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Grippe: deux sérieuses alertes en Grande-Bretagne et en Norvège

Jean-Yves Nau, mis à jour le 21.11.2009 à 18 h 21

Résistances au Tamiflu en Grande-Bretagne, mutations virales en Norvège.

On connaît, depuis l'émergence de la pandémie, les deux principales sources d'inquiétudes. D'une part une mutation qui confèrerait au virus H1N1pdm une plus grande virulence; une virulence de nature à réduire de manière drastique l'efficacité des vaccins qui commencent à être proposés aux populations des pays industriels. D'autre part une mutation qui rendrait l'agent pathogène résistant aux deux antiviraux (le Tamiflu et le Relenza) qui ont démontré une relative efficacité contre lui. Or voici que sur ces deux fronts deux alertes distinctes viennent d'être lancées. S'inquiéter?

La première des deux alertes émane de Londres. Les autorités sanitaires britanniques ont annoncé, vendredi 20 novembre, qu'elles menaient une enquête sur des cas possibles d'une première transmission interhumaine  d'une souche du H1N1pdm a priori devenue résistante au traitement par le Tamiflu, célèbre antiviral de la multinationale pharmaceutique suisse Roche.

De quoi s'agit-il ? En pratique on vient de découvrir ce phénomène de résistance au pays de Galles chez cinq malades infectés souffrant par ailleurs de problèmes de santé connexes et dont l'état avait nécessité leur admission  au centre hospitalier-universitaire de Cardiff. Trois d'entre eux pourraient avoir été contaminés au sein même de cet hôpital même, a précisé le service de santé publique de la région. L'enquête en cours cherche à déterminer si ces trois malades ont été conjointement infectés par une souche virale brutalement devenue résistante.

Si tel devait être le cas il s'agirait des premiers cas confirmés au monde de transmission interhumaine d'une souche du virus résistante au Tamiflu (ou oseltamivir). «A ce jour, neuf cas confirmés de grippe A ont été signalés parmi les patients d'un hôpital du pays de Galles. Cinq d'entre eux sont connus pour être  résistants à l'oseltamivir, un autre y est sensible et le statut des trois autres n'est actuellement pas connu» précise-t-on auprès des autorités sanitaires galloises. Deux des cinq patients ont guéri et sont sortis de l'hôpital. Parmi les trois autres encore hospitalisés, un est dans un état grave».

Une fois la résistance au Tamiflu établie un traitement par l'autre antiviral -le Relenza- a été mis en place. Sur place les autorités sanitaires qualifient de «faible» le risque actuel  pour la santé publique. Elles précisent  qu'aucune preuve n'existe permettant de penser que la souche virale devenue résistante soit plus virulente que la précédente. Et de nombreux responsables viennent de prendre la parole pour expliquer que tout était en place, en matière de surveillance épidémiologique, pour que la population n'ait pas à s'inquiéter.

Plusieurs dizaines de cas de résistance au Tamiflu ont certes déjà été déjà été constatés ces derniers mois dans différents pays du monde mais aucune observation de transmission interhumaine de la souche n'avait été documentée. Selon le site spécialisé Promed un seul cas suspect, cet été aux Etats-Unis - entre deux personnes dans une colonie de vacances -  n'avait jamais pu être confirmé. Le Royaume-Uni est actuellement le pays européen le plus touché par  la pandémie avec notamment 50.000 nouveaux cas de contamination recensés chaque semaine en Angleterre, plus de 20 000 en Ecosse. On estime d'ores et déjà que plus de 3 millions d'enfants âgés de moins de cinq ans seront, au Royaume-Uni, infectés. Faut-il s'inquiéter?

La seconde des deux alertes émane de Genève et du siège de l'OMS qui, toujours le vendredi 20 novembre, a fait savoir que les autorités sanitaires norvégiennes avaient détecté trois cas d'une mutation génétique du H1N1pdm. L'Institut norvégien de santé publique précise que les virus mutés ont été isolés chez les deux personnes victimes des deux premiers cas mortels (le 3 septembre et de 23 octobre) de la grippe pandémique dans le pays ainsi que chez une troisième gravement atteinte par l'infection virale. 

Là encore  le discours officiel se veut rassurant. L'OMS tient ainsi à souligner toutefois que les scientifiques norvégiens ont analysé les échantillons de plus de 70 patients atteints du H1N1pdm et qu'aucun autre signe de mutation n'a été détecté. Et l'OMS d'ajouter qu'en dépit de cette mutation  le virus, d'une part,  «reste sensible» au Ramiflu et au Relenza et, d'autre part  que les vaccins actuellement disponibles «confèrent une protection».

L'institution sanitaire onusienne rappelle  enfin que plusieurs cas de mutation de cette souche virale ont également été détectés depuis avril au Brésil, en Chine, au Japon, au Mexique, en Ukraine et aux Etats-Unis. Ne reste plus qu'à établir la véritable  signification de ces mutations. Pour l'heure  il n'y a pas de preuve indiquant que cette mutation se soit traduite par une augmentation inhabituelle du nombre de malades ou par un plus grand nombre de malades graves ou de cas mortels, selon l'OMS.

C'est ce qu'a tenu à réaffirmer le 21 novembre (mais en des termes quelque peu ambigus)  le Pr Didier Houssin, directeur général français de la santé. «L'immunogénicité n'est pas modifiée par cette mutation, donc les vaccins restent sûrs, a-t-il déclaré sur les ondes d'Europe 1. C'est d'ailleurs parce qu'on craignait une telle mutation qu'on a fait en sorte qu'un certain nombre de nos vaccins soient des vaccins avec adjuvant, pour pouvoir éventuellement faire face à des mutations.» Pour autant le même Pr Houssin de qualifier cette même mutation de «préoccupante» dans la mesure où elle pourrait «permettre au virus de s'implanter plus bas dans l'appareil pulmonaire et de donner une maladie pulmonaire plus sévère».

Jean-Yves Nau

Lire également: Grippe, vaccin, et Guillain-Barré: la débandade gouvernementale, Grippe: des vaccins bien juteux et Grippe: Internet receptacle de toutes les peurs.

Image de Une: Des doses de vaccins contre la grippe A Ralph Orlowski / Reuters

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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