Allemagne

Les victimes de l'attentat de Berlin pourraient ne pas être indemnisées

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 23.12.2016 à 15 h 33

Repéré sur Der Spiegel, Berliner Morgenpost, RBB

La faute à l'absurdité de la loi allemande.

Tobias SCHWARZ / AFP

Tobias SCHWARZ / AFP

Douze morts. 48 blessés, parmi lesquels 14 blessés graves. Des dizaines de familles sous le choc. Malgré le drame qui s'est déroulé à Berlin lundi 19 décembre 2016, les victimes de l'attentat et leurs proches se trouvent aujourd'hui dans une situation juridique «absurde», écrit l'hebdomadaire allemand Der Spiegel. Car selon la législation allemande, les victimes et leurs familles n'auront pas droit à des indemnités.

L'alinéa 11 de l'article 1 de la loi sur l'indemnisation des victimes d'actes de violence (Opferentschädigungsgesetz, OEG) précise en effet que celle-ci n'est pas applicable lorsque l'agresseur a causé des dommages «au moyen d'un véhicule ou d'une remorque».

Interviewé par le quotidien Berliner Morgenpost, le juriste Roland Weber, délégué aux victimes du Land de Berlin, parle de «lacune fatale»:

«C'est une absurdité qu'une aide ne puisse précisément pas être apportée de façon appropriée aux victimes et aux proches des victimes de cet attentat terroriste selon l'OEG.»

Roland Weber estime qu'une «réforme urgente» de cette loi est nécessaire. Elle ne prend d'ailleurs pas en compte les personnes qui ont été victimes de stalking ou d'un cambriolage, bien que celles-ci présentent souvent des symptômes post-traumatiques.

Des «victimes d'accident de la route»

Les victimes de l'attentat de Berlin et leurs proches ne peuvent donc aujourd'hui obtenir de l'aide qu'auprès de l'Office fédéral de la Justice et de la Verkehrsopferhilfe e.V., une association de victimes d'accident de la route.

Selon Roland Weber, les indemnités qu'elles pourraient recevoir par le biais de cette association seront bien moindre que ce que prévoit la loi sur l'indemnisation des victimes. L'indemnité la plus haute que serait parvenue à obtenir l'association par le passé atteindrait 1,2 million d'euros, alors que dans le cas d'un sinistre qui relève de l'OEG, les indemnités s'élèveraient au moins à 7,5 millions d'euros. Pour Roland Weber:

«On ne peut pas encore dire tout ce qui doit être fait pour ces personnes traumatisées physiquement et psychiquement, mais les coûts dépasseront sans doute la somme de 7,5 millions d'euros.»

La famille du chauffeur polonais pourrait elle être indemnisée

Dans le cadre de cette loi, les seules personnes qui pourraient donc être reconnues juridiquement comme des victimes d'un attentat terroriste et être indemnisées à ce titre sont les proches du chauffeur de camion polonais qui a été retrouvé mourant dans la cabine du camion sur le lieu de l'attentat. Car celui-ci a été tué non parce que le camion a percuté des obstacles, mais parce que l'auteur de l'attentat l'aurait abattu avec une arme à feu.

Le Berliner Morgenpost précise qu'un compte bancaire a été ouvert par la Croix-Rouge allemande pour recueillir les dons destinés aux victimes et à leurs famille. Ses coordonnées sont indiquées au bas de l'article.

Par solidarité avec son confrère polonais, un chauffeur de camion britannique a lui lancé une campagne de crowdfunding pour aider sa famille, rapporte le site de la chaîne de télévision berlinoise RBB. À l'heure où nous écrivons cet article, plus de 130.000 € avaient déjà été récoltées.

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