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Quand stars et politiques se lient d'une drôle d'amitié

Pauline Thompson, mis à jour le 04.01.2017 à 15 h 19

La plupart des grandes amitiés affichées entre hommes politiques et chanteurs tournent autour de deux grands axes: soit elles reflètent le type de personnage que les dirigeants veulent incarner soit les idées qu’ils veulent incarner, soit les deux. L’occasion de revenir sur le top cinq des amitiés politico-musicales.

TIMOTHY A. CLARY / AFP

TIMOTHY A. CLARY / AFP

1.Donald Trump et Kanye WestLe grand n'importe quoi

Au moment où j’écris ces lignes, l’équipe de Donald Trump est toujours à la recherche d’artistes acceptant de chanter lors de la cérémonie d’inauguration et la liste est longue de ceux ayant déjà refusé. C’est dire l’impopularité du Monsieur auprès des artistes. Mais il en est un qui, contre toute attente, a donc affiché son amitié pour Donald Trump: Kanye West.

Le 17 novembre dernier, il commence par gratifier ses fans venus le voir en concert à San José, d’une longue tirade pro Trump débutant par «Je n’ai pas voté mais si je l’avais fait, j’aurais voté pour Trump». Ont suivi des concerts avortés puis annulés pour finalement mener à l’internement de Kanye West en hôpital psychiatrique le 21 novembre. Ouf, tout ça n’était donc qu’une sortie de route momentanée. On s’en doutait déjà, Kanye West 2016 c’est un peu Britney Spears 2007. Mais le 13 décembre dernier, que choisit-il pour sa première apparition publique depuis sa sortie d’hôpital? Une petite visite de courtoisie à son «ami de longue date» Donald Trump tout naturellement. De l’art d’enfoncer le clou.

Avant Kanye West, Donald Trump s’était surtout efforcé d’incarner l’anti star système. Face à Hillary Clinton qui collectionnait les soutiens à Hollywood et dans le top 100, lui se présentait comme le has been, l’outsider et les quelques soutiens dont il bénéficiait étaient surtout des footballeurs américains de la NFL, des stars de la téléréalité, quelques chanteurs country et quelques rares acteurs de seconde zone comme Jon Voight ou Scott Baio. La seule exception notoire était la rappeuse Azealia Banks mais son compte Twitter étant avant tout un dépositaire de toutes les plus grosses idioties qui lui passent par la tête, personne n’y avait trop fait attention. Pas même Trump. Durant la campagne, les quelques stars qui le soutenaient reflétaient donc avant tout l’image de candidat qu’il voulait incarner et le principal électorat qu’il voulait séduire, majoritairement blanc et conservateur. 

À la suite de sa visite à la Trump Tower, Kanye West a même fièrement tweeté la couverture du Time Magazine dédicacée par Donald Trump.

Le problème c’est que ce que les deux hommes partagent est assez inquiétant:

- Une passion pour le réseau social Twitter d’abord et pour le déversement de propos insensés et/ou dédiés à leur gloire personnelle en 140 signes, pas très grave pour un chanteur mais pour le moins déroutante pour un président, représentant suprême de la nation

- Une impulsivité totalement incontrôlable, drôle pour un artiste qui pense qu’il doit interrompre une cérémonie pour donner son avis sur les récipiendaires de prix –comme il l’avait fait lorsque Beyoncé avait perdu aux VMAs face à Taylor Swift– mais dangereuse dans le cas d’un président d’un des pays les plus puissants au monde qui avant même d’entrer en fonction a déjà trouvé le moyen d’irriter la Chine

- Une mégalomanie à toute épreuve et la conviction d’être des génies, de faire tout mieux que tout le monde, encore une fois un défaut tout au plus irritant ou consternant pour un chanteur mais extrêmement dangereux pour le président élu d’une démocratie

- Une vision du multiculturalisme qui se résume quasiment à «arrêtons de parler des problèmes de racisme, les États-Unis sont un pays raciste, deal with it».

Mais ce qui est plus inquiétant encore c’est que Donald Trump et Kanye West incarnent tous les deux un changement dans les valeurs fondamentales de l’Amérique. Comme l’explique George Monbiot dans le Guardian, «une étude publiée par le journal Cyberpsychology révèle qu’un profond changement a eu lieu entre les années 1997 et 2007 aux Etats-Unis. En 1997, les valeurs dominantes (…) représentées dans les émissions les plus populaires parmi les 9-11 ans étaient le sentiment de communauté, suivi de la bienveillance. La célébrité arrivait en quinzième position sur les seize valeurs testées. À partir de 2007, lorsque des émissions comme “Hannah Montana” ont commencé à dominer, la célébrité est arrivée en premier, suivi de la réussite, de l’image, de la popularité et du succès financier. Le sentiment de communauté est tombé à la onzième position et la bienveillance à la douzième.»

Et ce sont sur ces nouvelles «valeurs» que se rejoignent également Kanye West et Donald Trump.  Pas très rassurant pour 2017.

 

2.Barack Obama et Jay-ZToo cool for school

En 2008, Obama est seulement candidat à la présidence, lorsqu’il confesse à un journaliste son goût prononcé pour les chansons du rappeur Jay-Z. Les deux ne se sont pas encore officiellement rencontrés mais le rappeur va ensuite activement participer à la campagne du démocrate. Lors d’un meeting en Virginie il déclare:

«Rosa Parks est restée assise pour que Martin Luther King puisse manifester. Martin Luther King a manifesté pour que Barack Obama puisse se présenter aux élections. Obama se présente pour que nous puissions tous voler… J’ai tellement hâte d’être le 5 novembre et de pouvoir dire: “Hello, Brother President”.»

Un discours qu’il reprend ensuite dans les paroles de son remix intitulé «My President is black».


Beyoncé est invitée à chanter l’hymne national lors de la deuxième cérémonie d’inauguration du premier Président afro-américain des États-Unis et le couple est régulièrement invité à la Maison-Blanche. Ils refont campagne avec les Obama en 2012. Les deux couples incarnent le triomphe de l’Amérique afro-américaine malgré le racisme systémique des États-Unis et un renouveau d’espoir pour beaucoup d’américains. Ils sont tellement associés l’un à la l’autre que lorsque les Carter décident de passer leurs vacances à Cuba, certains Républicains en profitent pour alimenter un pseudo scandale sur le fait que la Maison-Blanche était au courant de cette rupture de l’embargo imposé à Cuba, ce à quoi Barack Obama répondra seulement en faisant allusion au tube de Jay Z, «99 problems»: «J’ai quatre-vingt dix-neuf problèmes, et Jay Z n’en fait pas partie.»

Lors de la campagne d’Hillary Clinton, le couple de stars remet le couvert cette fois-ci sans succès mais Beyoncé explique lors d’un meeting de soutien ce qu’elle a ressenti lorsqu’Obama est arrivé au pouvoir:

 

Une vidéo publiée par Beyoncé (@beyonce) le

3.Tony Blair et Noel GallagherLe retour de bâton

Tony Blair est élu en 1997, au beau milieu du déferlement Britpop et de la Cool Britannia, la pop-rock anglaise est au sommet de son art et le groupe mancunien Oasis au sommet des charts. Les frères Gallagher deviennent les figures de proue de cette jeunesse survoltée qui n’en peut plus du thatchérisme et Tony Blair incarne cette nouvelle gauche dynamique qui, pour la première fois depuis bien longtemps, a des chances de revenir au pouvoir.

Le leader travailliste tente avec succès de surfer sur cette vague jeune et cool et Noel Gallagher s’entiche de ce candidat jeune, séduisant et plein d’espoirs. À la suite de la victoire de Tony Blair, il se rend au 10 Downing Street pour un cocktail de célébration suite à l’invitation du nouveau Premier ministre. Mais la photo de Noel Gallagher buvant du champagne avec Tony Blair fit beaucoup plus de mal que de bien pour l’image du groupe, soudainement comme embourgeoisé. Certains commentateurs prennent même cette date pour marquer la fin de la Britpop.

Le retour de bâton s’est amplifié avec la popularité décroissante de Tony Blair, les nombreuses désillusions et sa décision très impopulaire de participer à la guerre en Irak. Noel Gallagher relativise lorsqu’on lui demande s’il regrette de s’être acoquiné avec Tony Blair:

«Non, pas vraiment. C’était un grand moment historique. L’emprise du thatchérisme était en train d’être fracassée. Le New Labour avait été brillant dans l’opposition. Quand Tony Blair parlait, ses mots résonnaient chez les gens, chez les jeunes. Vous pouvez me traiter de naïf mais j’ai ressenti quelque chose –je ne suis pas bien sûr de ce que c’était mais je l’ai quand même ressenti. Mais je regrette cette photo au 10 cette nuit là.»

 

4.François Mitterrand et RenaudLes amours tumultueuses

«Tonton» petit blaze donné au Président François Mitterrand par le chanteur Renaud est le premier président de la République socialiste depuis le début de la Ve République. Et le chanteur illustre dans ses chansons ces grands idéaux de gauche qui ont porté le nouveau Président au pouvoir.


Mais les deux ne se rencontrent pour la première fois qu’en 1985 à l’occasion de l’ouverture de la salle du Zénith à Paris que Renaud inaugure. En 1993, Renaud confie au magazine Globe Hebdo, que Mitterrand est une figure quasi paternelle pour lui:

«J'aime ce bonhomme, je le revendique, je l'assume malgré les critiques de Bedos qui considère que c'est de l'œdipe mal digéré. Et je dois reconnaître qu'il n'a pas tout à fait tort. Mitterrand a quelque chose de mon papa, dans la physionomie.»

Le 7 décembre 1987, le chanteur achète une pleine page dans Le Matin de Paris pour appeler Mitterrand à se représenter avec la formule «Tonton laisse pas béton!». Malgré quelques différents houleux et notamment l’opposition de Renaud à la tenue d’un sommet du G7 au moment du bicentenaire de la Révolution Française, l’affection que les deux hommes se porte durera jusqu’à la mort de Mitterrand.

Renaud écrit alors un émouvant hommage dans Charlie Hebdo intitulé «Larmes à gauche» dans lequel il avoue avoir pleuré «au moins dix fois» la mort du Président et termine par ces mots: «Vous avez pleuré comme moi en réalisant, allez, avouez, que si vous aviez su que vous l'aimiez autant vous l'auriez aimé davantage.»

Ça sonne tout de même mieux que «j’ai embrassé un flic». 

 

5.John F. Kennedy et Frank SinatraLa bromance qui finit mal

Lorsque John F. Kennedy est élu président des États-Unis en novembre 1962, il incarne avec  avec sa femme Jacqueline la jeunesse, la beauté, le glamour  de cette Amérique triomphante et rayonnant partout en Occident grâce au soft power d’Hollywood. Frank Sinatra, fils d’immigrés italiens est quant à lui une star mondiale et au début des années 1960 sa popularité est au beau fixe. Il incarne à lui seul tout le glam d’Hollywood.

Sinatra a toujours été un grand soutien du parti démocrate, il avait déjà fait campagne pour les présidents Franklin D. Roosevelt et Harry S. Truman mais ses liens avec Kennedy sont allés au-delà du soutien politique. Le chanteur rencontre le futur président dans les années 1950, grâce à un autre membre du «Rat Pack», Peter Lawford qui avait épousé la sœur de JFK, Patricia Kennedy.

Au début des années 1960, Sinatra et ses collègues du Rat Pack –Dean Martin, Sami Davis Junior et Peter Lawford– participent activement à la campagne de Kennedy. Sinatra enregistre une nouvelle version de sa chanson «High Hopes» pour la dédier à la gloire de Kennedy et elle devient le thème de campagne du candidat.


En novembre 1960, Kennedy passe deux nuits chez Sinatra, après quoi le chanteur fait mettre une plaque devant la porte en inscrivant dessus: «John F. Kennedy dormit ici les six et 7 novembre 1960». Mais en 1962, alors que Kennedy devait passer le week-end pascal dans la résidence de Palm Springs de Sinatra et que celui-ci avait tout préparé pour sa visite (y compris la construction d’un héliport tout de même), Kennedy choisit finalement de passer le weekend chez un autre crooner: Bing Crosby. Les liens de Sinatra avec la mafia auraient conduit l’entourage du président à le pousser à se détacher de cette mauvaise fréquentation.  

À partir des années 1970 et jusqu’à la fin de sa vie, Sinatra ne soutiendra plus que des candidats et des présidents Républicains, moins frileux quant à ses troublants liens avec le crime organisés et surtout séduits par sa force de frappe auprès des électeurs. C’est d’ailleurs son nouvel ami Ronald Reagan qui lui remit la médaille présidentielle de la liberté en 1985. Le vent de l'amitié avait définitivement tourné.

Pauline Thompson
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