Economie

Non la croissance économique n’est pas limitée par l’environnement

, mis à jour le 31.12.2016 à 14 h 23

Limits of growth / net_efekt via Flickr CC License By

Limits of growth / net_efekt via Flickr CC License By

Dans un long développement, le site américain Reason s’interroge sur le développement et ces limites liées à l’environnement et aux ressources non renouvelables de la planète. La théorie aujourd’hui en vogue et qui s’apparente à la fois aux thèses de Malthus et à celles du Club de Rome dans les années 1970 est que la croissance économique n’est pas durable. Ces limites sont celles de la population, de la production de nourriture, de la pollution et de la diminution rapide de ressources non renouvelables. Cela est notamment développé dans un article approfondi publié dans la revue scientifique PLoS One par un groupe d’économistes écologistes reconnus menés par l’hydrologiste australien James Ward.

Pour Reason, ces scientifiques sont sincères et compétents… mais se trompent. Il n’y a aucun doute sur la réalité des limites physiques de notre planète et de ses ressources. Mais la vraie question consiste à savoir si la croissance économique, indispensable pour permettre à un grand nombre d’habitants de la planète d’avoir de meilleures conditions de vie, nécessite toujours plus d’utilisation de ses ressources limitées.

Créer plus de richesses avec moins de ressources

Pour les économistes, il existe deux types de découplage, relatif et absolu, entre d’un côté la croissance économique et de l’autre la consommation d’énergie, de matières premières et l’impact sur l’environnement. Ainsi par exemple, entre 1990 et 2012, le PIB de la Chine a été multiplié par 20 tandis que sa consommation d’énergie était multipliée par 4 et de matières premières par 5. Cela signifie que l’efficacité économique a permis d’utiliser moins de ressources pour créer plus de richesses. Mais il s’agit d’un découplage relatif puisque l’utilisation des ressources naturelles a augmenté. Le découplage absolu est d’une tout autre nature. Il s’agit de créer plus de richesses en utilisant moins de ressources.

Créer une croissance économique qui soit durable dépend avant tout de notre capacité à développer et mettre en place des technologies qui permettent et permettront de réduire l’utilisation des ressources à un rythme au moins équivalent à celui du développement économique. Cela permettrait de stabiliser l’utilisation des ressources. Et Il faudrait que l’efficacité dans l’utilisation des ressources soit supérieure à la croissance afin de réduire leur consommation.

Pour James Ward et son équipe, «dans le cas des ressources non substituables comme la terre, l’eau, les matières premières et l’énergie, même si des progrès dans l’efficacité de leur utilisation sont encore possibles, il y a un niveau d’utilisation minimum qui est lié à la réalité physique». Ces réalités physiques tiennent notamment aux limites de la photosynthèse, à l’efficacité de la «conversion» de plantes en viande, à la quantité d’eau nécessaire pour les cultures et à la quantité de terres cultivées nécessaires pour nourrir l’humanité.

La créativité humaine

Pour Reason, l’erreur est celle déjà commise par Malthus, par le Club de Rome, par le démographe Paul Ehrlich dans son célèbre livre annonçant la surpopulation en 1968. Ils partent tous du principe qu’il y a des limites, on pourrait dire physiques, à la créativité humaine, qu’il y a des limites à la productivité agricole, à l’efficacité dans l’utilisation des ressources, au recyclage, à la substitution de ressources renouvelables à celles qui ne le sont pas. Ils se sont trompés à chaque fois…

Comme Malthus, James Ward et son équipe mettent l’accent sur les limites de la productivité agricole. Elles sont loin d’être atteintes et en plus la population humaine devrait diminuer d’ici la fin du siècle. Les taux de fertilité ne cessent de baisser et selon la plupart des démographes, la population humaine devrait atteindre son maximum au milieu du siècle et commencer ensuite à décliner. Quand à la productivité agricole et aux limites de la photosynthèse, elles sont aujourd'hui en train d’être à nouveau dépassées puisque des chercheurs ont réussi à implanter des gènes améliorant considérablement la photosynthèse du riz et du blé qui pourraient augmenter leurs rendements de 50%.

En fait, le découplage est déjà évident. Les Etats-Unis utilisent aujourd’hui bien moins de fertilisants et bien moins d’eau pour l’agriculture que dans les années 1980. La taille des forêts augmente dans la plupart des pays développés. Enfin, il existe des sources d’énergie presque illimitées, notamment le solaire dont le prix de revient, pour la première fois, est devenu inférieur en 2016 à celui du charbon. Il reste le problème crucial du stockage de l’électricité. Mais les progrès commencent à être sensibles.

En fait, le débat sur la croissance économique et l’environnement est l’éternel débat entre les optimistes et les pessimistes. Il peut être tranché par une citation du regretté Shimon Peres. Il expliquait: «que vous soyez pessimiste ou optimiste, vous mourrez le même jour. Mais vous n’aurez pas vécu de la même façon».

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