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Pas encore investi, Trump rêve de 2024 et 2026... en sport

Yannick Cochennec, mis à jour le 08.01.2017 à 10 h 21

Le mystérieux et éruptif président-élu a pris un bon départ dans sa quête de l'obtention des JO 2024 et de la Coupe du monde 2026.

Donald Trump sur son parcours de golf d'Aberdeen (Écosse), en juin 2016. MICHAL WACHUCIK / AFP.

Donald Trump sur son parcours de golf d'Aberdeen (Écosse), en juin 2016. MICHAL WACHUCIK / AFP.

Le site américain Around the Rings, spécialisé dans l’actualité du mouvement olympique et des fédérations sportives internationales, a désigné collectivement un groupe de trois personnalités comme le plus puissant dans ce domaine particulier à l’aube de 2017. D’après lui, ces trois hommes seront les acteurs déterminants des mois à venir au moment où le sport, après une année 2016 qui a charrié trop de nuages sombres, devra se ressaisir et se restructurer.

Il s’agit de Xi Jinping, le président chinois, de Vladimir Poutine, le président russe, et de Donald Trump, le presque président des Etats-Unis.

Le premier a été distingué en raison du rôle de plus en plus majeur de la Chine dans l’économie du sport, avec la nécessité pour elle de garder une juste mesure et d’éviter les dérapages, à l’heure d’investissements échevelés voire parfois disproportionnés à l’étranger. Le deuxième a été «promu» à cause de l’obligation pour la Russie de se sortir du puits sans fond du dopage, qui a jeté le discrédit et la honte sur elle. Le troisième est, lui, associé aux deux autres par le rôle éminent qu’il est appelé à jouer en tant que nouveau «maître du monde», qui aura notamment la charge d’accompagner la candidature de Los Angeles pour l’obtention, le 13 septembre 2017, de l’organisation des Jeux olympiques de 2024.

Dans des rôles différents, avec des intérêts divergents, mais aussi convergents, ces trois figures de premier plan sont liées par le souci de redonner, directement ou indirectement, par leurs actions un souffle nouveau à la gouvernance du sport international et de l’aider d’abord à retrouver une direction cohérente. Cette diplomatie sportive s’exercera inévitablement en liaison avec des organisations actuellement discréditées ou en petite forme comme le Comité international olympique (CIO), bousculé depuis des mois par les polémiques, la Fédération internationale de football (Fifa) taillée en pièces au gré des scandales qui l’ont déconsidérée, et la Fédération internationale d’athlétisme (Fifa), premier sport olympique, qui se cherche un avenir en marge notamment de l’enquête impliquant Lamine Diack, son ancien président.

Culture sportive

Donald Trump reste évidemment un mystère à l’heure de s’installer à Washington –qui peut dire vraiment quelle sera la réalité de sa présidence au-delà de ses coups de menton sur les réseaux sociaux? Parmi les rares certitudes à son sujet, il existe au moins le fait qu’il s’inscrit dans la droite ligne de ses prédécesseurs à la culture sportive avérée et démontrée. Avec la boxe, dont il a été un promoteur régulier, un sport plus que les autres –le golf– a baigné sa vie professionnelle, puisqu’il est le propriétaire de 17 domaines prestigieux liés à la pratique de cette discipline, comme le parcours de Turnberry, en Ecosse, hôte du British Open en diverses occasions, et celui de Bedminster, dans le New Jersey, qui accueillera l’US Open féminin en juin prochain. Là encore, une constance présidentielle américaine, tant le golf a toujours été au cœur des passions des résidents de la Maison Blanche. Depuis William Howard Taft, premier président golfeur en 1908, il n’y a eu en réalité que trois présidents non golfeurs: Herbert Hoover (1928), Harry Truman (1948) et Jimmy Carter (1976).

Durant son mandat, le 45e président des Etats-Unis devra choisir le bon club et la bonne stratégie pour bien viser deux cibles: faire que Los Angeles décroche l’organisation des Jeux olympiques en 2024 et se débrouiller pour que les Etats-Unis soient assurés de recevoir ensuite la Coupe du monde de football en 2026 –une décision prise à l’horizon 2020.

En ce qui concerne l’objectif de la Coupe du monde, nombre d’observateurs estiment que l’affaire est déjà bien engagée, si ce n’est entendue, en rappelant que Gianni Infantino a été promu à la tête de la Fifa en février 2016 avec le soutien décisif des Etats-Unis qui, par le biais des investigations du FBI, avaient déjà secoué cet édifice miné par la corruption jusqu’à le faire s’écrouler. Les Etats-Unis en 2026 (l’Europe et l’Asie ne pourront pas participer à l'appel à candidatures, selon la décision inédite que l'organisation a prise en octobre 2016), la Chine en 2030, voilà le plan de la même Fifa.

Pour les Jeux olympiques de 2024, il est probable que le processus soit également en bonne voie, avec toutes les réserves d’usage en raison des interrogations liées à Donald Trump. C’est d’ailleurs l’un des espoirs de la candidature de Paris, rivale de Los Angeles avec Budapest: que Trump, par sa parole débridée et ses actions intempestives, ne sème le trouble dans l’esprit des quelque 90 membres du CIO qui feront leur choix à Lima à l'automne prochain. C’est, bien sûr, une éventualité qui pourrait peser sur le vote, l’un des plus importants de l’histoire du mouvement olympique véritablement obligé de reprendre la main à cette occasion pour garantir la survie de son modèle fragilisé.

Un rapprochement avec la Russie sur le terrain sportif?

Mais pour le moment, Donald Trump a fait un petit sans-faute diplomatique sur le terrain sportif, où il s’est légèrement aventuré. En effet, celui qui avait porté la flamme olympique sur le chemin d’Athènes en 2004 a fait depuis son élection ce que Barack Obama n’avait pas voulu réaliser: renouer un lien avec le CIO par le biais d’un coup de téléphone, le 30 novembre, à Thomas Bach, le président de l’institution lausannoise, qu’Obama avait ostensiblement ignoré au cours de sa présidence après l’humiliation qu’il avait subie à Copenhague en 2009, lors de l’échec de la candidature de Chicago pour les Jeux olympiques de 2016. En effet, malgré sa venue au Danemark, Obama n’avait pu empêcher Chicago d’être éliminée dès le premier tour de scrutin et il n’avait pas ménagé le CIO depuis –mais peut-être était-ce pour lui mettre la pression comme pour la FIFA.

A l’époque, toutefois, l’USOC, le comité national olympique américain, était gravement en crise. Il s’est depuis spectaculairement rétabli et il n’a échappé à aucun des initiés qu’il y a désormais deux Américains –deux femmes, Anita DeFrantz et Angela Ruggiero– parmi les 15 membres du bureau exécutif du CIO, c’est-à-dire au sein du gouvernement du mouvement olympique. La France, pays de Coubertin, n’a plus eu un seul représentant dans cette instance suprême depuis Jean de Beaumont en 1980.

Que vont faire les Américains de cet avantage incontestable? Là encore, Donald Trump, qui a invité Thomas Bach à la Maison Blanche, dispose d’une carte dans sa manche –il reste à savoir s’il l’utilisera intelligemment. En effet, le milliardaire new-yorkais a une certaine proximité avec Angela Ruggerio, 37 ans, championne olympique de hockey sur glace en 1998, qui a participé à son émission «The Apprentice» et qui, dit-on, l’avait impressionné au point qu’il avait voulu l’embaucher. Angela Ruggiero est probablement la personnalité la plus importante de la candidature de Los Angeles comme l’est pour Paris Tony Estanguet, le triple champion olympique de canoë, membre du CIO comme elle. Mais la Californienne a une dimension supplémentaire. En août dernier, à Rio, elle a été élue présidente de la commission des athlètes à une écrasante majorité et s’est «choisi» un vice-président, le même Tony Estanguet, pour peut-être mieux le «contrôler» dans la «bataille» que l’un et l’autre se livrent à travers les candidatures de Los Angeles et Paris.

Quelle sera également la réalité du rapprochement Etats-Unis-Russie dans les mois à venir? Là encore, la question intrigue jusque dans le milieu du sport puisque la Russie, malgré ses graves problèmes du moment, reste une nation influente et incontournable de l’olympisme. Il faut déjà noter que les Russes ont reconnu officiellement, fin décembre, qu’ils s’étaient dopés auprès… des Américains du New York Times. C’est le début pour eux d’une période où ils vont devoir faire profil bas et amende honorable, avec le but ultime de réussir leur Coupe du monde de football en 2018 pour faire oublier tout le reste et tourner la page. Avec la bénédiction des Etats-Unis? Un accord Trump-Poutine n’est pas à exclure, en effet, à ce sujet: une Coupe du monde apaisée contre un soutien discret, mais capital à une candidature olympique. Voilà qui pourrait arranger beaucoup de monde sauf les Français qui, plus que d’autres dans le cénacle olympique, vont observer avec attention les prémices de la nouvelle donne Etats-Unis-Russie si elle se concrétise au niveau des relations internationales.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (557 articles)
Journaliste
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