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Pourquoi l'accouchement est-il toujours aussi dangereux?

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 23.12.2016 à 15 h 57

Repéré sur PNAS, Ars Technica

Pour les humains, la mise au monde d'un bébé se situe au carrefour de multiples pressions sélectives, bien souvent contradictoires.

Femme enceinte | reiserloh via Flickr CC License by

Femme enceinte | reiserloh via Flickr CC License by

Par rapport à celui d'autres animaux, l'accouchement des humains est extrêmement périlleux. Dans la majorité des cas, les dangers de la mise au monde sont ceux de la dystocie osseuse: quand la tête du bébé est trop grosse pour le canal pelvien de sa mère. Cette «disproportion cephalopelvienne» afflige, en moyenne, 6% des accouchements dans le monde et on peut directement lui attribuer une fraction conséquente de la mortalité maternelle et néonatale.

Publiée le 20 décembre dans les PNAS, une étude revient sur ce problème, qui interloque et passionne les chercheurs depuis des décennies: pourquoi l'accouchement est-il encore si dangereux pour notre espèce? Pourquoi l'évolution ne nous a-t-elle pas aujourd'hui épargnés d'une configuration aussi fatale? Selon Philipp Mitteroecker, Simon M. Huttegger, Barbara Fischer et Mihaela Pavlicev, les quatre chercheurs internationaux et pluridisciplinaires à l'avoir cosignée, c'est parce que l'accouchement se situe au carrefour de multiples pressions sélectives, bien souvent contradictoires, entre la mère et son enfant. Et parce que l'évolution pousse dans trop de directions différentes pour réussir à se fixer sur une «bonne» trajectoire.

Courbe en falaise

Une première de ces directions est la taille de notre cerveau –et donc de notre crâne. Comparativement à nos cousins primates, nous sommes dotés d'un très gros cerveau, et donc d'une très grosse tête. Un trait avantageux à bien des égards: les bébés ont davantage de chances de survivre s'ils ont de grosses têtes et, plus généralement, s'ils pèsent lourd. Sauf qu'en face, l'étroitesse du bassin aura été lui aussi bénéfique d'un point de vue évolutif, vu qu'il est notamment la marque de notre bipédie.

Et ce que montrent les modèles mathématiques conçus par Mitteroecker et ses collègues, c'est que la fitness de la taille de la tête et de l'étroitesse du canal pelvien suit, dans les deux cas, une «courbe en falaise», avec sa pente et son à-pic: à l'échelle d'une population, l'évolution incite à des têtes de plus en plus grosses et à des bassins de plus en plus étroits, jusqu'à un certain point de basculement fatal où le plus devient trop.

Aucune évolution

Comme l'explique Cathleen O'Grady d'Ars Technica, si vous prenez cent naissances et que vous comparez la taille du bébé et celle du canal pelvien de sa mère, vous tomberez sur des gradients de dystocie très variables. Dans une petite minorité des cas, la taille du bébé penchera du côté inférieur, et celle du bassin du côté supérieur –la configuration d'un accouchement facile. Dans la majorité, le bébé est assez gros et le bassin assez étroit pour que l'accouchement gagne en difficulté, sans tomber du côté du dangereux.

Mais à l'autre extrémité de la courbe –là où les bébés sont très gros et les bassin très étroits– sans recours à la césarienne, les probabilités d'un accouchement mortel pour la mère, le bébé ou les deux, sont très élevées. Et, comme l'atteste l'étude de Mitteroecker et al., c'est ici que le bât blesse: cette petite minorité de naissances à risque persiste et n'a pas été éliminée par l'évolution parce qu'une adaptation optimale à des pressions sélectives si discordantes frise l'impossible.

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