slate en mai 2016, dans un plaidoyer pour les voyages en solo: «Voyager seul, c’est aussi le plaisir de rencontrer des locaux. [...] À deux ou, pire, à trois ou quatre, on est toujours tenté de se réfugier dans ce que l’on connaît.»

«Solitude-outil»

Après ces voyages passés seul sans être esseulé, «on revient rechargé de cette force double, de cette capacité à créer du lien et à ne pas se sentir nécessairement mal en étant seul». C’est pour cela qu’une partie des gens qui partent en voyage en solo le font pour apprivoiser, «pas forcément de manière conscientisée», la solitude qui est devenue la leur au quotidien, celle du deuil ou de la séparation. Parce qu’«accentuer cette expérience de solitude revient à s’éloigner du fantôme de l’absent.»

Cette recherche de solitude n’est en aucun cas l’apanage des célibataires forcés. D’autres font cette démarche alors qu’ils ne sont à l’inverse jamais seuls. Marie-Noëlle Schurmans parle alors de «solitude défensive». Elle a ainsi rencontré de nombreuses personnes, majoritairement des femmes, qui étaient «tout sauf seules»:

«Elles étaient entourées, mariées, avec des enfants, des parents, des amis, une vie professionnelle mais se sentaient à l’intérieur d’elles-mêmes horriblement seules, avaient le sentiment d’un déséquilibre de l’échange, d’être dans le don en recevant beaucoup moins.» Partir seule leur permettait d’apprendre à découvrir leur intériorité, à expérimenter cette «solitude-outil» et à savoir la manier.

Apprentissage dès l'enfance

Pas besoin non plus d’attendre d’être surchargé(e) par la cohue du quotidien pour expérimenter ce type de solitude récréative. Comme le fait remarquer le sociologue François de Singly aux Inrocks, «dans notre société contemporaine, les couples se disent "je pars et je reviens", et c’est en ce sens-là que les preuves d’amour se manifestent». D’autant que l’expérience de solitude n’est pas non plus forcément synonyme de liberté sexuelle, ni d’infidélité.

Attention, il ne s’agit toutefois pas de dire à tous les couples d’en faire l’expérience, nuance la professeure à l’université de Genève,«surtout que nous ne sommes pas tout à fait égaux face à la solitude: certaines personnes en ont fait l’apprentissage pendant l’enfance de façon sécurisante et harmonieuse, tandis que d’autres l’ont fait dans des situations d’angoisse. Or, moins on a appris à être seul pendant la petite enfance, moins on est en capacité, adulte, de faire usage de cette solitude reconstituante.»

Reste qu’il ne faut pas culpabiliser si vous ressentez ce besoin non égoïste de vous retrouver seul(e) sans votre conjoint(e) pendant les vacances, ni abandonné(e) s’il ou elle vous fait part de son envie de partir sans vous –«il faut apprendre à voir son partenaire s’éloigner, comme pour son enfant». Voilà qui devrait permettre de faire coïncider davantage les deux injonctions contemporaines de nourrir ses liens avec les autres et de devenir soi-même.

Slate.fr

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