Culture

Le juge chargé du procès pour plagiat du «Da Vinci Code» avait de l'humour

Elise Costa, mis à jour le 05.01.2017 à 15 h 55

En 2006, Dan Brown est accusé d’avoir plagié un autre livre écrit vingt ans plus tôt, «L’Enigme Sacrée». Pour résoudre ce litige, un juge britannique est désigné. Et il est très enthousiaste.

Copyright Gaumont Columbia Tristar Films

Copyright Gaumont Columbia Tristar Films

Quand Daniel Gerhard Brown publie son quatrième roman, il ne sait pas encore ce qui l’attend. Lui qui a quitté son poste de professeur sept ans plus tôt pour se consacrer à l’écriture n’est pas devenu un écrivain raté, mais ces trois premiers livres n’ont pas dépassé la barre des 10.000 exemplaires vendus non plus –ce qui se situe un peu hors-champ de l’American Dream. Mais en 2003, le destin vient frapper à sa porte pour réclamer son dû.

Son livre Da Vinci Code est alors publié chez Random House. La couverture rouge à inscriptions dorées se répand dans toutes les librairies. Et avec elle, juste en-dessous du regard mystérieux de Mona Lisa, le nom de Dan Brown. Le thriller ésotérique, qui se déroule à Paris, raconte l’enquête d’un spécialiste des symboles et d’une cryptologue qui découvrent que Jésus de Nazareth aurait eu un enfant avec Marie-Madeleine. Un secret bien gardé par l’Eglise catholique et la confrérie du Prieuré de Sion. Parce qu’il mêle théorie du complot, société secrète et énigmes, le roman de Dan Brown devient vite un best-seller. Il est traduit dans le monde entier. Le réalisateur Ron Howard est embauché pour en faire l’adaptation cinématographique qui ouvre le Festival de Cannes en 2006. Tom Hanks et Audrey Tautou sont les acteurs principaux du film. Certains cardinaux appellent au boycott du livre qui, bien qu’appartenant à la fiction, se targue d’apporter des faits et rituels avérés. En Chine, le film est vite retiré des salles. Car plus une œuvre connaît de succès, plus elle a de chances de rencontrer des détracteurs.

Et bien sûr, il y a un procès pour plagiat.

Dan Brown est-il coupable de plagiat?

Deux auteurs, Michael Baigent et Richard Leigh, accusent Dan Brown d’avoir pompé leur livre sorti en 1982 et intitulé L’Enigme sacrée (The Holy Blood and The Holy Grail). Ils reprochent à l’écrivain américain de s’être inspiré de leur structure narrative, d’avoir pris sans vergogne les thèses historiques traitées dans leur ouvrage, et de porter ainsi atteinte à leurs droits d’auteur. La Cour britannique est chargée de statuer: Dan Brown est-il coupable de plagiat? Peut-il être considéré comme le véritable auteur du Da Vinci Code? Qui était vraiment Jésus? Sir Peter Winston Smith, appelé aussi Mr. Justice Peter Smith, est désigné juge dans cette affaire.

Compte tenu de la popularité du roman de Dan Brown, la décision est attendue par la presse. Quand elle est rendue en avril 2006 –deux ans après la première plainte– les médias informent le public que Michael Baigent et Richard Leigh sont déboutés. Mr. Justice Peter Smith a statué que Dan Brown n’avait pas enfreint la loi, que L’Enigme Sacrée était elle-même nourrie d’autres travaux de recherche et que le thème principal des deux romans divergeait (l’ensemble des motifs sont disponibles en ligne).

Dan Tench est un avocat qui écrit de temps à autres sur sa spécialité –le droit des médias– dans les colonnes du Guardian. À la lecture de la décision de justice, il note quelque chose de bizarre. Le texte contient plusieurs erreurs de typographie: certaines lettres, placées au hasard, sont en italique. Il n’y prête pas vraiment attention. Et puis il reçoit un mail du juge Mr. Justice Peter Smith. «Regardez un peu mieux le premier paragraphe», écrit-il. Alors Dan Tench regarde un peu mieux.

Il note toutes les lettres en italique. Ensemble, elles forment les mots suivants: SMITHY CODE. Le code de Smithy, du juge Smith!

La décision était codée

Le reste en revanche, ne veut rien dire. Il tente de décoder le message, en vain. «JAEIEXTOST» etc. correspond à un autre code. Le juge Smith est là pour l’aider. Il lui donne une piste: la Suite de Fibonacci. La Suite de Fibonacci est un code justement traité dans le Da Vinci Code de Dan Brown. Après plusieurs tentatives, l’avocat Tench parvient à sortir la phrase suivante: «Jackie Fisher, qui êtes-vous? Dreadnought.» («Jackie Fisher, who are you? Dreadnought.»).

Jackie Fisher était un amiral influent au sein de la Royal Navy. C’est lui qui a lancé le projet du navire Dreadnought. Ce même Dreadnought qui a fait l’objet d’un canular par Virginia Woolf en 1910. Et il se trouve que le juge Smith est fan de Jackie Fisher. Peut-être voulait-il, tout simplement, mettre un peu de lumière sur ce personnage historique qui avait lancé le Dreadnought 100 ans avant son jugement. Interrogé par la BBC, le juge avoua que son message codé n’avait servi qu’à l’amuser. «Je déteste les mots-croisés et je n’ai pas la patience de faire des sudokus», admit-il.

Un humour que les juges de la Cour d’Appel n’ont pas tardé à démonter dans leur arrêt de 2007: «[Le juge Smith] a été amené de par la vaste utilisation de codes à l’intérieur du Da Vinci Code, et sans aucun doute de par son intérêt pour la chose, à insérer un message codé à l’intérieur de sa décision, sans aucune raison. Décision qui n’est ni simple à lire ni à comprendre. Il aurait été préférable qu’il emploie plus de temps à la préparation, la vérification et à la relecture du jugement.»

Ils ont néanmoins confirmé sa décision de première instance. Le juge Smith dit à la BBC que son message lui avait pris environ 40 minutes à faire.

Cet article fait partie d'une série consacrées aux mystères autour des écrivains. Découvrez-les tous par ici.

 
Elise Costa
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Journaliste
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