Monde

Les frères Abdeslam auraient pu être arrêtés avant les attentats de Paris

Repéré par Antoine Hasday, mis à jour le 06.01.2017 à 14 h 56

Repéré sur Wall Street Journal

Les manquements des services belges se sont multipliés à compter de juillet 2014. Récit glaçant.

L'appel à témoin passé après les attentats du 13 novembre 2015.

L'appel à témoin passé après les attentats du 13 novembre 2015.

Tout comme la France, la Belgique se penche sur les failles de son dispositif anti-terroriste. En septembre dernier, le Comité Permanent de contrôle des services de police achève de rédiger un rapport qui n’est pas rendu public. Il dresse un tableau peu flatteur, déjà évoqué par Le Monde en octobre dernier. L’absence d’une chaîne de commandement unifiée dans le «millefeuille» administratif et linguistique complique leur travail. Les fonctionnaires de la police fédérale chargé du contre-terrorisme manquent de moyens humains et matériels. Ils utilisent du matériel informatique datant des années 1980 et vingt bases de données différentes répertorient les personnes suspectées de terrorisme.

Autant de problèmes structurels qui ont aidé Brahim et Salah Abdeslam à leur échapper avant les attentats de Paris, comme le raconte le Wall Street Journal. Le gouvernement belge affirme toutefois que depuis, il a investi 400 millions d’euros dans la lutte anti-terroriste et a amélioré la coordination entre les services.

En juillet 2014, une policière, en contact avec l’entourage des frères Abdeslam, informe sa hiérarchie que ces derniers se radicalisent et sont en contact avec le terroriste Abdelhamid Abaaoud, futur «coordinateur» des attentats de Paris. Un fonctionnaire de police, chargé de vérifier, apprend d’une autre source qu’un des frères souhaite se rendre en Syrie, et que sa mère lui a confisqué son passeport pour l’en empêcher. Mais ne sachant pas s’il s’agit de Brahim ou d’Abdeslam, et ne souhaitant pas incriminer à tort –selon lui– il ne partage pas l’information.

Ordinateurs et téléphones saisis, mais pas analysés

En janvier 2015, un informateur annonce que Salah Abdeslam est en contact avec Abaaoud et cherche à rejoindre son frère Brahim, en route pour la Syrie. Le périple de Brahim Abdeslam s’arrête en Turquie. Il est renvoyé en Belgique et fiché pour terrorisme, mais apparemment sans rapport avec le renseignement reçu par la police.

Le 16 février 2015, Brahim Abdeslam est contrôlé au volant d’une voiture et arrêté pour possession de stupéfiants. Dans le véhicule, les policiers trouvent un livret sur le «consentement parental au djihad» et une clé USB cachée derrière l’autoradio. Les forces de l’ordre ne réalisent pas non plus qu’il a fourni une fausse adresse électronique ([email protected]) lors de son interrogatoire. L’appartement des frères Abdeslam est ensuite fouillé. Des ordinateurs et des téléphones sont saisis, mais ni eux ni la clé USB ne sont analysés (alors qu’ils contiennent la preuve de contacts avec des djihadistes, notamment Mohamed Abrini). Devant le comité P, les fonctionnaires de police ont invoqué un manque de moyens humains et la priorité donnée à d’autres enquêtes.

Interrogé par la police, Salah Abdeslam affirme qu’Abdelhamid Abaaoud est quelqu’un de bien «en dehors du djihad», qu’il ne lui parle plus depuis trois ans et qu’il ne soutient pas l’EI. Il est libéré, mais est à son tour fiché pour terrorisme. Un procureur fédéral demande de creuser le dossier, mais les services anti-terroristes de la police fédérale n’ont pas les moyens humains suffisants pour nommer un enquêteur à temps plein.

En juin 2015, un rapport de la police conclut que les frères Abdeslam ne sont pas radicalisés. Il restent toutefois dans les fichiers antiterroristes européens, mais ils sont «signalés» et non pas «recherchés». Ce qui signifie qu’en cas de contrôle hors de la Belgique, ils ne seront pas arrêtés. La police belge sera néanmoins informée de leurs déplacements.

Avant les attentats de Paris, des déplacements suspects à l’étranger

Selon le rapport, en juillet 2015, un pays étranger alerte la police fédérale belge sur Abdelhamid Abaaoud, qui préparerait des attentats en Europe avec des combattants passés par la Syrie. Cette information est transmise au procureur fédéral, mais n’est pas diffusée plus largement, car considérée comme «sensible». Peu après, Brahim Abdeslam est impliqué dans un accident de la route. Un couteau est retrouvé dans son véhicule, mais il n’est pas interrogé. En août 2015, il se rend au Maroc, mais la police aux frontières belge ne prévient pas les services anti-terroristes.

Entre août et septembre 2015, Salah Abdeslam est contrôlé en Hongrie, en Italie et en Grèce (où il est allé chercher les futurs terroristes des attentats de Paris et Bruxelles). Encore une fois, comme il est «signalé» et pas «recherché», il n’est pas arrêté. La police belge est en revanche informée de ses déplacements, mais ne s’en préoccupe pas. Elle ne contacte pas non plus la CTIF, la cellule chargée de la lutte contre le financement du terrorisme, pour vérifier si les frères Abdeslam ont reçu des transferts d’argent suspects.

Enfin, trois semaines avant les attentats de Paris, Salah Abdeslam change sa photo de profil sur les réseaux sociaux. Une agence anti-terroriste belge alerte la police fédérale, qui réplique que l’enquête concernant les deux frères est close. Cette nouvelle photo de profil, c’est le drapeau noir de l’EI.

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