Monde

Quand une petite ville canadienne testait pendant cinq ans le revenu universel

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 04.01.2017 à 19 h 17

Repéré sur The Huffington Post, Freakonomics

Au milieu des années 1970, Dauphin a été au centre d'une drôle d'expérimentation.

the shrinking dollar | frankieleon via Flickr CC License by

the shrinking dollar | frankieleon via Flickr CC License by

C'est l'une des idées les plus populaires du moment: le revenu universel va-t-il s'imposer comme l'un des enjeux de la campagne présidentielle 2017? Alors que la Finlande vient de commencer à l'expérimenter, plusieurs candidats français revendiquent déjà la création d'un revenu universel, même s'il peut prendre différentes formes en fonction des projets de chacun.

Mais cette idée est loin d'être nouvelle et a déjà été mise à l'essai au milieu des années 1970, au Canada. Entre 1974 et 1979, la petite ville de Dauphin, dans la province du Manitoba, et ses 12.000 habitants ont fait l'objet d'une expérience unique: le Mincome Program. Mincome, pour «Minimal Income», le revenu minimum qui serait donc promis aux habitants. Un tiers des habitants a pu en profiter, selon des conditions bien précises. Si leurs revenus n'atteignaient pas un certain seuil, ils recevraient le reste. Si leurs revenus augmentaient, les allocations diminuaient.

Huffington Post

«Suffisant pour mettre de la crème dans le café»

Ainsi, une famille de quatre personnes recevaient alors l'équivalent de 20.000 dollars canadiens sur l'année (un peu plus de 14.000 euros). Pas suffisant pour vivre confortablement, explique Evelyn Forget, économiste et professeure à l'université de Manitoba, au podcast Freakonomics, mais comme l'expliquait à l'époque un des bénéficiaires de ce programme, «c'était suffisant pour mettre de la crème dans le café». De son côté, le Huffington Post indique que pendant ces cinq années, «la pauvreté a été complètement éliminée».

Pour autant, il a toujours été compliqué de tirer des leçons de cette expérience. Le gouvernement conservateur qui prend le pouvoir de la province en 1977, et la tête du pays, deux ans plus tard, a décidé qu'il n'avait aucun intérêt à le poursuivre, explique le Huffington Post.

«On a dit aux chercheurs de ranger les archives du projet dans 1.800 cartons. Aucun rapport final n'a jamais été publié.»

France 24 souligne ainsi que «aucun bilan, positif ou négatif, ne put être dressé».

Moins d'hospitalisations, plus d'éducation

Toutefois, ce n'est pas tout à fait vrai. Evelyn Forget raconte qu'après qu'elle a appris l'existence des 1.800 cartons et réalisé qu'elle ne pourrait jamais analyser ces données, qui n'avaient jamais été rentrées dans une base, ou même rangées correctement, le Canada avait lancé un programme d'assurance santé universelle, qui, lui, avait récolté des données sur tous les Canadiens, et les avait rangées correctement: des données sur l'éducation, l'emploi, et la santé.

Et bonne nouvelle, tous les habitants de Dauphin y étaient répertoriés.

«J'ai découvert que les taux d'hospitalisation avaient chuté de 8,5% pour le groupe test de Dauphin comparé à l'autre groupe de contrôle. [...] Les taux d'élèves finissant le lycée ont également augmenté. [...] Quand le “mincome” est arrivé, quelques familles ont décidé qu'elles pouvaient laisser leurs garçons un plus longtemps au lycée. Alors, au lieu d'arrêter l'école à 16 ans et de trouver leur premier emploi, ils sont restés à l'école jusqu'à 18 ans, jusqu'à ce qu'ils aient leur diplôme, et ont commencé leur premier emploi un peu plus tard.»

Moins de travailleurs, analyse Freakonomics, mais au fond, c'est probablement mieux, puisqu'au lieu de quitter tôt l'école, ils se préparaient une vie meilleure. Quant au nombre d'heures travaillées, il n'a pas vraiment bougé à l'exception des femmes qui souhaitaient prendre un congé parental, qui était alors limité à quatre semaines.

«L'objectif originel de ce projet était d'évaluer si donner des chèques aux travailleurs les plus pauvres, assez pour qu'ils puissent vivre décemment, allait détruire leur motivation pour aller travailler, explique le Huffington Post. Ça n'a pas été le cas.»

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