Monde

«Glamouriser» l'Europe

Etienne Augé, mis à jour le 23.11.2009 à 7 h 18

Conseils à Van Rompuy et Ashton pour un relooking bien nécessaire

La tête de l'Europe se dote, dans la plus grande discrétion, de deux nouveaux visages, respectivement le Belge Herman Van Rompuy comme président permanent du Conseil européen, et la Britannique Catherine Ashton comme ministre des Affaires étrangères de l'Union européenne. Dans leur ensemble, les médias se désolent que ces deux notables de l'Europe soient des visages inconnus. Chacun ironise sur ces personnalités peu glamour, un «président du Conseil falot et une Haute représentante insignifiante» comme l'analyse cruellement Daniel Cohn-Bendit. Il est certain qu'un match de football entre l'Irlande et la France fera couler plus d'encre que l'arrivée de deux chefs pour l'Union européenne. Pourtant, il est essentiel que Herman Van Rompuy et Catherine Ashton acquièrent rapidement une certaine notoriété pour faire avancer une Union européenne embourbée depuis trop longtemps dans une crise existentielle. Slate se dévoue donc pour prodiguer au nouveau giga-président et à la nouvelle méga-ministre quelques conseils afin d'exister médiatiquement, dans le seul souci de faire, une nouvelle fois, progresser la démocratie.

Relooking

Catherine et Herman doivent comprendre une chose essentielle: ils partent avec un énorme déficit d'apparence. La coupe de cheveux de M. Van Rompuy ne peut que faire l'objet de quolibets, quant à Mme Ashton, elle correspond tristement à la caricature physique de l'Anglaise telle qu'on la pratique sur le continent. Les femmes et les hommes politiques acceptent aujourd'hui la nécessité de soigner leur apparence pour contribuer à faire passer leur message. On a pu assister aux transformations spectaculaires de Hillary Clinton ou de Ségolène Royal, passées de bobonnes momoches à femmes mûres et attirantes par la grâce de changements de garde-robe, et peut-être d'un peu de bistouri. Suggérons pour commencer au nouveau président de l'Europe une coupe de cheveux ras, qui évite les ébouriffements superflus. La ministre des Affaires étrangères devra, elle, voir un spécialiste chevronné.

Petites phrases

M. Van Rompuy est affligé d'un énorme handicap car on le prétend discret. A l'avenir, il lui faudra éviter ce genre de petites phrases: «Tout être humain doit choisir entre l'absurde et le mystère. Moi, j'ai choisi le mystère...». L'Europe est déjà suffisamment mystérieuse sans qu'il n'en rajoute. On peut donc lui conseiller de changer de stratégie sans tomber dans l'absurde pour tenter de présenter un visage attrayant de l'Europe. Provenant d'un «petit pays», il va devoir combattre des idées tenaces sur une Europe dominée par de grandes puissances, ce que Victor Hugo avait résumé avec souffle: «Ce que Paris conseille, l'Europe le médite; ce que Paris commence, l'Europe le continue.». Il sera difficile à Van Rompuy de rivaliser avec le Grand Victor, mais il pourra s'en inspirer pour montrer sa propre vision d'une Vieille Europe pourtant si moderne qu'il est appelé à diriger d'une Main de fer bienveillante sur le Gouvernail de l'Avenir.

Faire rêver

La Baronne Ashton of Upholland peut difficilement considérer son physique comme un atout, comme on doit respectueusement le constater avec réalisme. Toutefois, le fait qu'elle ait été anoblie peut jouer en sa faveur. On connaît le penchant de nombre d'Européens pour la nostalgie des têtes couronnées. Même si Catherine Ashton doit son titre à son mérite, la main de la Reine d'Angleterre s'est posée avec grâce sur la sienne. Elle aurait avantage à en jouer, en narrant avec force détails comment elle est devenue paire du Royaume, ce qui ne manquera pas de réjouir les partisans de la méritocratie comme les adeptes des bienfaits de la monarchie. Herman Van Rompuy a lui été nommé par le Roi des Belges, et son patronyme pourrait avoir des origines patriciennes. Plutôt que présenter Catherine et Herman comme d'obscurs bureaucrates de Bruxelles, pourquoi ne pas les «monacoiser», et encourager des reportages sur leur vie privée? Personne ne s'intéresse à la routine d'un fonctionnaire européen mais qui ne brûle de savoir comment vit une baronesse britannique, quel thé obtient sa préférence ou quel chien reçoit son affection? Il existe certainement un Stéphane Bern par pays européen qui se fera un devoir de transformer la «citrouille» (sic) Ashton en princesse de conte de fées of Upholland. Si Frédéric Mitterrand retrouve du temps libre par la suite, il pourra également en tirer de savoureuses épopées.

Exister aux Etats-Unis

Curieusement, si le duo européen souhaite exister médiatiquement, il lui faudra se faire adouber par les médias américains. Même si les Européens affirment se méfier de ce qui vient de l'Amérique, ils scrutent toujours avec attention ce qui s'y passe. Les Beatles ont dû passer par les Etats-Unis pour acquérir une dimension mondiale. Les choses n'ont guère changé en 2009. Comme il n'existe pas encore de média européen, qu'Euronews n'est pas encore un poids lourd de l'information, le duumvirat aurait intérêt à se faire inviter dans les talk-shows outre-Atlantique pour se faire rapidement connaître au niveau mondial et devenir symboliquement les nouveaux visages de l'Europe. On peut suggérer le show de Conan O'Brien, où l'humour de l'animateur d'origine irlandaise saura les mettre à l'aise et casser leur image rigide de bureaucrates du Vieux monde. Ou alors le classique Larry King sur CNN, bien que cette performance risque de ne pas rallier la jeunesse autour du projet européen. On déconseillera toutefois MTV, le choc des cultures risquant d'être fatal à nos deux dirigeants peu habitués encore au monde de Twitter et de Facebook.

Moderniser

C'est justement un conseil que l'on pourrait donner aux deux nouveaux représentants de l'Europe. Même s'ils n'ont pas été élus directement par les Européens, ils devront néanmoins leur rendre des comptes. Twitter est à déconseiller fortement, personne ne s'intéresse à un compte-rendu en langage texto plusieurs fois par jour des activités de la Commission européenne. De toute façon, la méthode ne ressemble pas à nos deux édiles. En matière de communication politique, rédiger un blog est déjà dépassé. En revanche, un profil Facebook élégamment agencé, avec quelques informations pertinentes et parfois personnelles (voir point 3) peut contribuer à rendre les chefs de Bruxelles plus proches de leurs administrés. Facebook permet également de sentir le pouls de la population en recueillant l'avis des internautes. Dans l'idéal, leur profil fera référence aux quelques articles favorables, principalement belges, consacrés à la nomination de Catherine et Herman. Il indiquera également les causes qu'ils soutiennent, de la lutte contre la faim dans le monde au groupe exigeant qu'on rejoue le match France-Irlande. On peut espérer qu'avec le temps, nos deux représentants européens se consacreront à Farmville, ce qui montrera du coup une certaine connivence avec les goûts populaires.

Avoir un bon produit

Herman Van Rompuy et Catherine Ashton vont devoir représenter une entité que personne ne connaît vraiment. L'image de l'Europe oscille entre continent d'élite et superstructure bureaucratique. Il est urgent que le Tandem se mette d'accord sur les objectifs de l'Europe et soit capable de les rendre intelligibles. En attelant un Belge et une Britannique, on peut douter a priori qu'ils tirent dans la même direction. Toutefois, il va être essentiel pour eux de se mettre d'accord sur une orientation commune, et surtout, sur la raison d'être de l'Europe et sa place au niveau mondial. On peut bénéficier de la meilleure communication possible, il existe un moment où il faut livrer le produit et le soumettre au choix des consommateurs. Devant l'hostilité d'une grande partie des Européens au projet de l'Union, il est surtout urgent que notre nouveau duo dynamique explique exactement ce qu'ils font, avant même peut-être de présenter ce qu'ils sont.

Etienne Augé

Image de une: 19 novembre 2009, photo de famille des dirigeants européens avec le nouveau président, Herman Van Rompuy et la ministre des affaires étrangères de l'Union, Catherine Ashton.Thierry Roge / Reuters

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