Culture

Carrie Fisher était la princesse Leia, et elle était aussi très drôle

Vincent Manilève, mis à jour le 29.12.2016 à 11 h 13

Derrière l'uniforme de la princesse Leia ou de la générale Organa, l'actrice cachait un don fabuleux pour l'humour, qui lui a permis de faire face à ses démons.

Carrie Fisher, le 14 décembre 2015 à Hollywood. Ethan Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Carrie Fisher, le 14 décembre 2015 à Hollywood. Ethan Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Princesse. Générale. Depuis l'annonce de son décès, le 27 décembre au soir, les hommages à l'actrice Carrie Fisher oscillent entre les deux visages du rôle qui l'a rendue célèbre dans le monde entier: celui de la princesse Leia dans la trilogie originale Star Wars et celui de la générale Organa dans le récent épisode VII, Le Réveil de la Force, sorti en 2015.

Mais pendant les décennies qui ont séparé ces films, on a eu tendance à oublier (ou refuser de voir) ce qui la rendait vraiment exceptionnelle: son humour à toute épreuve.

«Si ma vie n'était pas drôle, elle serait juste vraie, et cela serait inacceptable»

L'actrice a dû affronter deux défis dans sa vie: la drogue et ses troubles bipolaires. Alors que le succès de Star Wars l'emporte à la fin des années 1970, Carrie Fisher commence à consommer du LSD, et parfois de la cocaïne sur le tournage de l'épisode V. «Je n'aimais même pas vraiment la cocaïne, il s'agissait juste de prendre n'importe quel train qui me permettrait d'être défoncée», a-t-elle confié par la suite. L'effet des drogues est si fort qu'un jour, l'acteur Dan Aykroyd, son compagnon de l'époque, doit la sauver d'un chou de Bruxelles qui manque de l'étouffer. Peu de temps après avoir survécu à une overdose, elle apprend qu'elle souffre d'un trouble bipolaire, trouvant un début d'explication à ses addictions. «Les drogues me faisaient sentir plus normale, elles me contenaient», a-t-elle expliqué dans une longue interview à Psychology Today en 2001. 

Pour s'armer face à ces deux défis, elle laisse le cinéma de côté et tente les médicaments et la thérapie par électrochocs. Mais c'est en prenant la plume, et en faisant appel à cet humour qui la définit, qu'elle a pu prendre le chemin de la guérison et «briller» le plus. «Si ma vie n'était pas drôle, elle serait juste vraie, et cela serait inacceptable», constatait-elle dans une interview il y un peu plus de douze ans.

En 1987, elle publie ainsi un livre à la frontière de la fiction et de l'autobiographie, Postcards from the Edge, histoire d'une femme partie faire une cure de désintoxication après une overdose. Le livre s'ouvre sur cette phrase restée célèbre, symbolisant parfaitement la noirceur de son humour: «Peut-être que je n'aurais pas dû donner mon numéro de téléphone à l'homme qui m'a vidé l'estomac, mais peu importe. Ma vie est finie de toute façon.» Quand le livre est adapté au cinéma, Fisher laisse le premier rôle à Meryl Streep, estimant que, de son côté, elle a «déjà vécu ça».

«Je suis morte au clair de lune, étranglée par mon propre soutien-gorge»

Viennent ensuite d'autres livres, plus ou moins autobiographiques mais qui gardent le même ton, emprunt d'une honnêteté ravageuse qui leur donne cette authenticité inégalable. Mais c'est en 2008 avec son one-woman-show (aussi paru en livre) Wishful Drinking que Carrie Fisher expose aussi bien ses tourments que son talent sur scène.

L'un des moments les plus marquants la voit évoquer sa propre mort. Elle explique que, lorsqu'elle a dû enfiler son fameux bikini sur le tournage du Retour du Jedi, le créateur de la saga, George Lucas, l'a convaincue qu'elle ne pouvait pas porter de soutien-gorge en dessous. Pourquoi? Car «il n'y a pas de sous-vêtements dans l'espace». Sur scène, Fisher se lâche:

«Quand vous allez dans l'espace, votre poids n'a plus d'importance. Jusque là, tout va bien, d'accord? Du coup, votre corps s'étend, mais pas votre soutien-gorge, donc il vous étrangle et vous tue. Maintenant, je me dis que cela ferait une nécrologie incroyable. Alors, je dis à mes amis plus jeunes que peu importe la façon dont je m'en vais, je veux que l'on dise que je suis morte au clair de lune, étranglée par mon propre soutien-gorge.»

Comme elle l'a expliqué au New York Magazine l'année suivante, le rire est sûrement l'une des meilleures médecines pour se soigner. Après tout, les pires moments d'une vie font souvent les meilleures blagues. Après avoir cité un célèbre aphorisme («La comédie, c'est de la tragédie plus du temps»), l'auteure notait que «la maladie mentale est devenue drôle presque immédiatement».

 

«Blow my big bovine, tiny dancer cock»

Ce rire inébranlable face à la tragédie a également illuminé internet ces dernières années. Beaucoup de ses fans n'oublieront jamais la réponse assénée, depuis son blog, à ceux qui moquaient sa vieillesse et la comparaient à Elton John: «Blow my big bovine, tiny dancer cock» (une phrase que Peggy Sastre, contributrice et traductrice pour Slate.fr, nous a conseillé de traduire par «Mon gros cul de vache s'assoit sur ta minuscule bite»). Sur Twitter ensuite, où Carrie Fisher narrait son quotidien comme personne, aussi bien sur le fond (la vieillesse, la drogue, son chien, mais aussi la politique) que sur la forme (à tel point qu'un autre compte devait parfois traduire ses tweets écrits en emoji).

«Je n'ai jamais utilisé mes ongles pour prendre de la drogue. J'utilisais des dollars ou des petites cuillères, comme n'importe quel autre ancien addict respectable.»

«Le sexe, c'est bizarre, non? Quatorze heures après avoir eu votre visage comprimé contre les parties génitales de quelqu'un, vous marchez avec lui dans la rue comme si de rien n'était.»

«Kate Moss déguisée comme cette fille de l'espace, là.»

Il est également impossible de décrire à quel point Carrie Fisher a animé à elle seule toute la promotion du dernier Star Wars, Le Réveil de la Force. On se souviendra notamment de cette interview sur la chaîne ABC où elle profite d'une question sur sa perte de poids pour le film pour juger cette «conversation stupide» et s'inquiéter plutôt du poids de la journaliste. «Vous êtes si mince, comment vous faites pour rester comme ça? Vous faites de l'exercice tous les jours? C'est pas trop ennuyant? Vous aimez ça?»


Quelques semaines avant sa mort, elle sortait ce qui allait être son dernier livre, The Princess Diarist. Avec la franchise et l'humour qu'on lui connaît, elle racontait son rapport ambigu avec le personnage Leia, qui l'a fait connaître mais l'a également enfermée dans une case dont elle a eu du mal à sortir. Elle livrait aussi des extraits, parfois encore naïfs, du journal intime qu'elle tenait lors des tournages de Star Wars. «Si quelconque lit ceci quand je serai passé de l'autre côté, il sera impossible pour moi d'éviter un embarras posthume, gribouille-t-elle un jour. Je passerai toute ma vie dans l'au-delà à rougir.» Carrie Fisher ne savait pas encore à l'époque que ses écrits, aussi hilarants qu'inspirants, ont fait sa Force tout au long de sa vie. 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (351 articles)
Journaliste
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