Monde

À Mossoul, une menace plus grande que l'Etat islamique?

Repéré par Emeline Amétis, mis à jour le 29.12.2016 à 16 h 57

Repéré sur The New Yorker

Le barrage de la ville irakienne serait au bord de l'effondrement. S'il venait à céder, il la submergerait en moins de trois heures.

Le barrage de Mossoul, le 1er février 2016. (Safin Hamed / AFP)

Le barrage de Mossoul, le 1er février 2016. (Safin Hamed / AFP)

La plus grande menace à laquelle font face les Irakiens du nord n’est peut-être pas celle que l’on croit, selon un article du New Yorker. Si les forces irakiennes progressent sur les territoires occupés par les djihadistes de l'Etat islamique à Mossoul, une autre affaire préoccupe l’administration du pays.

En mars dernier, les Nations unies ont publié un communiqué pour prévenir du risque que représentait une brèche dans le barrage de Mossoul, prédisant que «des centaines de milliers de personnes pourraient être tuées» si le barrage rompait. Un communiqué alarmant publié un mois après que l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad a prononcé un avertissement sur le même sujet.

Pillage et destruction

Quand l’Etat islamique entre dans Mossoul en juin 2014, le barrage est une cible attrayante. Il régule le débit d’eau de la ville et des millions d’Irakiens qui vivent sur les rives du fleuve Tigre.

Le 7 août de la même année, les islamistes atteignent la zone du barrage de Mossoul:

«Ils y ont vu un mur de soutènement qui traversait le fleuve Tigre, s’élevant à plus d’une centaine de mètre du lit de rivière et s’étendant à plus de 3km de rive en rive. Derrière ce mur, un réservoir de près de 13km de long qui contient 11 milliards de mètres cubes d’eau», décrit le New Yorker.

Les djihadistes bombardent alors le barrage à distance avant de se rendre sur place pour procéder au pillage et à la destruction de l’équipement. Dès le lendemain, le président de la région kurde, Massoud Barzani, reçoit un coup de téléphone du vice-président américain, raconte encore le New Yorker. Pour les Etats-Unis, il faut à tout prix reprendre le contrôle du barrage le plus vite possible, de peur que les djihadistes ne le fassent exploser, submergeant Mossoul et toute une série d'autres villes jusqu’à Bagdad. Finalement, les forces kurdes parviennent à repousser les djihadistes et à reprendre le contrôle du barrage.

Roches solubles

Mais pendant les mois qui suivent, après inspection du barrage, les responsables américains dressent un constat alarmant. Bien que construit pour survivre à un bombardement aérien (qu'il subi sans dégâts lors de la Guerre du Golfe), le barrage est «à la mauvaise place», estime Azzam Alwash, ingénieur Irako-Américain et consultant sur le barrage.

Car le barrage repose sur des roches solubles. Des centaines d’employés sont normalement chargés d’injecter une mixture de ciment dans le sol pour préserver sa stabilité. Sans maintenance continue, les roches s’effriteraient et l'ouvrage coulerait avant de se briser. Or, les conflits qui agitent l’Irak ne sont pas vraiment favorables à ce genre de vigilances.

Les responsables irakiens, apparemment soucieux de l’opinion publique, ont refusé de reconnaître l’étendue du danger. Toutefois, Azzam Alwash confie lui au New Yorker que «presque tous ceux qui ont examiné le barrage en dehors du gouvernement irakien pensent que le temps presse». Au printemps, la neige fondue s’écoule dans le fleuve, accentuant la pression sur le mur de soutènement. «Si le barrage venait à s’effondrer, cela provoquerait un désastre digne d’une catastrophe biblique», commente le New Yorker, dont les prédictions sont terrifiantes:

«Une vague d’environ 30 mètres de haut déferlerait le long du fleuve Tigre, avalant tout sur plus de 160km. D'importantes parties de Mossoul seraient submergées en moins de trois heures. Les berges du fleuves, les villages et les villes qui contiennent le cœur de la population irakienne seraient inondés; en quatre jour, une vague d’environ quatre mètres s’écraserait sur Bagdad, une ville de six millions d’habitants.»

 Et Azzam Alwash d’ajouter:  «S’il y a une brèche dans le barrage, il n’y aura pas d’avertissement. C’est une bombe nucléaire avec une mèche imprévisible.»

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