Allemagne

Le sort réservé au camion-bélier de l'attentat de Berlin fait débat

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 06.01.2017 à 8 h 47

Repéré sur Der Tagesspiegel, WDR, Berliner Morgenpost

Certains suggèrent de l'exposer dans un musée. D'autres de le mettre à la casse.

Tobias SCHWARZ / AFP

Tobias SCHWARZ / AFP

Aussi fou que ça puisse paraître, deux semaines à peine après l'attentat qui a frappé Berlin, la presse allemande se passionne désormais pour cette question: que va-t-il advenir du camion avec lequel le terroriste Anis Amri a foncé sur un marché de Noël à Berlin le 19 décembre 2016?

Pour l'heure, le camion se trouve encore à Berlin, dans un bâtiment dont l'adresse est tenue secrète, l'enquête sur l'attentat étant toujours en cours, indique le quotidien Der Tagesspiegel, qui précise que, généralement, l'arme d'un crime est restituée à son propriétaire à la fin d'une enquête.

Réflexions

Mais l'épave du camion ne sera probablement pas remise à l'entreprise de transport polonaise à laquelle il appartenait. Car la pièce à conviction pourrait bien devenir une pièce d'exposition...

«Si j'ai pour mission de constituer une collection sur l'histoire de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale dans un contexte international, alors je suis obligé de me poser la question si une telle pièce doit faire partie de notre collection», explique l'historien Hans Walter Hütter, président de la fondation du Haus der Geschichte à Bonn, un musée consacré à l'histoire de l'Allemagne, sur le site de la chaîne de télévision WDR.

Dans un autre entretien avec l'agence de presse allemande dpa, reproduite sur le site Der Tagesspiegel, Hans Walter Hütter précise que le Haus der Geschichte expose déjà plusieurs objets liés au terrorisme: l'engin explosif bricolé par la RAF lors de son attentat raté à Karlsruhe, la bombe remplie de clous avec laquelle la cellule néonazie NSU a commis un attentat dans un quartier turc de Cologne en 2004, ou encore des morceaux de la façade des Twin Towers après l'attentat du 11 septembre 2001.

«Cela fait partie de notre histoire»

Mais l'historien s'est toutefois montré prudent, indiquant «qu'il est encore trop tôt pour donner une réponse définitive», car «on a toujours besoin d'un certain temps pour pouvoir évaluer l'acte en soi et ses conséquences» et qu'il est nécessaire de présenter les faits avec une distance critique:

«C'est très important pour nous, l'événement ne doit en aucun cas être présenté du point de vue du criminel, cela serait erroné. Mais quand un sujet revêt une importance sociétale, et dans le cas présent, c'est le cas, alors cela fait partie de notre histoire, que nous le voulions ou non.»

Sur un plan technique, Hans Walter Hütter estime toutefois qu'il est peu probable que le camion soit exposé, à cause de ses dimensions: «Le camion est trop grand. On devrait plutôt en choisir une partie. À Bonn, nous exposons par exemple la porte d'un véhicule de la Bundeswehr qui a été criblé de balles en Afghanistan.»

«Trop tôt»

Plusieurs voix se sont déjà élevées pour critiquer cette discussion aux accents surréalistes. À l'instar du maire de Berlin, Michael Müller, interviewé par Der Tagesspiegel:

«Les proches sont en deuil, sont encore totalement sous le choc à cause de ce qui s'est passé et des victimes gravement blessées sont toujours à l'hôpital. Personnellement, je trouve qu'il est trop tôt et également qu'il n'est pas digne de mener un débat pour savoir si le véhicule doit être exposé.»

Un journaliste du Tagesspiegel imagine des «adolescents en train de mâcher des chewing gums et de faire des selfies devant le camion. Ou un groupe de salafistes récitant des sourates du Coran».

Le quotidien Berliner Morgenpost met lui en ligne quelques unes des réactions indignées que l'un de ses articles sur le sujet a suscité sur sa page Facebook, comme cet internaute qui écrit:

«Le seul musée auquel appartient ce camion, c'est la casse.»

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