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Le monde entier envie à la France son droit à la déconnexion

Xavier Ridel, mis à jour le 04.01.2017 à 11 h 05

Le 1er janvier, la loi Travail est entrée en vigueur: elle exige notamment que les entreprises négocient des conditions pour que les employés ne soient pas obligés de répondre en dehors des heures de travail. La presse mondiale a parlé de la publication de ce texte.

My Life | Caden Crawford via Flickr CC License by

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Si le texte sur le droit à la déconnexion a déjà beaucoup fait parler de lui en France, il suscite aussi l'intérêt du monde entier. La loi Travail entrée en application ce 1er janvier oblige désormais les entreprises de plus de cinquante salariés à établir une charte où sont définies les bonnes pratiques pour que les employés ne travaillent pas en permanence. A l'étranger, si certains s’en moquent et le voient comme une nouvelle forme d'archaïsme, ultime preuve que les Français sont des faignants –notamment à cause de notre fameuse semaine de 35 heures–, d’autres la prennent très au sérieux et affirment que cette loi est un exemple à suivre. Comme ce journaliste du New York Times qui écrit sur Twitter: «Encore plus de raisons d'apprécier la France en ces temps de changement. La France laisse les travailleurs débrancher, et vivre leur vie.»

Cette loi est effectivement une nouvelle raison d'envier la France pour le New York Times: «Si le monde n'envie pas déjà la France pour leurs nombreux congés, sa Sécurité sociale ou sa délicieuse nourriture et son vin, l'année 2017 apporte un nouvel argument: le droit à la deconnexion». La journaliste Alissa J. Rubin détaille ensuite les changements liés aux autres lois passées cette année: contre la cigarette, les pesticides ou les sacs plastique. Autant de choses qui symbolisent selon elle «la recherche d'un équilibre entre le désir de préserver les traditions françaises et la nécessité de s'adapter au monde moderne».

Un avis que semble partager le New York Daily News, qui rappelle qu'une étude américaine avait été menée en juillet par quelques universités du pays, et montrait combien ces e-mails tardifs pouvaient être stressants. Les auteurs de «Exhausted But Unable to Disconnect» stipulaient notamment que la réception des e-mails était effectivement stressante, mais que l'attente d'une réponse l'était encore plus. Comme à son habitude, le journal satirique The Onion a choisi la parodie pour traiter le sujet, donnant la parole à quelques citoyens américains fictifs. Un certain Andre Relan y déclare par exemple: «Mon boss m’a envoyé un e-mail à ce sujet pour me dire que nous ne ferions pas la même chose». Ou Trent Lloyd, présenté comme «analyste du bruit», affirme: «Je suis heureux que notre gouvernement ne puisse pas me forcer à profiter de mon temps libre».

En Angleterre, la BBC avait évoqué cette loi dès les débats sur le texte en mai. «Il y a eu beaucoup de moqueries dans la presse étrangère lorsque la première version du texte a été dévoilée, comme si la France était un inspecteur surveillant d'un œil de lynx les travailleurs. Mais le gouvernement français affirme que le problème de la connexion permanente est universel et croissant, et qu'une intervention de l'État est nécessaire.» Si le journaliste Hugh Scholfield note les faiblesses du texte législatif (notamment la nécessité de travailler la nuit pour s'adapter aux fuseaux horaires dans certaines entreprises), il donne aussi la parole à une consultante d'Elia, qui assure que les employés ont besoin d'avoir accès à un temps de création. Chose qui nécessite une forte activité de l'inconscient et, par conséquent, de longues et paisibles plages de sommeil.

«En France, nous parlons de deux types de temps, tels que les Grecs les définissaient: Chronos et Keiros. Chronos est le temps régulier, divisible. Keiros est le temps de création, inconscient. Il est essentiel pour que l'on puisse penser de manière productive, et les bons employeurs savent qu'ils est nécessaire de le préserver.»

Un «nouveau droit de l'homme»

«Pourquoi la France est-elle un super endroit pour travailler?» En Inde, c’est l'humour et l'envie qui semblent primer, il n'y a qu'à lire ce titre d'un journaliste de l’Indian Express. Qui continue en évoquant évidemment les 35 heures et les congés payés; puis en avançant les chiffres suivants:

«En France, les travailleurs à plein-temps consacrent en moyenne 68% de leur temps, soit 16,4 heures, à leurs loisirs et leurs besoins (dormir, manger etc); plus que la moyenne de l’OECD, qui est de 15 heures.»

 

Le magazine australien The New Daily, lui, note que «des experts» voient cette loi comme un «nouveau droit de l’homme». Et compare avec la situation en Australie, où les travailleurs ont en moyenne 30 minutes de moins à consacrer à leurs loisirs que les habitants d’autres pays. Et cite une professeure du centre sur le travail et la vie de l'université du sud de l'Australie qui aimerait que le même type de mesure soit adopté dans son pays.

Le journal colombien El Espectador rappelle que, quelques mois avant la publication de la loi, le philosophe espagnol Daniel Innerarity écrivait dans les pages du journal El Pais à propos de la pénétration du travail dans la vie privée: «Ce problème est une forme de pouvoir, une institution qui exige de nous une disponibilité continue». Ledit quotidien espagnol prend d'ailleurs carrément position en faveur de ce droit:

«La loi fixe ainsi un droit pour les travailleurs et un devoir pour les entreprises, prenant le parti de la négociation et du pragmatisme.»

Au Mexique, des mesures existent, rappelle le magazine économique IDConline: les travailleurs peuvent demander à être payés pour tout travail effectué en dehors de leurs horaires de travail, conformément aux articles 66,67 et 68 de la LFT (Loi Fédérale du Travail). 

Si la Loi Travail avait été bien loin de faire l'unanimité en France –c'est un euphémisme–, il semblerait bien que ce droit à la déconnexion qui fait partie du texte aparaisse aux yeux de tous comme une avancée.

Xavier Ridel
Xavier Ridel (6 articles)
Etudiant en journalisme
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