Monde

Quatre raisons pour lesquelles le djihadisme peut encore s'intensifier en Europe

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 28.12.2016 à 18 h 38

Repéré sur Perspectives on Terrorism, The Washington Post

Une étude sur le sujet précise qu'il s'agit d'«une vision pessimiste».

Des soldats de l'Opération Sentinelle, le 2 novembre 2016 sur le parvis de La Défense | STEPHANE DE SAKUTIN / AFP.

Des soldats de l'Opération Sentinelle, le 2 novembre 2016 sur le parvis de La Défense | STEPHANE DE SAKUTIN / AFP.

Avec la fin de l'année 2016, qui elle-même suivait une tragique année 2015, beaucoup de gens espèrent que 2017 sera plus «paisible» et ne pas avoir à faire face à nouveau à la terreur que veut diffuser l'Etat islamique. Et pourtant, si l'on en croit une nouvelle étude de Thomas Hegghammer, professeur norvégien spécialiste du djihadisme, l'avenir ne sera pas meilleur. Dans «The Future of Jihadism in Europe: A Pessimistic View», il énumère quatre raisons pour lesquelles les actions violentes d'islamistes pourraient s'intensifier à long terme.

1. Un recrutement plus facile. Après avoir rappelé la récente ampleur des attaques sur le territoire européen, Thomas Hegghammer commence son raisonnement en évoquant la possibilité d'un «bassin de recrutement plus grand». Il explique ainsi que les djihadistes recrutés sont «historiquement» de jeunes musulmans ayant des problèmes économiques et que la part de la population qui se dit musulmane continue d'augmenter, notamment avec l'immigration. Mais l'augmentation de la population musulmane ne signifie pas une augmentation proportionnelle des djihadistes, car il y a une part substantielle de convertis précise le chercheur:  «La taille de la communauté djihadiste est probablement bien plus affectée par des variables comme la disponibilité des organisations radicales et des réseaux de recrutement. Néanmoins, si ce genre de réseau existe toujours en 2030, alors ces tendances démographiques pourraient rendre le recrutement plus facile.»

2. La construction d'un réseau. Ensuite, il faut noter l'émergence de ce qu'il appelle les «djihadistes entrepreneurs», ces recrues étrangères ou revenues des zones de guerre qui peuvent susciter des vocations chez certains jeunes restés dans leur pays d'origine. Ces «vétérants» favorisent la construction d'un réseau fort. Avec au moins 2.000 personnes radicalisées en Europe, en prison ou non, avec une expérience sur le terrain ou non, les risques de résurgence de motivations djihadistes sont élevés.

3. L'instabilité. Le troisième point important abordé concerne le reste du monde musulman. Des conflits durent et ne semblent pas vouloir finir – en Irak, en Syrie, en Palestine, en Afghanistan, au Pakistan, ou en Somalie–, d'autres menacent d'émerger encore au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou en Asie du Sud. «Les régions semblent donc prêtes à former des djihadistes via des causes de ralliement et avec des capacités d'entraînement dans un futur proche, comme elles l'ont fait dans le passé.»

4. InternetLe Washington Post, qui relaie l'étude, note qu'internet a «des bénéfices considérables pour les groupes extrémistes, servant d'outil pour la “diffusion de la propagande, le recrutement, la levée de fonds, la reconnaissance et la coordination opérationnelle”.» Si les difficultés à rompre les communications entre djihadistes persistent, le rôle d'internet dans l'organisation d'actes terroristes en sortira renforcé.

Bien sûr, ces tendances peuvent modifier le cours des événements encore différemment, tout dépendra des mesures prises par les gouvernements européens. «Néanmoins, conclut-il, en continuant comme on le fait aujourd'hui, avec de petits ajustements politiques, ces tendances sont envisageables. On aura alors une Europe avec des services de renseignements bien plus importants, une classe musulmane marginalisée et retranchée, et un sentiment anti-musulman plus fort.»

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