Monde

L’année des tyrans et des populistes

, mis à jour le 31.12.2016 à 8 h 27

«Il fait toujours plus sombre avant qu’il fasse noir»

Un portrait de Bachar el-Assad dans une rue de Damas, le 8 septembre 2013. REUTERS/Khaled al-Hariri.

Un portrait de Bachar el-Assad dans une rue de Damas, le 8 septembre 2013. REUTERS/Khaled al-Hariri.

Le sénateur républicain américain John McCain aime à répéter cette phrase: «il fait toujours plus sombre avant qu’il fasse noir». Elle définit bien l’année 2016. Selon un rapport d’Amnesty International, publié en février 2016, les droits de l’homme avaient «touché un plus bas» en 2015. Les choses ont encore empirées en 2016 souligne le Chicago Tribune. En voilà juste quelques exemples.

Le gouvernement chinois a fait arrêter des milliers de personnes dans une campagne contre les ennemis de l’intérieur parfois déguisée dans une lutte contre la corruption.

En Russie, Vladimir Poutine a continué «à faire taire toutes les voix dissidentes en imposant de nouvelles restrictions à l’internet, à la liberté d’expression et aux droits des minorités sexuelles…», écrit Human Rights Watch.

Bachar el Assad, le boucher de Damas, a avec l’aide active de la Russie et de l’Iran gagné militairement une guerre civile qui a fait 500.000 morts en commettant des crimes de guerre et sans doute des crimes contre l’humanité. La barbarie a atteint des sommets avec la destruction méthodique d’Alep, ce qui était la deuxième ville du pays.

Après avoir survécu en juillet 2016 à une tentative de coup d’Etat, le Président turc Recep Tayyip Erdogan a fait arrêter des dizaines de milliers de personnes qui pour beaucoup n’avaient aucun rapport avec les putschistes. Il y a aujourd’hui plus de journalistes en prison en Turquie que dans aucun autre pays et même deux fois plus qu’en Chine.

Le Président philippin Rodrigo Duterte a lancé une campagne contre le trafic de drogue qui s’est traduite par la disparition de plus de 6.000 personnes tuées par la police et les milices…

Déclassement et ressentiment

Dans le même temps, le Brexit, l'élection de Donald Trump à la Présidence des Etats-Unis et la démission de Matteo Renzi en Italie illustrent l’emprise grandissante du populisme sur les démocraties.

Comme l’explique Nicolas Baverez dans Le Point, cela est la conséquence: «au plan économique… de la stagnation des revenus et la hausse des inégalités…. Au plan social… de la déstabilisation des classes moyennes sous le double choc de la mondialisation et de la révolution numérique. Au plan politique… du sentiment de perte de contrôle et d'identité face à l'avènement de la société ouverte, à la crise des États et aux vagues migratoires. Au plan stratégique… de la conscience d'un déclin de l'Occident et du renouveau des risques intérieurs et extérieurs».

Le sentiment grandissant du déclassement et le ressentiment envers les élites jugées responsables conduisent les citoyens des démocraties à plébisciter à la fois des hommes forts, capables de les protéger..., et le repli identitaire et économique. Le protectionnisme, le nationalisme, la xénophobie et le rejet de la démocratie représentative sont les idées qui dominent aujourd’hui le débat politique. Comme l’explique The Guardian, 2016 aura été l’année 1989 à l’envers avec la construction un peu partout dans le monde de murs réels et psychologiques.

Les passions nationalistes et religieuses prospèrent évidemment bien au-delà de l’Occident à commencer par le djihadisme dans l’ensemble du monde musulman, Et les dictateurs et autres autocrates mettent à profit l'ébranlement des démocraties pour affermir leur pouvoir et leurs ambitions: la Chine de Xi Jinping devenue puissance mondiale s’est lancée dans une course aux armements pour intimider ces voisins asiatiques, la Russie de Vladimir Poutine s'est réinstallée au centre du jeu diplomatique et militaire en Europe et au Proche-Orient et Recep Tayyip Erdogan a transformé la Turquie en régime autoritaire islamique. Ces trois puissances se sont même rapprochées pour désigner l'Occident… comme leur adversaire principal.

La démocratie et la liberté contre le populisme et les dictateurs

L'ordre issu de la Seconde Guerre mondiale s’est ainsi effondré avec la complicité active de l’administration Obama. Elle a tout simplement renoncé, sans le dire, au rôle que les États-Unis avaient depuis 1945 à savoir assurer la prospérité et la sécurité du monde libre. Barack Obama a apporté la preuve, une fois encore, de la justesse de l’adage de l’ancien Secrétaire d’Etat américain George Shultz: «la diplomatie qui se n’appuie pas sur la force sera toujours au mieux impuissante et au pire dangereuse».

La bataille qui se joue en 2017 et dans les années à venir oppose d’un côté la démocratie et la liberté et de l’autre le populisme intérieur et les dictatures extérieures. Les djihadistes, les autocrates et les démagogues tirent avant tout leur force des faiblesses et des divisions des nations libres. Si ces dernières ne se ressaisissent pas et n’accordent pas plus de prix à leur liberté, il continuera à faire de plus en plus sombre. Et cela même si l’humanité a déjà connu dans l’histoire des heures bien plus difficiles et les a surmonté comme le rappelle justement le New York Times.

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