France

Primaire socialiste: quatre programmes et une cale sèche

Eric Dupin, mis à jour le 05.01.2017 à 10 h 56

La primaire socialiste va voir s'affronter quatre candidats principaux défendant chacun une orientation politique bien particulière malgré le peu de chances de remporter l'Élysée. Vincent Peillon et Manuel Valls se distinguent sur l'Europe ou sur la laïcité. Benoît Hamon et Arnaud Montebourg se séparent sur la valeur du travail.

Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon I JOEL SAGET / AFP II et Manuel Valls I THOMAS SAMSON / AFP

Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon I JOEL SAGET / AFP II et Manuel Valls I THOMAS SAMSON / AFP

Il n'est point nécessaire d'être dupe des programmes politiques pour y déceler la part de vérité des candidats qui les portent. Les «primaires citoyennes» de janvier prochain se réduiront d'autant moins à un choc d'ambitions personnelles que les chances de victoire de la gauche à la présidentielle de 2017 sont minces. Elles seront bien plutôt le théâtre d'un affrontement entre des positions idéologiques contrastées dont l'issue pèsera sur l'avenir de ce camp.

Les quatre candidats socialistes de cette compétition, entre lesquels se jouera l'essentiel, occupent chacun un créneau politique singulier, à en juger par leurs programmes respectifs. En apparence, Vincent Peillon et Manuel Valls, qui assument tous les deux les grands choix du quinquennat de François Hollande, ne seraient séparés que par une rivalité de personnes.

De même, un regard distrait pourrait faire croire que Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, qui campent à la gauche du PS, défendraient une orientation voisine. En réalité, les protagonistes de cette partie carrée affichent quatre lignes politiques bien différentes.

1.Manuel VallsLe républicain de gauche

Se référant à Léon Gambetta et à Georges Clemenceau, comme à Pierre Mendès-France et à François Mitterrand, le projet de Manuel Valls est républicain bien plus que socialiste. L'ancien Premier ministre est le candidat qui assume le plus entièrement le quinquennat finissant. Son désir de rassemblement le conduit à taire ses «transgressions» antérieures, comme la contestation des «35 heures».

Mais Valls reste fidèle à ses convictions. Sa candidature s'inscrit sévèrement dans «un monde (qui) n'a jamais été si incertain, insaisissable, menaçant». Adepte d'une «France indépendante», il se pose en défenseur de la Nation et de son «identité». Valls entend revivifier les «valeurs communes» qui la soude en instaurant une «Charte de la laïcité» ou un «service civique obligatoire». Mais aussi en luttant tout autant contre «l'islamisme radical» que contre les discriminations.

Prônant une «Europe bouclier» qui fermerait la porte à la Turquie, Valls écarte toute perspective fédérale au point de vouloir «renforcer la place des parlements nationaux dans les affaires européennes».

Il privilégie résolument la police par rapport à la justice: «créer au minimum 1.000 emplois par an de policiers et de gendarmes» contre «la création de 1.000 postes de magistrats et 1.500 de greffiers sur cinq ans».

Adepte d'une «société du travail», Valls propose de revenir à une défiscalisation (plafonnée) des heures supplémentaires et de s'en tenir à un «revenu décent», d'un montant prudemment non précisé, qui remplacerait les minima sociaux. «La gauche n'a pas à choisir entre les salariés et les entrepreneurs», prévient le candidat qui promet une stabilité fiscale aux entreprises.

Notons enfin que la somme des engagements de Valls le conduit à évaluer à quelque 2,5% par an l'augmentation des dépenses publiques.
 

2.Vincent PeillonLe démocrate ouvert

Vincent Peillon entame significativement ses «propositions» par deux mesures qui font office de marqueurs de gauche: le droit de vote des étrangers et l'instauration de la représentation proportionnelle. L'ancien ministre de l'Éducation se distingue encore de Valls en se prononçant en faveur de la procréation médicale assistée pour les couples de femmes.

Son européisme le sépare tout autant de son rival. Peillon défend un «new deal  européen» accompagné d'une «relance européenne à partir de l'axe franco-allemand» (qui s'apparente à une contradiction logique). Dans le même esprit, il rêve d'un «budget de la zone euro» et d'un «plan d'investissement de 1.000 milliards d'euros» (chiffre mnémotechnique) pour préparer l'avenir européen.

L'esprit d'ouverture de Peillon se retrouve sur les questions de société. Il met en garde contre la laïcité qui pourrait être «un instrument de domination à l'égard de certaines catégories de la population». Et préconise la création d'un «corridor humanitaire» pour mieux accueillir les réfugiés et s'indigne du sort réservé aux migrants.

Peillon entend corriger la politique économique et social du quinquennat Hollande. Il veut conditionner le CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et pour l'emploi) à la signature d'accords d'entreprise ou de branche. Et il annonce une réécriture de la fameuse «loi travail»: rétablissement de la hiérarchie des normes, réexamen des dispositions portant sur le licenciement économique, le référendum d'entreprise et les indemnités prud'homales.
 

3.Arnaud MontebourgLe socialiste volontariste

Européen, écologique, social, keynésien et patriotique, selon ses propres termes, le projet d'Arnaud Montebourg est marqué du sceau d'un volontarisme qui promet d'en finir avec l'austérité.

Le candidat annonce un «plan de redémarrage économique par l'investissement dans les transformations écologique et numérique d'un montant de 20 milliards d'euros en trois ans».

Au plan européen, il propose de «négocier un nouveau traité de Rome en s'appuyant sur un bloc de pays progressistes» au rang desquels il compte des pays gouvernés par les conservateurs comme l'Espagne. La manœuvre est audacieuse. «Madrid, Lisbonne, Bruxelles et Athènes, toutes ces capitales qui attendent de la France qu’elle prenne la tête d’une coalition», affirme un peu vite Montebourg.

«Candidat du travail et de la feuille de paie», il ne dédaigne pas les mesures qui ont un parfum de gauche classique. Montebourg agite la possibilité de nationaliser un établissement bancaire «pour financer l'économie réelle» ou encore prône une taxe de 5 milliards d'euros sur les banques.

Pour autant, l'ancien ministre de l'Économie, adepte d'un développement national des forces productives, multiplie les propositions favorables aux PME. Au total, son projet coûterait, d'après son propre chiffrage, 24,4 milliards par an...
 

4.Benoît HamonLe réformiste lafarguien

Le programme de Benoît Hamon pousse incontestablement le curseur le plus loin à gauche. Mais pas de n'importe quelle gauche, de celle qui a rompu avec le productivisme et qui désacralise le «travail» comme le préconisait le socialiste du XIXe siècle Paul Lafargue, auteur du Droit à la paresse.

La proposition phare du candidat est celle d'un «revenu universel d'existence» qui s'élèverait, à terme, à 750 euros. Un des buts de ce dispositif est de «contribuer à définir un nouveau rapport au travail et au temps libre pour les Français.e.s» (selon la lourde syntaxe de rigueur dans ses propositions).

Pour Hamon, ce revenu universel n'est rien d'autre que «la nouvelle protection sociale», ce qui est un tout petit peu inquiétant. Partisan d'un «droit inconditionnel au temps partiel», il propose également de reconnaître le «burn out» comme maladie professionnelle.

D'un même mouvement, le candidat augmentera immédiatement de 10% le Smic, les minima sociaux et le point d'indice de la fonction publique. Avec lui, l'autogestion fera un retour en fanfare: les conseils d'administration des salariés seront composés d'un tiers d'actionnaires, d'un tiers de salariés et d'un tiers de clients et assimilés.

La grande diversité des visions exprimées par le projet des quatre principaux candidats à la primaire organisée par le PS rend l'issue de la compétition encore plus ouverte. On ne sait guère comment l'électorat potentiel de cette consultation réagira à cette offre bigarrée. Quant aux futurs réalignements de second tour, ils sont encore moins prévisibles.

Eric Dupin
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