Culture

Israël ne doit pas devenir le fossoyeur du judaïsme

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 05.01.2017 à 11 h 08

[BLOG] Le judaïsme est avant tout un humanisme, pas une association de malfaiteurs prompts à bafouer la morale élémentaire pour asseoir leur domination.

Israeli kids with flags in Jerusalem | Kristoffer Trolle via Flickr CC License by

Israeli kids with flags in Jerusalem | Kristoffer Trolle via Flickr CC License by

Quand on se prétend juif, on ne peut pas dire et faire n'importe quoi.

On ne peut pas, sous prétexte d'assurer la sécurité de tous, légitimer l'action d'un soldat qui, au manquement de toute morale, s'en est allé abattre un Palestinien alors que ce dernier ne représentait plus aucun danger. On ne peut pas transiger quand il s'agit de valeurs qui sont le fondement même de cette belle chose nommée judaïsme. On ne peut pas, afin de plaire à son électorat et rassurer sa frange la plus obtuse, demander la grâce d'un soldat qui, au moment où on attendait de lui pondération et tempérance, s'est laissé aller à un acte en tout point contraire à la loi de la guerre, puisque c'est de cela qu'il s'agit.

La création de l’État d’Israël a permis au judaïsme de s'incarner dans un idéal et dans une terre, il a autorisé des millions de Juifs à vivre libres dans leurs frontières, à l'abri des pogroms et des génocides si coutumiers à leur existence millénaire, il a offert, à d'autres Juifs désireux de vivre leur existence loin de lui, l'assurance d'un refuge quand se lèveraient de nouveau les vents mauvais de l'Histoire.

Le judaïsme est avant tout un humanisme, pas une association de malfaiteurs qui colonisent des terres qui ne lui appartiennent pas ou plus, bafouent l'aspiration d'un autre peuple à réaliser son désir d'indépendance, encouragent ses propres citoyens à se conduire parfois comme une bande d'hérétiques prompts à prendre la Bible pour Code Civil et le Talmud comme cadastre.

À la longue, les colonies avec leur obsession identitaire au relent farouchement nationaliste sont devenues un cancer qui gangrène de l'intérieur la société israélienne, corrompt les âmes, assombrit la perspective d'établir une paix durable et viable pour les parties concernées, renforce la position de ceux qui sont prêts à bafouer l'éthique pour asseoir leur domination.

Or sans éthique, le judaïsme est une coquille vide, un fleuve sans pont, un arbre sans branches, il se dessèche sur place, se vide de sa substance première, compromet son existence-même, se vautre dans une sorte de prêchi-prêcha plein d'un obscurantisme féroce, loin, très loin de cette obstination tranquille, de cette intransigeance paisible, qui fût depuis toujours le ciment même de l’identité juive.

La nécessité absolue, non-négociable, intangible de la sécurité d’Israël et du respect de ses frontières, ne doit en aucun cas céder le pas à une idéologie qui, petit à petit, à rebours de toute son histoire, amènerait le peuple juif à renier les fondements même de sa propre morale: c'est en demeurant inflexible sur ses principes, sans pitié avec celui qui essayerait de se détourner de sa sagesse ancestrale, que le judaïsme continuera à être cet humanisme qui honore ceux qui le servent et l'incarnent.

Le judaïsme est une exigence qui ne tolère aucune nonchalance, aucun relâchement dans son application.

L'oublier c'est le desservir et le mener droit dans les abîmes.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (134 articles)
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