Boire & manger

Rhum, cognac, armagnac, vodka, mezcal… 11 spiritueux à fourrer d'autorité dans la hotte

Christine Lambert, mis à jour le 22.12.2016 à 17 h 27

À une ou deux exceptions près, ces onze flacons peuvent se dénicher à la dernière minute. Ça tombe bien, vous n’aviez pas encore choisi votre cadeau!

©ChL

©ChL

Détendez-vous, tout va bien. Il vous reste quarante-huit heures chrono pour bourrer la hotte, soit quarante-six de plus que nécessaire si vous choisissez avec soin le caviste, ce Toys R Us pour adultes qui, avec un peu de chance, vous laissera même goûter les jouets. Après nos sélections de whiskies et de champagnes, voici une wish list de spiritueux de haute qualité qu’à une ou deux exceptions près vous devriez pouvoir dénicher sans difficulté à la dernière minute. Onze flacons, tous sortis sur le marché cette année. Onze ultimes bonnes raisons de ne pas totalement haïr 2016.
 

1.Un rhum pure tuerie de TahitiMana'o


Celui-ci est un coup de cœur perso, et j’ai dû vérifier auprès de mon caviste qu’il lui en restait en réserve avant de le partager. Rien ne vous prépare à l’explosion aromatique qui vous saisit les narines à ouverture du flacon, ni à la danse de saint-guy qui se déclenche en bouche dès la première gorgée. Pour élaborer cette merveille avec le jus de six souches de canne endémique de Polynésie, ses créateurs ont dû replanter les variétés disparues retrouvées au fond des jardins. Vous goûtez là le 3e batch (c’est off mais le premier, en 2012, n’avait donné que 17 litres de gnôle, éclusés lors d’une partie de poker avant même sa commercialisation, alors je propose qu’on ne le compte pas). Lâchez-le en ti punch, et essayez de courir plus vite que lui.
50%, ± 52 euros
 

2.Un rhum agricole de haute voltigeLa Favorite Rivière Bel'Air 2016

Douceur et vivacité: à se demander comment La Favorite, l’une des dernières distilleries martiniquaises familiales et indépendantes, a réussi cette jolie prouesse. Avec ses notes de canne fraîche, son fruité exotique zesté d’agrumes et alangui de sucre brun, cette édition limitée distillée en colonne créole s’est tendrement bâtie sur la canne rouge récoltée à la main dans la parcelle de Rivière Bel’Air. Un rhum agricole monovariétal et multiplaisir. 
53%, ± 35 euros
 

3.Un rhum de connaisseurs à la rameUitvlugt 1999 Transcontinental Rum Line


Clignotants en warning: vous allez ramer pour le trouver. Un jus pur Demerara, en provenance d’une distillerie mythique du Guyana, fermée en 2000 (l’alambic a été relogé chez Diamond), édité à 527 bouteilles et à ce prix-là… il s’est vite envolé, forcément. Mais là encore j’ai vérifié: il en reste quelques quilles, du moins à Paris. En bouche, c’est un plaisir soyeux plus rond que le nez ne le laisse entrevoir, nez intense, abysses de fruits noirs et secs mâtiné d’une pointe de sucre rustique, qui gagne en complexité et se boise à l’aération. La petite tentation de la nouvelle ligne de rhums embouteillés par La Maison du whisky.
46%, ±85 euros
 

4.Un rhum colombien
pour amateurs de cigaresColoma 8 ans

Reposons un instant la Colombie sur la carte du rhum, d’autant que jusqu’à il y a une dizaine d’années la distillerie qui l’élaborait s’était repliée à la frontière, côté Equateur, pour s’arranger avec les lois d’Etat interdisant la distillation au pays des cartels. Abordable en prix comme en goût, avec sa rondeur de café vanillé redressé par une pointe d’amertume, c’est un rhum de mélasse gourmand (sucré à 16 g/litre) qui ne manque pas de complexité et s’épanouit dans la fumée du cigare
40%, ± 36 euros
 

5.Un cognac de luxe anti-bling blingDelamain millésime 1966


C’était il y a cinquante ans, déjà, seulement. En cette fin d’été 1966,  personne ne pouvait imaginer que la vendange du vignoble de Saint-Fort-sur-le-Né, en Grande Champagne, délivrerait après des décennies de sommeil dans un chai cadenassé ce millésime de rêve. Un nez d’une complexité insondable, un palais d’une intensité et d’une finesse miraculeuses, où les arômes se fondent en profondeur –chocolat noir, orange confite, santal précieux par touche légère, rancio délicat… Un luxe dont chaque gorgée vous murmure la parabole de l’âge: sometimes, getting older is just getting better.
40%, ± 660 euros
 

6.Une vodka qui donne des ailesSquadron 303


Je vous vois venir: une vodka sous le sapin? Elle a bu? Vivement que l’année se termine. Alors, dans l’ordre: oui, non (pas pour écrire, du moins) et fuck yeah. Pour résumer, j’ai effectivement dégusté une vodka et, circonstance aggravante, j’ai adoré. Ses concepteurs ont eu l’excellente idée de l’élaborer à base de patates King Edward (avec ce patronyme, il eût été dommage de finir en raclette, un destin éthéré s’imposait), de la distiller en alambic hybride, de ne pas la filtrer pour lui garder de la matière et des arômes de brioche relevés de notes d’enfance –celles de la machine à ronéoter les interros à l'école, pour ceux qui ont connu. Elle doit son nom, son origine british (et la forme en flasque posée sur un cul d’étain de sa bouteille) à la 303e escadrille de chasse, composée de Polonais venus à Londres combattre au sein de la RAF pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces as de l’aviation polaks avaient pris l’habitude de distiller leur vodka sur la base aérienne pour se donner des ailes.
40%, ± 50 euros
 

7.Un armagnac cousu mainDartigalongue 1997 single cask


Amateurs de whisky, approchez, approchez, que je vous chuchote ce secret à l’oreille: ma mission, en 2017, sera de vous convertir à l’armagnac, spiritueux qui lance des passerelles vers votre poison préféré sans même que vous vous en doutiez. Prenez les single casks de Dartigalongue, ce fût n°446 de Bas-Armagnac, par exemple, 488 flacons à la sensualité débridée. Une eau-de-vie franche, à la fraîcheur pleine de peps, pêche, cassis, poire, qui fond en bouche, phénoménale, gourmandise cintrée d’une pointe d’acidité, d’une complexité qui ne se laisse dénuder que voile après voile. Mais j’aurais pu vous parler du millésime 1974, une classe folle, tout en rondeur, fruits secs et froissements de fleurs blanches. Ou du vintage 1984, à la sècheresse tannique statutaire, funambule qui oscille du boisé au fruité confit. J’aurais pu. Mais il fallait choisir.
47%, ± 95 euros
 

8.Un armagnac qui a de la bouteilleChâteau de Pellehaut 40 ans

Amateurs de whisky, vous êtes toujours là? Observez cette noble eau-de-vie de la Ténarèze, quadragénaire élaborée avec le cépage ugni blanc, sondez la profondeur de ses arômes, la finesse de son nez, sa souplesse en bouche, l’équilibre qui se dessine et, au lieu de s’apaiser en finale, se redresse soudain pour murmurer en gorge. A présent, regardez son prix. Songez au single malt que vous pourriez vous offrir avec ce budget, ou à ce que vous coûterait un whisky de cet âge. Et pleurez.
40%, 88 euros (non, il ne manque pas un chiffre)
 

9.Un wannabe whisky ni vu ni connu
je t'embrouille Bonsai rye de La Distillerie de Paris


Je lis dans vos pensées, c’en est gênant. «Elle essaie encore de nous coincer un whisky dans une sélection consacrée à tous les autres spiritueux.» Ce que vous pouvez être chagrins et tatillons! Mais ceci n’est pas un whisky, puisqu’il n’en a pas l’âge. Ce chenapan élaboré à base de seigle (60%) et d’orge maltée tourbée à 30 ppm a fermenté pendant quelque 220 heures (contre en moyenne 48 heures pour un rye lambda) afin d'aller pêcher les esters structurant dans leurs derniers retranchements, avant de faire l’objet d’une distillation millimétrée et de filer siester en fûts de chêne américain et français de grain et de chauffe différentes. Passée l’attaque fraîche et fruitée d’une grande précision, la tourbe volute en bouche pleine de tranchant. Un Bonsai dépourvu de mièvrerie, et qui évite avec soin le côté mignonne petite chose.
43%, ±58 euros
 

10.Un élixir de vie indétrônableSuze édition limitée DIY x Elsamuse


Parce que cette gentiane est l’une des plus anciennes liqueurs françaises. Parce qu’on devrait toujours glisser un bout de montagne sous le sapin. Parce qu’elle a le bon goût d’être peu alcoolisés en cette période d'intenses sollicitations. Parce que l’étiquette de cette édition limitée est à colorier soi-même et que vous pourrez faire passer la quille dans le budget cadeaux enfants. Parce qu’on en fait, en deux temps, trois mouvements, l’un des plus beaux cocktails que l’Enfer ait pavé de glace: le White Negroni, un tiers gin, un tiers Lillet blanc, un tiers Suze. Parce que ma grand-mère en sirotait pour faire glisser la fumée des cigares qu’elle fumait à la chaîne, à des doses si peu homéopathiques que cela vous rappelle sans doute la vôtre. Non?
15%, ±7,50 euros (exclu Monoprix)
 

11.Un mezcal addictifMarca Negra Espadin


Avec ses notes fumées, ce frangin turbulent de la tequila cartonne auprès des amateurs de whiskies tourbés dont il chatouille agréablement la glotte, ce qui en fait le médicament universel pour aider les peat addicts à décrocher. Le mezcal doit ses arômes à la cuisson à l’étouffé des cœurs d’agave, dans des fours creusés au sol et recouverts de terre –voilà pour satisfaire à l’épreuve de culture générale. Mais c’est pour ses loopings en gorge que je vous recommande ce divin Marca Negra embouteillé full proof, avec ses notes de fumée sèche qui font voler l’herbe, son délicat fruité, son menthol épicé hasta la muerte. Hautement jouissif.
51,3%, ±69 euros

Christine Lambert
Christine Lambert (175 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte