Porno, le retour de la censure en France
En Suède, le gouvernement subventionne des pornos, alors qu'en France le CNC vient de classer X un film avec des scènes explicites tentant de renouveler le genre.
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Le film «Dirty Diaries», un porno féministe suédois composé d'une douzaine de scénettes, vient de bénéficier pour la première fois d’une aide gouvernementale. Cela a provoqué une certaine colère/jalousie des autres producteurs de porno qui se sont demandés pourquoi elles et pas nous. Presqu'au même moment, en France, pour la première fois depuis longtemps, un film réalisé par des acteurs de l’industrie du porno, «Histoire(s) de Sexe», avec des scènes sexuelles explicites, a tenté de passer devant le CNC pour obtenir l’autorisation d’être diffusé en salle. Il voulait être classé moins de 18 ans et ne pas tomber sous le coup de la classification X qui taxe fortement les œuvres et les empêche d’être projetées dans des cinémas classiques. (La classification moins de 18 ans a été mise en place par un décret du 23 février 1990 justement pour permettre à des films avec des scènes explicites comme «Baise-moi» d’être diffusés dans le circuit traditionnel.)
Las, les producteurs, après avoir obtenu pourtant un avis favorable d’une première sous-commission, ont été déboutés en examen final et crient donc maintenant à la censure.
«Histoire(s) de Sexe» raconte l’histoire de deux dîners parallèles. L’un de femmes, l’autre d’hommes. «Le film retrace cette soirée au cours de laquelle les deux groupes, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, en viennent à parler de sexe et illustrent leurs propos par le récit d’expériences vécues. Chacun raconte sa propre version des événements, souvent totalement différente de la perception de leur partenaire», explique le communiqué.
Pour les deux réalisateurs, l'ancienne hardeuse Ovidie et Jack Tyler, «l’enjeu de ce film n’est pas de faire un énième film pornographique destiné à exciter le masturbateur solitaire (…) Notre souhait est d’aborder la sexualité dans ses aspects les plus réalistes, avec ses joies et ses ratés. Les deux dîners ont été montés en parallèle afin d’insister sur le décalage de perception de la sexualité entre les hommes et les femmes. Certaines scènes de sexe ont été tournées deux fois, une fois du point de vue masculin et une autre fois du point de vue féminin».
Mia Engberg, la documentariste de 38 ans qui a mis en œuvre «Dirty Diaries», veut également montrer le plaisir de manière différente: «Je me suis rendu compte que j’étais devenue victime de mon opposition. Je m’interdisais le porno alors que je voulais voir des films, mais faits autrement.» Douze réalisatrices se sont donc collées à la tâche. Chacune avait carte blanche pour filmer des scènes de moins de quinze minutes avec la caméra d’un téléphone portable. «En tant que lesbienne, c’était important pour moi de montrer comment on peut faire un film porno en sortant du schéma habituel, qui réduit le rôle de la femme à celui d’un objet», explique la réalisatrice Åsa Sandzén dans Libération.
Deux poids deux mesures en Europe
Deux films qui veulent renouveler le genre, deux sanctions opposées. Comment l'expliquer? Il y a deux poids deux mesures en Europe et ce n’est pas la première fois que cela arrive, décrypte la féministe Peggy Sastre. «Comme sur d'autres sujets, les pays européens ne sont pas tous d'accord sur le travail du sexe. En France, on subit une élite très abolitionniste pour qui "travail du sexe" est un dangereux oxymore. Gisèle Halimi ne veut, par exemple, même pas dialoguer avec des prostituées, des acteurs et actrices pornos et ceux et celles qui les défendent. L'Allemagne et la Suisse sont plus libérales en termes de prostitution, ce n'est donc pas étonnant que la Suède soit plus libérale en termes de porno». Question de lobby aussi. En Suède, les féministes, qui ont un parti politique actif, sont sans doute plus aptes à faire entendre leurs voix que les acteurs de la pornographie en France (même si «Dirty Diaries» a été critiquée par une partie des féministes suédoises). Pour Peggy Sastre, «la Suède est un pays bien plus féministe, égalitariste et antisexiste que la France. La mentalité "lambda" suédoise est bien moins misogyne que la française, ça doit aussi jouer».
En France, la féministe et journaliste Agnès Giard se demande «pourquoi la commission du CNC a-t-elle classé ce film X? Parce qu’il est impensable, pour les puritains qui y siègent en majorité, qu’un film puisse parler de sexe. On peut parler de mort, de meurtre en série, de fin du monde, mais pas de sexe.» Ovidie pense que son film recevrait très certainement un accueil différent dans d’autres pays européens. «Nous l’avons passé dans un festival à Berlin, il y a trois semaines. Le public, majoritairement féminin, s’est vraiment amusé. Les gens de la maison de production danoise de Lars Von Trier l’ont vu aussi et l’ont trouvé fantastique. Quand on voit les réactions aussi vives qu’il génère en France… Je paie mon CV, je paie d’avoir été actrice porno, de m'être déshabillée devant la caméra. Personne n’est dupe».
Venir du porno et y rester
C’est sans doute un des points-clés : l’origine des réalisateurs d’«Histoire(s) de sexe», forcément connoté porno. Avec tout ce que cela peut avoir de négatif, même si Jack Tyler a déjà réalisé un film grand public et si Ovidie est présentée par les médias comme «féministe» et comme «l’intello du porno». «Les retours que j’ai, c’est que c’est un délit de sale gueule, continue-t-elle. Même pour moi, la rédemption n’est pas possible. On ne nous donnera jamais le droit de faire autre chose. 50 ans après notre mort, on devra toujours faire du porno!» Une situation qui agace Peggy Sastre: «On a par exemple beaucoup parlé des films de «Second Sexe», avalisés Arte et Télérama, avec des «stars» du monde non-porno à la réalisation comme Mélanie Laurent, Caroline Loeb, Arielle Dombalse, etc. J'ai trouvé ça complètement nul, artistiquement comme érotiquement parlant, des espèces de délires bobos sur «une» sexualité féminine qui pour moi n'existe pas. Mais c'est propre, c'est hype, ça mérite de l'argent et de l'attention médiatique, parce que ça montre globalement tout ce qu'on attend sur la sexualité féminine. A savoir des stéréotypes de filles surexcitées dès qu'on commence à les toucher en chuchotant le haut de la culotte sous une lumière tamisée. C'est justement aussi tous ces clichés de sexualité de magazine féminin que le film d'Ovidie et de Jack Tyler essaie de déconstruire, et ça fait du bien.»
Peut-être que «Dirty Diaries», auréolé de son statut, obtiendrait un classement beaucoup plus favorable si jamais il était diffusé en France. Nicolas Plesko, jeune réalisateur et scénariste et membre de la commission de la classification du Centre National de la Cinématographie, le rappelle dans la revue érotique l’Imparfaite (1): «le seul critère qui existe est que tout film présentant des scènes de sexe non-simulées soit classé moins de 18 ans, point.(…) Cela étant dit, ce critère est très malléable puisqu’en vérité tout est question de contexte : s’il y a un message autour, un contexte narratif, le critère peut ne pas s’appliquer». Et de continuer, «il y a bien des films non-pornographiques où les figurants baisent ouvertement. C’était le cas en 2006 avec Shortbus de John Cameron Mitchell. Le film présente des scènes de pénétration hétéro, homo, et trans’ – même des éjaculations faciales ! – mais c’était classé moins de 16 ans. Pourquoi? Parce que Shortbus montre une vision joyeuse de la sexualité, aucunement sexiste ni glauque».
J’ai vu les trois films. Des trois, celui qui m’a le plus marqué est sans conteste Shortbus. La scène d’ouverture montre tout de même un homme caché en train d’observer un autre homme se masturbant nu et s’éjaculant sur le visage. Dans «Dirty Diaries», une femme se balade pourtant dans Paris en se masturbant devant les passants. «Histoire de sexe(s)» présente la sexualité la plus «mainstream» (pour caricaturer, on y fait l’amour à la maison, avec des capotes, et le plus souvent à deux), et pourtant c’est le plus stigmatisé. Certes, c’est aussi le film où les acteurs sont les moins bons. «Histoire(s) de Sexe», sûrement le plus reposant à regarder car assez amusant, sonne comme une bonne vieille série un après-midi sur TF1. Toutefois, même si ce n’est certainement pas le meilleur film de la décennie, il s’éloigne sans aucun doute des codes traditionnels du porno: le plaisir n'est pas automatique et tout ne se passe pas toujours bien.
Peggy Sastre, qui «s’est bien moins emmerdée à la projection du film d'Ovidie et de Jack Tyler qu'à celle du dernier Resnais», se demande «pourquoi s'en prendre aux mauvais films seulement quand ils ont du cul dedans? Et plus fondamentalement, pourquoi la sexualité devrait-elle être une activité tellement à part de notre vie quotidienne qu'il faudrait sectoriser à fond sa représentation filmée? Des films où des gens mangent, conduisent des voitures ou se coupent la carotide, ça ne dérange (presque) personne, et on n'imagine pas de taxation ni de distribution spécifique pour autant. Si on considère que le sexe est réservé aux adultes, alors très bien, mais l'interdiction aux moins de 18 ans suffit amplement». Ovidie, qui vient de lancer aussi une chaîne d’éducation sexuelle, FrenchLover TV, estime elle «qu’il y a une demande et un marché pour ce type de films. Que ce soit dans les films traditionnels ou dans les pornos, le sexe n’est jamais montré de manière réaliste. Nous, on a essayé d’être sincère, de montrer le sexe de tous les jours. Et vu qu’on parlait de sexualité, pourquoi ne pas montrer des bites? Le problème c’est que si on ne peut pas le commercialiser, on ne va pas en produire d’autres. On en est très fiers, mais pour la production, c’est juste de l’argent jeté par la fenêtre».
Quentin Girard
(1) Je suis un des fondateurs de la revue.
Lire également sur le même sujet: Comment s'écrit un scénario de film porno?, Faites l'amour, mais lentement, Le film porno se regarderait désormais en couple et Le «jour du porno» sur YouTube.
Image de Une: body part par Violet Carson via Flickr
Edit: selon les distributeurs français de Dirty Diaries, le film devrait sortir en France en mars 2010, en espérant éviter le classement X.
Mis à jour le 22/11/2009 à 15h04










































Je ne sais pas si c'est à force d'avoir été surnommé la fille ainée de l'Eglise que ce pays a tant de mal avec le sexe, chose que finalement elle partage avec la très puritaine amérique, mais je suis assez fasciné finalement par ce même cousinage. Aux Etats Unis, où l'on produit des quantités astronomique de pornos et de films et de séries violentes, le sexe est quasiment un tabou. Ce qui est dit dans cette article pourrait tout à fait être valable pour Hollywood. en France, où on fait si grand cas de la gaudriole, où des animateurs se vantent de leur pratique de l'échangisme et où se multiplie les prétextes de montrer du cul soft à tout heure (les émissions de réal TV comme Secret Story, Loft, et autre île de la tentation) fait un authentique blocage sur le sexe.
Une comédienne du porno est invité sur un plateau, elle est immédiatement stigmatisée, et si d'aventure elle veut sortir de cette carrière pour faire autre chose, on la ramène systématiquement à son passif.
Putain un jour, putain toujours, semble dire cette société pudibonde. Clara Morgane et Ovidie, sont les seules qui ont échappées à cet ostracisme avec Brigitte Lahaie. Et encore, il faut qu'elles restent dans leur creddo. Ovidie l'intello du cul, Morgane fait dans le charme soft, et Lahaie, à titre de douairière, spécialiste es sexe auprès de ses auditeurs/téléspectateurs. Comme si d'avoir baisé devant une caméra vous rendait plus compétant pour aborder ces affaires là. A côté de ça, je l'apprend ici, Gisèle Halimi qui hier se prétendait féministe (et doit toujours le revendiquer, la gène ne fait pas le plaisir) refuse de dialoguer avec les travailleurs du sexe. Pourquoi on ne saurait dire. Les prostitués payent des impôts au même titre que les comédiens du x, et prennent des risques, et non des moindres, tout comme les comédiens. Leur vie professionelle est limitée dans le temps, particulièrement chez les actrices, et la France ne leur reconnait aucun droit, aucun langage, aucune visibilité. Mieux, pour les unes (et les uns) elle les confine à la clandestinité et se rendre à la merci des proxénètes, et pour les autres elle les marque de son opprobe éternelle (du moins surtout quand on est une femme, on est une société machiste ou on ne l'est pas). Et toujours les mêmes ricanements de collégiens quand unetelle est invitée sur un plateau, les mêmes questions grasses et débiles, le même manque de considération. Quand au cinéma, n'en parlons même pas.
Le cinéma x des années 70 était inventif et même parfois marrant, des titres comme Devil in Miss Jones, le Sexe qui parle, la Femme-objet, Café Flesh (année 80) le démontrèrent. Les acteurs et les actrices avaient des pratiques qui allait de la relation sexuelle la plus classique à la performance le plus débridés, et leur simple aspect physique était à l'image de chacun, de sorte que l'on pouvait facilement s'identifier. Bref il avait les qualités du cinéma classique, immersif, distrayant, bien entendu excitant, mais surtout : créatif.
Aujourd'hui les acteurs sont uniformément épilés, bodybuildés ou remodelés à coup de chirurgie, les pratiques tiennent de l'objectisation (des femmes comme des hommes en réalité) les films ne sont plus que succession, pour leur large majorité de scène de sexe sans saveur. Quand aux pratiques, elles sont standardisés : fellation en gorge profonde interminable et parfois violente, cunnilingus minima, pénétration (5/6 positions standar) sodomie, éjac facial. Bref des objets qui s'agitent dans un monde d'objet, du sexe comme affaire consommable et jetable. Pour moi ce qui finalement s'approche le plus de la mort.
Je ne comprends pas j'avoue cette mentalité bornée. et je la comprends d'autant moins quand les très conventionnel et accessoirement très puritaines Chiennes de Garde (on ne sait d'ailleurs à qu'elle race canine elles prétendent appartenir, mais je pencherais pour le caniche) s'en prennent régulièrement à la pub au titre de cette fameuse objectisation des femmes. Je ne la comprends toujours pas quand en réalité cet ostracisme a crée une authentique industrie tayloriste, développant dans les pays de l'est une machinerie qui consomme les individus comme des choses jetables et non recyclables, assurant par ailleurs les secondes carrières de gens comme Christopher Clark, Rocco Sifredi (dont on connait l'immense tendresse...) dont la réputation de machand de viande n'est guère à faire. Bref je ne conçois pas comment ce pays qui se réclame tant des droits de l'homme peut bafouer à ce point ce qui est un des traits les plus commun dans le monde à ces mêmes hommes et femmes : le sexe et les plaisirs qui s'y rapporte.
Au fait si vous les connaissez passez mon bonjour à tous ces comédiens et toutes ces comédiennes, et remerciez les de ma part pour leur courage et le plaisir qu'ils et elles nous apportent en dépit de tout.