Science & santéDouble X

Le sexe sert à protéger les générations futures des infections

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 29.12.2016 à 7 h 41

Repéré sur Proceedings of the Royal Society B, Université de Stirling

Quand les filles des puces d'eau ont un papa, elles résistent deux fois mieux aux parasites que leurs sœurs issues du clonage de leur mère.

Puces d'eau (Daphnia magna) | NTNU, Faculty of Natural Sciences and Technology via Flickr CC License by

Puces d'eau (Daphnia magna) | NTNU, Faculty of Natural Sciences and Technology via Flickr CC License by

C'est LA question qui agite la biologie à peu près depuis sa création: pourquoi la reproduction sexuée existe-t-elle quand le clonage est largement moins gourmand en temps et en énergie? Grâce à une astucieuse étude menée sur des puces d'eau, une équipe de trois chercheurs en sciences biologiques et environnementales de l'université de Stirling (Royaume-Uni) vient de nous donner une réponse qui a tout l'air d'être définitive: pour protéger les générations futures des infections.

Pour être honnête, le travail de Stuart K. J. R. Auld, Shona K. Tinkler et Matthew C. Tinsley est loin d'être à proprement parler une «découverte», tant les avantages concurrentiels de la reproduction sexuée par rapport au clonage, liés à sa meilleure endurance face aux pathogènes, sont admis depuis longtemps par la communauté scientifique. Le fait est qu'en permettant un plus grand brassage génétique, et aux populations de s'adapter plus rapidement aux changements de leurs milieux bourrés de bactéries, virus et autres mortels parasites, le sexe a tout d'une bonne idée.

Du côté des reproduits au quasi identique, les populations qui se clonent sont toutes composées de femelles et n'ont pas besoin de mâles pour se reproduire. Vu que le sexe exige des mâles, et qu'ils ne génèrent pas eux-mêmes de descendance, a priori, c'est le clonage qui possède une longueur d'avance: ce genre de population devrait toujours se reproduire plus vite qu'une population sexuée. Sauf qu'en tant que stratégie reproductive, le sexe a vaincu le clonage. Une victoire consommée depuis belle lurette, avec plus de 95% des espèces animales et végétales connues se reproduisant sexuellement, indice que le «papa dans maman» a dû posséder de cruciaux avantages. Une théorie techniquement très solide, mais matériellement très difficile à tester, tant l'écrasante majorité des espèces ont un mode de reproduction exclusif, soit sexe, soit clonage.

Et c'est là que l'étude d'Auld et de ses collègues est maligne, car elle a été menée sur des organismes auxquels il arrive de «choisir»: les puces d'eau ou Daphnia magna, de minuscules crustacés. Ce qu'elle montre, c'est que face aux assauts d'un parasite –la bactérie Pasteuria ramosa, qui a une fâcheuse tendance à les rendre stériles–, ces bestioles sont deux fois plus résistantes quand elles sont issues d'une reproduction sexuée, et ce au bout d'une seule génération. «En comparant les filles clonales et sexuelles de mères identiques, résume Auld, nous avons trouvé que la descendance générée sexuellement tombait moins malade que celle issue d'un clonage».

Pardon aux romantiques: c'est bien la nécessité perpétuelle d'échapper aux maladies qui a donné naissance au sexe et qui, surtout, ne cesse de lui donner d'excellentes raisons de se perpétuer et d'asseoir son hégémonie dans le monde vivant.

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