Parents & enfants

La rentrée le 3 janvier, c'est bon pour qui?

Temps de lecture : 4 min

Les vacances scolaires obéissent à des règles qui échappent parfois à ce qui semble a priori logique. Comme reprendre un lundi. Pourtant, il faut aussi savoir se reposer des vacances, surtout après les fêtes.

Des enfants en classe à l'école Jean Mermoz, le 4 septembre 2012 à Marseille |
ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Des enfants en classe à l'école Jean Mermoz, le 4 septembre 2012 à Marseille | ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Pourquoi les écoliers rentrent-ils un mardi? Ce 2 janvier, si les parents sont retournés travailler, les enfants sont restés à la maison. La raison avancée par le ministère de l'Éducation nationale est à la fois simple et surprenante. La sécurité routière.

«En général, la reprise des cours le lendemain d’un jour férié inclus dans une période de vacances commune à l’ensemble des zones est évitée pour des questions de sécurité routière. Cette année, le 1 er janvier tombe un dimanche. Il a été jugé préférable de ne pas faire coïncider les retours des vacances de Noël, commune à l’ensemble des zones, avec les retours du 1er janvier, d’autant que, compte tenu de la tradition du réveillon du 31 décembre, les risques d’accident de la route dus à la fatigue sont accrus le jour du 1er janvier. La reprise des cours le mardi 3 janvier 2017 permet ainsi d’étaler les retours sur deux jours, laissant à ceux qui le peuvent, la faculté de circuler plus reposés le lundi 2 janvier.»

J’avoue être restée perplexe devant cette explication qui, toute aussi logique qu’elle soit, paraît relativement inédite. La justification avancée par l'enseignant «Rachid l’instit», professeur des écoles et contributeur du Bondy Blog que j’ai pu interroger, paraît beaucoup plus logique:

«Je ne me suis pas renseigné pour savoir la raison de cette rentrée décalée, mais je trouve qu'elle fait beaucoup de bien. Pour les enfants qui faisaient encore la fête avant-hier, et depuis plusieurs jours, ça aurait semblé brutal de se remettre au travail dès aujourd'hui. Et puis cette période de l'année est propice au découragement, à la fatigue. Commencer avec une semaine plus courte va permettre de se remettre progressivement dans le bain.»

Trois semaines de vacances?

En fait, c’est même trop tôt pour une la chercheuse en chronobiologie Claire Leconte, interviewée par RTL avant ces vacances: «Faire rentrer les enfants un 3 janvier est beaucoup beaucoup trop tôt, car ils vont à peine sortir des deux réveillons successifs qu'ils vont déjà être en classe».

Peut-être aurait-il fallu avoir trois semaines de vacances, comme le suggère malicieusement cet enseignant sur Twitter?

Difficile quand on ne dispose que de cinq semaines de congés par an comme la majorité des salariés.

Reste qu’il n’est pas facile de trouver une solution équilibrée entre les besoins des enseignants: préparer au mieux le retour en classe et arriver un minimum reposé; et l’idéal de parents salariés (moi par exemple): aligner l’école et le travail. C’est souvent étrange pour qui ne travaille pas dans l’Éducation nationale: la rentrée de septembre 2016 par exemple, était un jeudi. Certes l’école n’est pas une garderie. Certes, oui, bien sûr… mais tout de même qui va garder les enfants?

C’est l’éternelle question… parce que le centre de loisir n’est pas ouvert et qu’il commence trop tôt (ou que l’enfant est au collège), que vous n’avez pas de famille à votre disposition pour vous aider. Une éloquente illustration de l’épineuse conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle. Comme travailler le mercredi, travailler tôt et/ ou tard, travailler loin c’est moins de temps pour les enfants, des enfants qui se couchent plus tard etc. Surtout, cette conciliation reste encore beaucoup à la charge des mères (le temps partiel choisi demeure largement majoritairement féminin).

La difficulté pour les parents

Donc, pour les parents, la difficulté reste. Quand on ne peut pas nécessairement se permettre de prendre un jour de congé supplémentaire, il faut gérer cette journée, comme l’explique Le Parisien Aujourd’hui en France ce 2 janvier. Le lundi est un jour important dans la semaine, semaine qui s’organise aussi sur un rythme hebdomadaire avec des réunions de planification traditionnellement fixées surtout ce jour-là. Comme d’habitude, j’ai ainsi l’impression de rater ma rentrée à moi pour rester avec mes enfants (si je veux être tout à fait honnête, ils regardent la troisième saison des «Cités d’or» à l’heure où je rédige ces lignes en gérant ma culpabilité.)

Mais le plus regrettable c’est que malgré cette journée supplémentaire, il va être difficile de se coucher ce soir et de se réveiller demain matin! Car le rythme idéal c’est de se coucher et de se réveiller tous les jours à la même heure. Oui, tous les jour! C’est ce qu’affirment les spécialistes de la chronobiologie comme Claire Lecomte, dans ce même entretien pour RTL:

«Il serait important que les parents entendent qu'à part les moments dits “de réveillon”, où on va forcément faire attendre les enfants plus longtemps, etc., il serait bon qu'ils puissent garder un rythme régulier malgré tout.»

Trop peu d’adultes écoutent ce genre de conseils et j’avoue en faire partie. Le sommeil est un besoin difficile à préserver... Les fêtes avec leur nombreuses soirées en famille ou devant la télévision, comme l’attestent les programmes des soirées de ces deux dernières semaines sur toutes les chaines, des Schtroumpfs 2 (TF1, 25 décembre) aux Aventures de Rabbi Jacob en passant par Peter Pan (le 1er janvier sur France 2 et Arte), cassent le rythme. Et le réveil de 7h devient logiquement compliqué à gérer les premiers jours après la rentrée. Je suis moi-même terrorisée en pensant à demain matin.

Alors rappelons nous, pour les enfants comme pour les adultes: «Se coucher tard déséquilibre la vie (de votre enfant)», c'est le ministère de la Santé qui le dit. De quoi prendre de bonnes résolutions pour 2017! Allez, bon courage et bonne rentrée.

Louise Tourret Journaliste

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