Monde

Et l'année 2016, qu'est-ce qu'elle dit pour sa défense?

Temps de lecture : 2 min

L'hebdomadaire allemand Die Zeit a soumis l'année écoulée à une petite séance d'autocritique.

llustration Slate.fr. Photo: Roses / Suzanne Schroeter via Flickr CC License by.
llustration Slate.fr. Photo: Roses / Suzanne Schroeter via Flickr CC License by.

Pas la peine de refaire pour la énième fois la chronique des odieux événements des mois passés puisque pour une fois, on est tous d'accord: 2016 était une année pourrie. Histoire de terminer l'année en mocheté, le site internet de l'hebdomadaire allemand Die Zeit a eu la pétillante idée de se tourner vers la principale intéressée et de lui demander des comptes. Après tout, c'est la moindre des choses.

Dans cette interview exclusive, l'année 2016 se soumet donc à une petite séance d'auto-critique avant de tirer sa révérence tant attendue. Ambiance:

«Zeit Online: Lorsque George Michael est mort il y a quelques jours, Madonna a twitté: “Est-ce que 2016 peut aller se faire foutre maintenant?” A quel point cela vous a-t-il blessée?

2016: Ça m'a fait mal, c'est sûr. Mais ça ne m'a pas surprise.

Zeit Online: Pourquoi?

2016: Hé bien, les insultes contre ma personne ne sont pas nouvelles, ça dure déjà depuis quelques mois. Ça va des gens qui écrivent sur Twitter “Va te faire foutre 2016, tu es le Hitler parmi les années” jusqu'à John Oliver, que j'apprécie beaucoup à part ça.

Zeit Online: Le présentateur de late night show américain a fait exploser une statue de vous en novembre.

2016: J'apprécie la satire quand elle est bien faite. Mais cela était en-dessous de la ceinture. C'était un appel à la violence. Et en plus, c'était mi-novembre. À ce moment-là, j'avais encore six semaines devant moi.»

Après une tentative peu convaincante de faire passer l'année 746, durant laquelle la peste ravagea l'empire byzantin, pour la pire des années qu'aurait connues l'humanité, l'année 2016 se met à philosopher, s'érigeant au passage en victime toute désignée de notre monde désenchanté:

«2016: Les gens ont besoin d'un bouc émissaire. Ils sentent, comme dirait Heidegger, “l'instance dans le rien”: cela va en avant et en arrière, à droite, à gauche. Et pour supporter ce chaos, ils prêtent à l'année une mauvaise intention. C'est de la superstition. Comme à l'Âge de pierre.»

Zeit Online: Il n'y avait pas encore de mesure du temps.

2016: Exactement. Quand les choses allaient mal, les gens pestaient alors contre les éclairs et les nuages de pluie. Après, le christianisme s'est répandu. Puis il a à son tour reculé avec les Lumières. Mais les gens n'arrivent pas à vivre sans la foi. Ils croient toujours à quelque chose. En ce moment, ils croient visiblement que tout est de ma faute.»

À la question plutôt affable de savoir si cela n'avait pas été difficile de travailler 365 jours d'affilée, l'année 2016, plutôt que de faire profil bas, a sauté sur l'occasion pour se jeter des fleurs:

«Dans mon cas, c'est même 366 jours! Je suis une année bissextile. Il faut faire super attention, sinon ça crée un immense chaos. Est-ce que quelqu'un m'a remerciée? Évidement non.»

Réalisant au fur et à mesure qu'elle ne réussirait pas à convaincre de son innocence le journaliste qui l'interviewait, l'année 2016 tente en dernier recours de susciter la pitié chez son interlocuteur, assurant qu'elle avait pleuré «comme un enfant» quand elle a appris la mort de David Bowie. Comme si ça pouvait encore changer quelque chose... Vivement 2017.

Annabelle Georgen Journaliste

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