Sports

2016 aurait pu être une année sportive superbe, elle a été terrifiante

Yannick Cochennec, mis à jour le 30.12.2016 à 10 h 29

Entre de nouveaux scandales de dopage et des excès financiers en tout genre, le paysage sportif de l'année se sera révélé terriblement accidenté.

Des supporters lors de la finale du tournoi masculin de football des JO de Rio. TASSO MARCELO / AFP .

Des supporters lors de la finale du tournoi masculin de football des JO de Rio. TASSO MARCELO / AFP .

En 2016, le sport n’a pas échappé à la déflagration qui a semblé ébranler le monde. Il n’en est pas sorti indemne et il est vraisemblable que d’autres secousses viendront bousculer son environnement en 2017.

«Les plus imparfaits des Jeux parfaits»: tel a été ainsi le jugement pour le moins alambiqué du Comité international olympique (CIO) pour tirer le bilan des Jeux de Rio, événement n°1 de l’année, qui, au-delà de leur éclat carioca, n’ont donc pas réussi à faire oublier «tout le reste». La formule, compliquée, résume assez bien, en définitive, toutes les contradictions de 2016: superbe sous bien des aspects, terrifiante avec un autre regard plus lucide.

En effet, si ce «tout le reste», sur lequel nous revenons plus loin, a presque réussi à faire de ce millésime 2016 une annus horribilis du sport, l’essentiel n’en a pas moins été préservé, notamment au Brésil, avec les nouveaux sacres dorés d’Usain Bolt, de Michael Phelps et, pour la France, de Teddy Riner, avec l’avènement au firmament de Simone Biles et Wayde van Niekerk ou avec la (re)découverte par les Français des vertus conquérantes du noble art, incarné sublimement par le couple Tony Yoka-Estelle Mossely.

Cette cuvée 2016 aurait pu également manquer de saveur si l’Euro de football, organisé en France, en dépit d’un niveau de jeu général guère emballant, n’avait pas révélé les rafraîchissantes équipes du Pays de Galles et d’Islande ou si la surprenante équipe de Leicester n’avait pas renversé la Premier League en réinventant le mythe de David et Goliath à sa façon. Elle a été également relevée par LeBron James, qui a conduit ses coéquipiers des Cleveland Cavaliers vers un premier sacre en NBA malgré les Golden State Warriors de Stephen Curry, mais aussi par les Chicago Cubs, vainqueurs des World Series de baseball face aux Cleveland Indians et ainsi couronnés pour la première fois dans la compétition depuis 1908, ou par le Suédois Henrik Stenson, au sommet de la perfection pour s’arroger le British Open à la faveur d’une sensationnelle carte de 63 le dernier jour. 2016 a plu aussi aux Français grâce à Martin Fourcade, qui a fait de la France une nation férue de biathlon, ou grâce à Zinedine Zidane et Antoine Griezmann qui, depuis l’Espagne, ont continué à flatter l’ego tricolore au sommet du football international.

Introuvable modération

Mais il y a donc eu «tout le reste». Car 2016, au terme de ce feu de joie, laissera aussi un sinistre tas de cendres brûlantes que l’aveu, le 27 décembre, par quelques responsables russes auprès du New York Times d’un dopage organisé dans leurs frontières, ne saura éteindre avant longtemps. En admettant enfin que les révélations du rapport McLaren publié en deux temps, en juillet et décembre, étaient fondées, certaines autorités de Moscou, bien que démenties ensuite par le Kremlin, ont confirmé que depuis au moins cinq ans (c’est un minimum), la Russie avait sciemment dopé nombre de ses sportifs et ainsi faussé tous les palmarès mondiaux et olympiques. Le pire du cynisme a été probablement atteint en 2014 aux Jeux d’hiver de Sotchi, où des cas ont notamment présenté des preuves de manipulation d’échantillons d’urine avec du sel et du Nescafé.

Pour ajouter au sordide de la situation, la justice française mène actuellement l’enquête pour savoir si Lamine Diack, l’ancien président sénégalais de l'IAAF, la fédération internationale d'athlétisme, où il a régné de 1999 à 2015, n’a pas sciemment fermé les yeux sur des cas d’athlètes russes dopés pour leur permettre de participer aux Jeux de Londres en 2012, en échange de versements d’argent qui auraient transité par les comptes de la société de son fils, Papa Massata Diack. Le sport, ou ce qu’il en reste, jusqu’à la nausée.

Qu’attendre donc, dans ce contexte, de la prochaine Coupe du monde de football organisée en Russie en 2018? Et à quoi riment donc aujourd’hui des Jeux olympiques au regard de contrôles antidopage tournés en ridicule, sachant que les Russes ne sont évidemment pas les seuls à se jouer des règles et qu’il n’y a aucune illusion à se faire sur certains résultats de Rio que le temps, à la faveur de nouveaux tests, réussira à ranger au rayon des supercheries? Comment ne pas être troublé quand le cycliste Bradley Wiggins se retrouve à son tour au cœur d’une enquête de l’agence britannique antidopage (Ukad) et d’une enquête parlementaire de son propre pays à cause des révélations d’un groupe de hackers liés à la Russie, les Fancy Bears, qui ont semé le désordre en volant et révélant les données personnelles d’athlètes ayant bénéficié d’AUT (autorisations d'usage à des fins thérapeutiques) et qui ont pu être soupçonnés d’avoir piraté le site du CIO à l’aube de ce Nouvel an? Et quelle est encore la profondeur de la signification des Jeux olympiques, et à quoi servent-ils quand ils participent involontairement, avec leur grandiloquence organisationnelle, à la mise à genoux économique d’un pays comme le Brésil, qui les portera comme un fardeau financier pendant de très nombreuses années?

Dans cette recherche de l’excès en toute circonstance, le sport ne paraît plus capable de modération, particulièrement sur le plan financier, qu’il s’agisse de Sepp Blatter et Michel Platini, dont les mises sur la touche hors de la Fifa et de l’UEFA ont été confirmées en 2016 par le Tribunal arbitral du sport à cause de rémunérations contestables, ou des Football Leaks, qui ont mis à jour un vaste réseau d’évasion fiscale de certains des plus grands footballeurs de la planète et des pratiques douteuses au niveau des transferts, avec le sentiment que les arrière-cuisines du football ne sentent décidément pas très bon. Sans oublier le transfert record de Paul Pogba, envoyé de la Juventus de Turin vers Manchester United pour la bagatelle de 105 millions d’euros. Et il y a fort à parier que les puissants investissements chinois dans le sport au prix de rachats d’actifs ici ou là en Europe à des tarifs parfois exorbitants n’alimentent demain une bulle qui finira bien par exploser un jour.

En réalité, tout le monde a pris cher en 2016. Dès le début de l’année, le tennis s’était ainsi retrouvé au cœur de la polémique des paris truqués –et ne parlons pas du choc suscité par la suspension de quinze mois pour dopage de la championne la mieux payée du sport féminin, Maria Sharapova, négligente consommatrice de Meldonium. Quand le sport ne replonge pas dans son passé le plus glauque avec les scandales de pédophilie du football anglais et d’agressions sexuelles de la gymnastique américaine, qui ont contribué à noircir ce paysage terriblement accidenté...

Paris 2024, pour faire quoi?

Mais au-delà de ce passé et de ce présent souvent nauséabonds, il faut (tenter de) regarder vers demain en privilégiant l’essentiel car le sport, en dépit de la triche organisée et de sa dangereuse financiarisation, demeure encore un salutaire point de ralliement collectif à l’heure où les nations se replient les unes sur les autres dans une vague forte de populisme qui paraît traverser la planète. De ce point de vue, l’équipe des réfugiés, qui a concouru à Rio, a constitué un bien joli filet d’espoir et une superbe initiative du CIO.

En 2017, année sportive relativement «creuse», avec au menu principalement des rendez-vous récurrents comme les Championnats du monde de handball qui ouvriront le bal en France en janvier, l’un des rendez-vous majeurs du calendrier sera la désignation, le 13 septembre, de la ville olympique de 2024, dont l’élection sera forcément impactée par tous les événements de 2016. L’enjeu sera bien le sport de demain.

Paris, en concurrence avec Los Angeles et Budapest, rêve de se voir consacrée, mais sans dire pour le moment, à travers le trop discret Comité international et sportif français (CNOSF), quelle est son analyse de la situation actuelle du sport mondial et sans tracer de réelle perspective vers ce que devrait être le sport du futur et son organisation. Le message de la candidature au cœur de cette crise sans précédent reste à trouver. La voix de la France, pays de Coubertin, est même inaudible. Pourquoi, dans ce contexte troublé, Paris et la France veulent-elles les JO? Pour le moment, la question est sans réponse ou contournée.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (561 articles)
Journaliste
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