Sports

France-Irlande: pourquoi on ne refait pas le match

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 20.11.2009 à 18 h 06

La Fédération Irlandaise de Football (FAI) a demandé à rejouer le France-Irlande. Sans trop d’espoirs.

Thierry Henry au Stade de France le 18 novembre 2009, REUTERS/Benoit Tessier

Thierry Henry au Stade de France le 18 novembre 2009, REUTERS/Benoit Tessier

Depuis mercredi soir, tous les fans, journalistes et autre supporters de foot s'embrasent sur cette fameuse main de Thierry Henry qui a permis à la France d'égaliser (1-1) face à l'Irlande et de se qualifier pour la Coupe du Monde 2010. Mais il existe deux faits indiscutables. Il y a bien main de l'attaquant français, ce qui rend la victoire des Tricolores injuste. Après viennent les éternelles discussions pour savoir si le fair play doit primer ou si l'arbitraire est au cœur du sport comme il est au centre de la vie. Les Irlandais, eux, ont choisi. Et ils veulent refaire le match. En effet, un communiqué de la Fédération Irlandaise de Football explique que «cette décision grossièrement incorrecte de l'arbitre a mis à mal l'intégrité du sport et nous demandons désormais à la FIFA, en tant qu'instance mondiale de notre sport, de faire en sorte que ce match soit rejoué». Mais cela ne semble pas gagné d'avance.

La force de la tradition

Malgré les insinuations de Dermot Ahern, ministre irlandais de l'Intérieur, qui pense que la raison pour laquelle le match ne se rejouera pas est que l'Irlande est «une nation mineure pour elle [la FIFA]», tout le monde sait que la plus haute instance du football mondial est très catégorique sur ce point. C'est une règle non écrite que tous les dirigeants, entraineurs et joueurs connaissent. Ce n'est pas un hasard si, mercredi soir, Giovanni Trapattoni demandait une répétition tout en admettant que ce n'était pas possible. Ni que le joueur irlandais Sean St Ledge ait déclaré que cela «n'arrivera pas, il ne faut pas rêver mais on voudrait tous pouvoir rejouer» à une chaîne anglaise. Car tout le monde a appris au fil du temps que les dirigeants de la FIFA font tout pour défendre la figure de l'arbitre, et du facteur humain que cela représente... quitte à accepter une illégalité flagrante. Il suffit de voir, par exemple, les difficultés que rencontre un possible arbitrage vidéo, et donc un jugement différé et objectif, pour se rendre compte du problème. De cette façon, Michel Platini, pourtant contre l'usage de la video, admet sans problème que «l'arbitrage n'est pas bon depuis 100 ans». Sa solution n'est pas de diminuer le facteur humain mais, au contraire, de le multiplier en utilisant 5 arbitres sur le terrain. Un système déjà testé en Europa League et qui aurait pu éviter l'erreur arbitrale de mercredi soir.

Article 13, paragraphe 6

Que dit le règlement international à ce sujet? En se plongeant dans les différents et infinis documents, on découvre que la FIFA a réponse à presque tout. Le Règlement Coupe du Monde de la FIFA Afrique du Sud 2010, concrètement, parle des «réclamations relatives à la qualification des joueurs sélectionnés», les «réclamations relatives à l'état du terrain, à son marquage ou aux accessoires (tels que les buts, les poteaux ou les ballons)» et prône un très angélique «tout litige relatif à la compétition doit être rapidement réglé par la négociation». Mais au détour d'un paragraphe, on découvre surtout qu'«aucune réclamation ne peut être formulée contre les décisions de l'arbitre sur des faits relatifs au match. Ses décisions sont définitives, sauf mention contraire du Code disciplinaire de la FIFA» (paragraphe 6). Une règle qui se trouve dans le chapitre des Dispositions Générales et qui semble donc rendre impossible toute répétition du match entre la France et l'Irlande. Mais ce n'est pas tout. En étant pointilleux, on peut découvrir pourquoi la demande irlandaise na presque aucune chance d'aboutir. D'abord, à cause d'une disposition aussi surprenante qu'impossible à respecter sur les réclamations à faire à l'arbitre «à la suite d'incidents survenus au cours d'un match». Selon le paragraphe 5, celles-ci doivent «être annoncées verbalement à l'arbitre par le capitaine de l'équipe immédiatement après l'incident et avant la reprise du jeu, et en présence du capitaine de l'équipe adverse». Une loi qui prête à sourire si on se souvient d'où se trouvait Thierry Henry au moment des plaintes irlandaises.

Mais surtout (et pour revenir aux choses sérieuses), le règlement de la FIFA indique aussi que «les réclamations doivent tout d'abord être soumises par écrit au commissaire de match de la FIFA ou au coordinateur général de la FIFA dans les deux heures suivant le match et confirmées immédiatement par un rapport écrit comprenant une copie de la réclamation originale». Si l'on sait que hier (un jour après le match), Fran Whearty, un porte-parole de la FAI, affirmait que la demande irlandaise serait envoyée «très bientôt. (...) Je ne sais pas quand, mais très bientôt» à la FIFA, on peut imaginer sa chance de réussite...

Un précédent inutile

Ce n'est évidement ni la première fois (ni la dernière...) qu'une équipe tente d'annuler un match ou de le rejouer suite à une erreur de l'arbitre. On se souvient, par exemple, du polémique (mais juste) pénalty sifflé contre l'Egypte par l'arbitre Howard Webb à la Coupe des Confédérations, face au Brésil, il y quelques mois. Mais le résultat a toujours été le même: plainte rejetée. La seule exception à cette règle est un match entre l'Ouzbékistan et le Bahreïn, disputé le 3 septembre 2005, que les irlandais prennent comme exemple. Dans ce cas là, l'arbitre avait refusé un penalty marqué par l'Ouzbékistan parce qu'un joueur du Bahreïn était rentré dans la surface de réparation et accordé un coup-franc indirect au Bahreïn. Or, selon le règlement, dans ce cas là, le pénalty doit être tiré à nouveau. C'est ce qui peut se lire dans le verdict rendu par la Commission d'Organisation de la Coupe du Monde 2006 qui insiste sur une erreur «des lois du jeu». C'est la raison pour laquelle la FIFA rappelle que, dans le match de 2005, il s'agissait «d'une erreur technique de l'arbitre» tandis que, comme l'expliquent les Irlandais, dans le match de mercredi, il s'agit d'une «mauvaise décision d'arbitrage».

Une subtilité linguistique? Peut-être mais pour la FIFA, il n'est pas pareil de remettre en cause un jugement ou une interprétation qu'une mauvaise application des règles du foot. En quelque sorte, l'arbitre a le droit de se tromper sur l'appréciation qu'il fait d'une action mais les conséquences (selon les règles) doivent être respectées une fois la décision prise. L'erreur de l'Ouzbékistan-Bahreïn est une erreur technique. C'est comme si un arbitre laissait jouer une équipe avec 12 footballeurs. C'est seulement lorsque de telles erreurs de règlement ont existé que la FIFA a déjà pris des décisions. Au moment où l'on ne pouvait jouer qu'avec un nombre réduit d'étrangers, par exemple, l'erreur se payait le prix fort. Mais rarement par la répétition d'un match. Dans ces cas-là, la sanction était simplement une défaite.

Aurélien le Génissel

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Image de Une: Thierry Henry au Stade de France le 18 novembre 2009, REUTERS/Benoit Tessier

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