Monde

L’effacement de l’Amérique et de l’Europe du Proche-Orient

, mis à jour le 31.12.2016 à 8 h 27

Barack Obama et John Kerry lors d’une rencontre avec le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant la COP21, le 1er décembre 2015 | REUTERS/Kevin Lamarque

Barack Obama et John Kerry lors d’une rencontre avec le président turc Recep Tayyip Erdogan pendant la COP21, le 1er décembre 2015 | REUTERS/Kevin Lamarque

Après seize mois d'intervention militaire, Vladimir Poutine a été le premier à annoncer jeudi 29 décembre une trêve et des pourparlers de paix à venir entre le régime de Damas et les rebelles. L’accord exclut l’Etat islamique et les autres djihadistes liés notamment à al-Qaida. Les deux parties ont signé trois documents, le premier concerne le cessez-le-feu, le deuxième, les mesures pour contrôler le cessez-le-feu, et le troisième, les conditions des négociations pour une paix durable mettant fin à une guerre civile qui a fait en cinq ans près de 500.000 morts et 11 millions de déplacés dans un pays de 22 millions d’habitants.

Comme le souligne le site Debka, ce qui a été décisif est le ralliement récent de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan au plan russe. Ankara qui appartient à l'OTAN est aujourd'hui avec Moscou le garant du cessez-le-feu après avoir pendant des années soutenu les rebelles et exigé le départ de Bachar el Assad.

D'un côté des mots, de l'autre la réalité

Cette annonce historique intervient au moment même où les Etats-Unis prennent des sanctions contre la Russie pour son intervention via des hackers dans la campagne présidentielle américaine et où l’administration Obama, dans un baroud d’honneur avant de laisser la place à celle de Donald Trump, a attaqué de front le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou pour sa politique de colonisation des territoires occupés palestiniens. Comme s’il s’agissait aujourd'hui du principal problème de la région et sans le moindre espoir d'avoir un impact sur le terrain explique The Daily Beast. Et la France, dans la même logique, organise une Conférence le 15 janvier à Paris sur le conflit israélo-palestinien. Une façon de chercher encore à exister.

La résolution de l’ONU tout comme le discours de John Kerry condamnant la colonisation israélienne, dont se sont réjouis la France et l’Allemagne mais pas le Royaume-Uni, resteront des mots tandis que l’avenir de la Syrie et de la région se décide entre russes, turcs et iraniens.

Ni les Américains, ni les Européens ne sont associés au processus de cessez-le-feu et de paix en Syrie après avoir pourtant soutenu les rebelles pendant des années. Dans le même temps, leur influence en Irak s’affaiblit au fur et à mesure que la grande offensive annoncée contre Mossoul et l’Etat islamique s’enlise.

Bashar reste au pouvoir et l'Etat islamique sort renforcé

«L'administration américaine actuelle est perçue comme sans importance (par les autres acteurs) car elle a été incapable en Syrie de faire avancer les choses», estime Clifford May, de la Fondation pour la défense des démocraties. «Le président Obama n'est tout simplement (...) pas pris au sérieux par des gens comme Poutine.»

Illustration, Bachar el-Assad reste solidement installé au pouvoir en Syrie en dépit des demandes répétées de son départ par les Etats-Unis et la France et l’Etat islamique sort même apparemment renforcé des derniers mois. Il résiste à Mossoul, a repris Palmyre, tient solidement Raqqa et peut se présenter comme le seul défenseur des sunnites massacrés impunément à Alep. Sa situation militaire pourrait même s’améliorer avec l’annonce par les russes du début du retrait d’une partie de leurs forces aériennes.

Un échec total pour les diplomaties américaine, française et européennes. Il fait écho à la célèbre citation du Secrétaire d’Etat américain George Schultz expliquant que la «diplomatie qui ne s’appuie pas sur la force sera toujours au mieux impuissante et au pire dangereuse». Des idées du XXème siècle, mais qui décrivent encore la réalité du XXIème siècle.

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