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Face au harcèlement au travail, hommes et femmes ne réagissent pas de la même manière

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 22.12.2016 à 11 h 11

Repéré sur Labour Economics, Université d'Aarhus

Victimes de harcèlement professionnel, les femmes multiplient les arrêts maladie et les ordonnances d'antidépresseurs, tandis que les hommes quittent le marché du travail pendant un temps plus ou moins long.

Réunionite aiguë | ScoRDS via Flickr CC License by

Réunionite aiguë | ScoRDS via Flickr CC License by

Selon une étude menée sur 3.182 Danois employés dans le secteur public comme privé, le harcèlement au travail touche à peu près autant les hommes que les femmes –dans l'enquête, 43% d'hommes se disent victimes, contre 57% de femmes, et les chercheurs estiment le risque équivalent chez les deux sexes. Mais là où les différences se font le plus sentir, c'est sur les conséquences de ce harcèlement: chez les femmes, il se traduit par une multiplication des arrêts maladie et par la consommation accrue d'antidépresseurs, tandis que les hommes «préfèrent» quitter le marché du travail pendant un temps plus ou moins long et se mettre au chômage.

«La question à plusieurs millions de dollars, déclare Tine Mundbjerg Eriksen, chercheuse en économie à l'université d'Aarhus et auteure principale de l'étude, c'est de savoir pourquoi les hommes réagissent principalement en s'extrayant de l'emploi, tandis que les femmes multiplient les arrêts maladie. À tout le moins, cela montre que les hommes et les femmes ne gèrent pas le harcèlement au travail de la même manière.»

La scientifique se dit d'ailleurs très surprise par les résultats de cette étude, menée avec deux de ses collègues de l'université de Copenhague.

«En réalité, précise-t-elle, il semble que les hommes harcelés aient davantage tendance à revenir au bureau, même s'ils souffrent. Et parallèlement, le harcèlement nuit davantage à leur salaire qu'à celui des femmes harcelées, ce qui indique que le harcèlement entrave leurs opportunités d'augmentations et de promotions.»

La loi du silence

Un harcèlement qui se manifeste le plus souvent par des collègues ou des supérieurs qui empêchent la victime de faire son travail correctement. La volonté d'humiliation, par des modifications intempestives des missions est aussi très courante chez les deux sexes. Là où les hommes se distinguent, c'est par la fréquence plus élevée des intimidations physiques, tandis que le harcèlement féminin se limite globalement à des vexations psychologiques.

«Il y a encore beaucoup de choses que nous ne savons pas. Par exemple, est-ce que le harcèlement suit l'individu, le lieu de travail, ou les deux? C'est un problème très coûteux pour la société et pour les individus et nous aimerions l'approfondir.»

En particulier, Eriksen souligne qu'une grosse partie du harcèlement est très probablement silencieux: il n'est jamais signalé et donc jamais repéré, mais il existe et ses conséquences psychologiques peuvent même dépasser les traumatismes induits par le harcèlement sexuel. Ce qui, selon la chercheuse, ne fait qu'accentuer la gravité du problème et la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux le comprendre et le faire cesser.

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