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Comment ne pas enterrer prématurément vos stars préférées

Vincent Manilève, mis à jour le 29.12.2016 à 16 h 42

Et garder son calme en pleine hécatombe de fin d'année.

L'un des tweets qui a lancé la fausse rumeur sur la mort d'Omar Sy, le 27 décembre 2016.

L'un des tweets qui a lancé la fausse rumeur sur la mort d'Omar Sy, le 27 décembre 2016.

Il y a quelques mois, nous avions essayé de comprendre pourquoi les morts de stars paraissaient aussi nombreuses en 2016, alors qu'on déplorait le décès de personnalités comme David Bowie, Prince ou encore Alan Rickman. Ces derniers jours sont venus s'ajouter à cette liste funèbre les noms de George Michael, Carrie Fisher ou de la mère de cette dernière, l'actrice de Chantons sous la pluie Debbie Reynolds.

Certains internautes ont décidé de profiter des craintes de «loi des séries» pour relancer une mode inhérente aux réseaux sociaux: faire croire que telle ou telle star est décédée. Dans les heures et les jours qui ont suivi le décès de George Michael et Carrie Fisher, par exemple, une partie d'internet a cru un temps que Britney Spears et Omar Sy avaient connu le même destin. Voici donc quelques conseils pour mieux naviguer entre les rumeurs et éviter de les propager.

Souvent, tout commence par un tweet ou un post Facebook qu'on voit émerger. La forme de ces messages est assez simple: le nom d'une célébrité vivante, de multiples points d'interrogation et parfois des morceaux de phrases comme «Il se passe quoi avec X» ou «Noooon pas X». Le 27 décembre, en fin de soirée, de nombreux tweets mentionnant l'acteur Omar Sy sont ainsi apparus.

Garder la tête hors de l'eau dans la vague de messages affolés

Sur Twitter, le premier réflexe consiste souvent à cliquer sur le nom de la personnalité, s'il est dans les sujets les plus discutés, ou à le taper dans la barre de recherche. Si la rumeur vient de tomber, les médias n'en parlent pas encore (recoupement oblige) et les gens s'orientent souvent vers les outils qu'ils utilisent plusieurs fois par jour. C'est une erreur, en tout cas si l'on se noie dans l'océan de tweets qui défilent sous nos yeux.

Il faut remonter ce courant pour trouver les premières mentions de la rumeur et s'assurer que la ou les personnes à leur origine sont des sources fiables. Dans le cas d'Omar Sy, le 27 décembre au soir, deux comptes publient énormément de messages pour expliquer que l'acteur a été transporté à l'hôpital américain de Neuilly après un accident de la route sur l'A1. Par la suite, ils affirmeront être devant l'hôpital et apercevoir des journalistes arriver ou publieront des tweets avec la mention «(AFP)», pour faire croire que l'Agence France-Presse a confirmé l'information.

Nicolas Vanderbiest, chercheur de l'UC de Louvain spécialisé dans les réseaux sociaux, a d'ailleurs très rapidement confirmé l'origine de cette rumeur.

Regardez qui diffuse la rumeur... et ce qu'il a posté avant

Une fois que l'on tient ces sources, il faut vérifier qui elles sont. Sur leurs profils respectifs, ces deux personnes affirment, dans des formules curieuses, être respectivement «journaliste diplomate en poste chez LCI» et «journaliste indépendant en freelance».


Il ne faut évidemment pas s'en contenter, n'importe qui pouvant écrire n'importe quoi dans sa biographie Twitter. L'on peut évidemment regarder si leur compte est certifié (ce n'est pas le cas), si leur nom apparaît sur Google (ce n'était pas le cas non plus), mais le moyen le plus pratique, ici, consiste à remonter leur fil de tweets. Assez rapidement, on tombe sur un échange entre les deux internautes, publié quelques minutes avant le lancement de la rumeur.

On comprend alors assez vite qu'ils étaient déjà à l'origine des rumeurs sur la mort de Johnny Hallyday l'été dernier, et qu'ils ne sont pas journalistes.

Se faire passer pour un journaliste n'est pas une nouveauté. En janvier dernier, un internaute qui prétendait être journaliste à l'AFP affirmait qu'un homme abattu à Barbès était Salah Abdeslam. Une rumeur évidemment fausse, et qui peut être source de poursuites pour celui qui la diffuse, si celle-ci est susceptible d'amener des troubles à l'ordre public. Depuis la rumeur sur Omar Sy, les comptes concernés ont changé leur biographie Twitter ou ont été bloqués.

Être patient, ne pas tweeter précipitamment

Dans ce genre de situation, la démarche la plus prudente consiste donc à ne pas tweeter précipitamment, même pour s'indigner de la rumeur, et à effectuer les recherches expliquées ci-dessus. Relayer l'existence d'une rumeur ne fait que donner à ceux qui en sont à l'origine ce qu'ils recherchent, à savoir de l'importance et de la visibilité. Des journalistes, après avoir fait le travail de vérification nécessaire, ou la star visée elle-même pourront alors démentir ces affirmations.

Une prudence vis-à-vis des sources officielles, ou de celles qui affirment l'être, est aussi nécessaire car il arrive qu'elles soient elles-mêmes à l'origine de fausses informations sur les réseaux sociaux. Soit, de manière rarissime concernant un décès, qu'elles aient commis une erreur (comme l'AFP quand elle a annoncé à tort la mort de Martin Bouygues), soit qu'elles aient été victimes d'un piratage. Le 26 décembre, le compte Twitter officiel de Sony Music a ainsi posté deux messages pour le moins étranges annonçant la mort de Britney Spears, suivi d'un autre message du même genre posté par le compte de Bob Dylan.

Il est improbable que Sony poste un message écrit de cette manière: pas de capitales au nom et prénom de la chanteuse ainsi qu'un point d'exclamation et un emoji triste plus que malvenus. La vraie solution est toujours la même: être patient, sceptique et surtout attendre que ces mêmes comptes, ou tout autre source fiable, viennent infirmer ou confirmer la nouvelle. Dans le cas de Sony Music, deux autres tweets publiés sur le compte ont permis de comprendre qu'il s'agissait d'un piratage et la manager de la chanteuse a elle-même confirmé que tout allait bien pour sa cliente.

Se méfier de tout

Un dernier détail, d'importance. Il arrive, comme dans le cas de Johnny Hallyday l'été dernier, que les rumeurs soient alimentées par un site appelé Mediamass, réputé pour arriver à tromper certains journalistes et médias (y compris l'auteur de ces lignes, une fois, par le passé). Sauf que le site, plutôt que créer de fausses rumeurs, crée des démentis sur des rumeurs de morts qui n'ont jamais existé. Buzzfeed France notait ainsi il y a quelques mois que «Mediamass a des centaines d’articles tous titrés pareil pour démentir des rumeurs de décès… qui n’existent pas encore».

Un exemple intéressant est survenu en juillet dernier lorsque Thierry Frémaux, directeur général du Festival de Cannes, a annoncé sur son compte la mort de Michael Cimino. La nouvelle, réelle, a mis du temps avant d'être confirmée. Mediamass en a alors profité pour publier un post affirmant que c'était un hoax, plongeant dans la confusion un certains nombre d'internautes.  

Attention donc aux sources, officielles ou non, qui lancent, renforcent ou même réfutent trop rapidement les rumeurs sur vos célébrités préférées.

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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