Science & santé

L'Uvestérol suspendu, est-il indispensable de continuer à donner de la vitamine D aux tout-petits?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 04.01.2017 à 10 h 32

La mort d’un nouveau-né de dix jours met paradoxalement en lumière de l’intérêt des médicaments vitaminés jadis administrés sous la forme d’huile de foie de morue.

Uvésterol DR

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Mise à jour 04/01/2017: l'Uvestérol est suspendu

Confirmant une information du Figaro, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé, lundi 2 janvier, la mort d’un nouveau-né de 10 jours qui venait de recevoir «une dose d’Uvestérol D indiquée dans la prévention et le traitement de la carence en vitamine D chez le nouveau-né, le nourrisson et l’enfant jusqu’à 5 ans».

Cette mort due à un «arrêt cardio-respiratoire» est survenue le 21 décembre au domicile des parents de l’enfant. Elle alimente aujourd’hui une polémique, Le Figaro mettant en cause l’absence de réactivité de l’ANSM et la volonté, exprimée par plusieurs responsables de pharmacovigilance, de retirer l’autorisation de commercialisation de ce médicament.

Ceux-ci ont obtenu gain de cause le mercredi 4 janvier, comme l'a confirmé la ministre de la Santé Marisol Touraine. La vente d'Uvestérol D a donc eté suspendue par mesure de précaution, l’Agence nationale de sécurité du médicament établissant un «lien probable» entre le décès et le médicament.

Spécialité de Crinex –laboratoire indépendant familial fondé en 1928 par l’arrière-grand-père de l’actuel dirigeant–, l’Uvestérol D est sur le marché français depuis 1990. Cette solution huileuse est l’une des préparations pharmaceutiques à base de vitamine D. L’administration presque systématique de vitamine D avant l’âge de 5 ans vise à prévenir la carence en cette substance indispensable à la croissance et à la consolidation des os du squelette en croissance est depuis longtemps une pratique de routine. Selon Philippe Paulmier, pharmacien responsable du laboratoire Crinex depuis un quart de siècle, une dizaine de millions d’enfants ont été traités avec l’Uvestérol D.

Tonicité musculaire

Soluble dans les graisses, présente dans l’alimentation et synthétisée par l’organisme (à partir d’un dérivé du cholestérol sous l’effet des rayonnements UVB du soleil), la vitamine D joue un rôle d’hormone. Elle est impliquée dans l'absorption du calcium et du phosphore via les intestins et intervient dans la minéralisation osseuse du squelette et des articulations, ainsi que sur la tonicité musculaire. Elle joue également différents rôles physiologiques et on la tient pour avoir des effets bénéfiques dans différentes situations pathologiques. 

Depuis longtemps un consensus médical existe quant au fait qu’une quantité suffisante de vitamine D est indispensable durant la petite enfance. Il s’agit notamment de prévenir l’apparition du rachitisme, maladie de la croissance et de l'ossification connue décrite depuis plusieurs siècles dans les pays peu ensoleillés. Avant l’élaboration industrielle de spécialités pharmaceutiques vitaminées, cette prévention était effectuée au moyen de la célèbre huile de foie de morue.

Loin d’être contestés ou dénoncés les apports en vitamine D (chez les enfants, les adultes ou les personnes âgées) sont le plus souvent recommandés par les tenants des approches sanitaires alternatives –comme on peut le lire sur le site alternative.santé.

Le paradoxe de l’affaire née de la mort du nouveau-né veut que ce ne soit pas le médicament en tant que tel qui soit accusé mais les difficultés rencontrées pour l’administrer sans danger pour l’enfant. Cette administration à un tout-petit d’une solution huileuse expose à deux risques: une «fausse route alimentaire» ou un «malaise vagal».

Recommandations

Près d’une centaine d’incidents de ce type avaient été recensés en France depuis 2006. Ce qui avait conduit le laboratoire Crinex et les autorités sanitaires à modifier la pipette du médicament et à formuler un certain nombre de recommandations destinées aux parents pour prévenir le risque de fausse route:

- Toujours administrer le produit avant la tétée ou le biberon.
- Utiliser exclusivement la pipette doseuse fournie avec le produit.
- Installer l’enfant en position semi-assise. L’enfant doit être éveillé lors de l’administration.
- Placer la pipette contre l’intérieur de la joue. Laisser l’enfant téter et si ce dernier ne tète pas, appuyer très lentement sur le piston de la pipette (écoulement goutte à goutte).
- En cas de reflux gastro-oesophagien, de problèmes digestifs ou de troubles de la déglutition, ne pas administrer le médicament pur (le diluer dans un peu d’eau ou de lait) et l’administrer via une tétine.
- Dans tous les cas, ne pas allonger l’enfant pendant et immédiatement après l’administration.

En attendant de nouvelles directives, les parents inviter à consulter leur médecin afin de se faire prescrire une autre médicament aux effets équivalents. Et en l’absence de spécialités pharmaceutiques, on pourra toujours revenir à l’huile de foie de morue.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (777 articles)
Journaliste
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