Economie

En 2017, c'est décidé, j'arrête de consommer!

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 29.12.2016 à 10 h 35

Il est temps d'adopter une bonne résolution avant la nouvelle année.

Supermarket / Stuart Heath via Flickr CC License by.

Supermarket / Stuart Heath via Flickr CC License by.

Bon, la nouvelle année approche à grands pas, je la sens déjà qui cogne à ma porte, il est temps d'arrêter ses résolutions avant de se réveiller dimanche matin aussi désillusionné que maintenant.

Ainsi, je pourrai décider de ne plus fumer mais vu que je n'ai jamais commencé, ce ne serait guère sérieux. M'abstenir de boire? Mais bon sang, voilà des années que j'ai rompu toute relation diplomatique avec ma bouteille de bourbon. M'inscrire dans un club de sport afin de perdre quelques kilos superflus? Inutile, je mouline régulièrement sur mon vélo d'appartement installé directement sous ma douche afin d'éviter la sueur de coller trop à mon corps. Devenir gentil avec ma concierge? Impossible, de toute éternité, elle ne peut pas me sentir: elle est perduadée que je travaille pour le Mossad.

Non, non, en y réfléchissant bien, la seule chose qu'il me faudrait accomplir, c'est de cesser de consommer. De cesser tout à fait. D'arriver à un point où plus jamais je ne dépenserais un seul centime afin d'acquérir un objet dont je n'aurais nul besoin. Arrêter cette folie de collectionner des objets à l'utilité plus que discutable. Parvenir à vivre d'amour et d'eau fraîche. D'eau du robinet, s'entend. Ne plus être complice de l’enrichissement de capitaines d'industrie qui s'engraissent sur mon dos et entassent leur sale argent dans des paradis fiscaux.

Non que je sois un consommateur effréné: je possède bien un téléphone portable mais quand je le sors en pleine rue, les gens s'arrêtent net et, soit demandent à le toucher tant il est démodé, soit appellent la police pour atteinte aux bonne moeurs. Bien qu'approchant de la cinquantaine, je n'ai toujours pas de voiture, ma garde-robe tient en une moitié de placard, mes chaussures se déclinent au singulier et ma seule excentricité vestimentaire est de disposer de deux chapeaux: un pour l'été, un autre quand survient l'hiver.

Je n'ai pas de dettes, pas de ligne de crédit, pas d'assurance-vie, pas de Sicav, même pas de maîtresses, tout juste un compte en banque si discret que j'en oublie parfois l'existence. Je ne suis membre d'aucun club, clan, fédération, organisme de charité. Vu l'état de ma chevelure, je me rends chez le coiffeur seulement une fois l'an, quand je dois rendre visite à ma tante. J'ai bien une télévision mais je m'en sers uniquement pour visionner des films empruntés à la bibliothèque, quand je ne passe pas mes soirées à relire des romans qui me sont chers.

Et pourtant j'ai encore l'impression, malgré cette vie que certains qualifieront de spartiate ou de fruste ou encore de frugale voire de chiante à mourir, d'être trop conciliant avec cette société marchande. De trop dépendre d'elle. De trop me compromettre en associant mon destin au sien. De l'engrosser malgré moi et d'être responsable de cet avilissement moral dont elle est le chantre.

J'ai donc décidé qu'en 2017, je ne consommerai plus rien. Plus rien du tout. Je boycotterai tout produit de marque, j'éviterai la fréquentation de supermarchés, lieux de tentation par excellence, je me fournirai en produits exclusivement locaux, je ferai pousser sur mon balcon de quoi assurer ma consommation de café et de coca, sans lesquels je ne puis fonctionner, j'adopterai une vache, une poule et une chèvre que je tiendrai enfermées dans mon frigo, je mangerai seulement une fois par jour et me débarrasserai de mon chat, accro à toutes sortes de croquettes plus coûteuses les unes que les autres.

Je serai enfin pur.

Je renoncerai à mon abonnement internet, je rédigerai mes chroniques à la main que je confierai au soin d'un pigeon voyageur, je partirai en vacances dans ma chambre à coucher, je ne prendrai ni douche ni bain, je laverai mes assiettes à la seule force de ma salive, et si jamais je dois voyager, ce sera à pied et en sandalettes.

En fait, je serai mort.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (123 articles)
romancier
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