Culture

Ouch, les héros de notre jeunesse ont mal vieilli

Marie Kock et Stylist, mis à jour le 31.12.2016 à 8 h 27

Le problème de revisiter une fois adulte les œuvres qu'on a tant aimées étant petits, c'est qu'elles n'en ressortent pas vraiment grandies.

Dirty Dancing, une démonstration du mensonge de la méritocratie qui vous fait aujourd'hui bondir.

Dirty Dancing, une démonstration du mensonge de la méritocratie qui vous fait aujourd'hui bondir.

Rien ne vous fait autant rire que voir votre copine Anne-Laure s’époumoner sur The Final Condom, chaque fois qu’un auto-radio passe ce vieux  tube d’Europe (pour ceux qui sont nés après  la chute du mur, le titre original n’a rien à voir avec une longue soirée de baise puisqu’il s’agit de The Final Countdown). Ne riez pas trop fort, il y a forcément des œuvres que vous avez adorées pendant votre enfance et votre adolescence bien que vous les ayez comprises complètement de travers. Pleins d’espoir et d’ignorance, vous avez façonné sans le vouloir les livres, les films, les chansons que vous aimiez pour qu’ils collent exactement à ce que vous souhaitiez qu’ils soient. C’est ce qu’on appelle l’innocence, et malheureusement, elle a vocation à être perdue (enfin sauf pour votre copine Anne-Laure qui s’en est toujours tenue à ses rêves d’enfant vu sa dernière prestation au karaoké). 

1.Les Schtroumpfs

Ce que vous aviez compris: un village paradisiaque (une seule représentante féminine et de multiples prétendants), progressiste (ils ne mangent, bien avant la révolution vegan, que de la salsepareille) et proche de la nature (ils vivent dans des champignons ultra-bien aménagés). Jusqu’au jour où, pour faire plaisir à votre neveu —reconnaissons qu’il n’a pas fallu trop vous pousser—, vous avez accepté de relire L’Étrange Réveil du Schtroumpf paresseux. Déchirement du voile: leur village fonctionne comme une secte tarée (mêmes vêtements pour tous, célibat obligatoire, langage seulement compréhensible par les initiés...). Ne riez pas: l’écrivain Antoine Bueno a défendu cette thèse dans son Petit Livre bleu, dans lequel il compare le village des schtroumpfs à une dictature communiste.

2.Le comte de Monte-Christo

Avec le recul, vous ne comprenez plus ce qui a pu vous séduire chez ce grand nigaud dont la seule prouesse est d’avoir attendri son compagnon de taule

 

Ce que vous aviez compris: Edmond Dantès, jeune marin au corps noueux et doué pour 
le crawl, emprisonné sans raison dans le quartier de haute sécurité marseillais de l’époque, arrive à s’échapper par un plongeon dans un sac en toile de jute, sans faire de plat, avant de devenir le Don de son ancien quartier, toujours bien habillé et avec des calèches hors de prix. Jusqu’au jour où, dans un moment de découragement général (Daesh, le futur père de vos enfants qui a oublié votre numéro, la saison des tomates qui touche à sa fin), vous vous décidez à replonger dans Le Comte de Monte-Cristo pour retrouver un peu de panache. Mauvaise pioche: avec le recul, vous ne comprenez plus ce qui a pu vous séduire chez ce grand nigaud dont la seule prouesse est d’avoir attendri son compagnon de taule et qui s’est vengé comme un nouveau riche, en claquant de la thune qu’il n’aurait jamais pu gagner avec son tout petit cerveau.

3.Le Grand Bleu

Ce que vous aviez compris: il faut être honnête avec vous-même, de ce vieux film de Luc Besson, vous avez surtout retenu les yeux fous de Jean-Marc Barr et les scènes d’hystérie 
de Rosanna Arquette parce qu’il ne souhaitait pas rentrer à la maison, trop occupé à vouloir nager avec les dauphins. Soit une belle histoire d’amour sur fond de Marineland, mais sans Marion Cotillard ni béquilles. Jusqu’au jour où une de vos amies a lâché au détour d’une conversation «c’est tellement triste quand il meurt…» Comment ça, «quand il meurt»? Vous avez affiché un sourire de façade, le même que vous aviez dégainé quand Vincent Décot vous avait certifié en CP que le père Noël n’existait pas. Bien sûr, vous le saviez, mais vous allez quand même prendre une petite  année pour digérer l’information. En même temps, maintenant que vous y repensez, c’était quand même bizarre cette grande balade sans oxygène à 200 mètres sous l’eau.  

4.Tears in heaven

Ce que vous aviez compris: Eric Clapton qui fait de la guitare acoustique comme d’habitude depuis que vous êtes née et une chanson pour les dragueurs de plage (quand Under the Bridge n’a pas marché du premier coup). Jusqu’au jour où vous avez lu dans un classement sur les chansons les plus tristes du monde que Clapton avait écrit ce titre 
en pensant à son petit garçon mort à 4 ans. Depuis vous ne pouvez plus l’écouter demander à son fils s’il le reconnaîtra s’ils se croisent au paradis sans sentir votre gorge refouler de gros sanglots (là, tout de suite, rien que d’en parler, vous êtes un peu middle).

5.Léon

Ce que vous aviez compris: une petite fille qui a le droit de s’habiller comme elle veut sèche l’école pour vivre une aventure formidable avec un grand type bourru et frileux qui, au début, ne veut pas d’elle mais qui va s’adoucir à son contact et tout faire 
pour la protéger de sa mauvaise vie. Jusqu’au jour où, follement amoureuse (encore) d’un grand type borderline qui ne veut pas de vous, vous comprenez que Léon est votre autre complexe d’Œdipe. Problème: le père que vous aviez toujours rêvé d’avoir n’était en réalité qu’un kidnappeur de petites filles. Mauvais karma: Natalie Portman a l’air 
de s’en être vachement mieux tiré que vous.  

 

6.Dirty Dancing

Cette petite idiote ne peut se permettre de s’encanailler que parce que son père plein aux as lui sert de back-up

 

Ce que vous aviez compris: une bourgeoise sans qualités réussit à rendre fou d’amour le beau gosse rebelle du camp de vacances juste en étant vraiment gentille et en refusant de 
se faire brusher les cheveux. En deux semaines, elle arrive à devenir une pro de la danse. Depuis, il n’y a qu’Adeline Blondieau, passée de serveuse à avocate en quelques mois dans Sous le soleil, à avoir connu une ascension aussi fulgurante. Jusqu’au jour où, en pleine révolte marxiste, vous avez revu le film pour la 17e fois. Et vos petits poings n’étaient que rage après ce visionnage qui vous a soudain apparu comme une leçon sur la lutte des classes. D’un: Johnny, du haut de ses petites talonnettes, méprise les femmes de sa classe (qui, elles, ont taffé comme des brutes pendant des années pour maîtriser le mambo) et ne rêve finalement que d’avoir l’approbation du très conservateur père de bébé. De deux: cette petite idiote ne peut se permettre de s’encanailler que parce que son père plein aux as lui sert de back-up. Une démonstration du mensonge de la méritocratie qui vous a fait bondir. Mais qui ne vous a quand même pas empêchée de pleurer 
sur «on ne laisse pas bébé dans un coin».  

7.Princesse Sarah

Ce que vous aviez compris: une adorable fillette qui a toujours froid aux mains se fait bullyer par la directrice, la très revêche Mlle Mangin, et les mean girls (très jalouses 
de ses jolis cheveux ébène) du pensionnat, où elle a échoué parce que son papa n’a pas eu envie de l’emmener aux Indes. Mais ne pense jamais à fuguer, même quand elle est train 
de mourir de faim dans de pauvres haillons. Jusqu’au jour où, soûlé par votre collègue dépressif qui chantait encore le générique à tue-tête pour masquer le fait qu’il avait envie d’être partout, sauf au bureau, vous lui avez balancé ce qui vous serrait le cœur depuis trop longtemps: s’il est si malheureux, il n’a qu’à s’en aller. Est-ce que Rémi sans famille passait ses soirées à sangloter dans les placards en attendant que ça s’arrange ? Non, il est parti sur les routes de France faire du théâtre de rue, à une époque où le diabolo n’existait même pas, et il a fait de merveilleuses rencontres, qui lui ont permis d’avancer (et de ne pas gonfler tout le monde avec ses jérémiades).

Marie Kock
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Mode, culture, beauté, société.
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